Au sujet de la « levée en masse » de 1793

Au sujet de la « levée en masse » de 1793

Les administrateurs du département essaient de remonter le moral des officiers municipaux d’Andernos qui leur avaient fait part de leurs craintes, de­vant l’accueil fait par la population au fameux Décret du 23 août 1793 sur la « levée en masse » des citoyens de 18 à 25 ans.

À Andernos, comme dans les autres communes riveraines du Bassin, on voulait bien servir sous la République dans la marine ou, à la rigueur, dans la Garde-côtes, comme on l’avait fait sous le roi, mais pas ailleurs.

 

A Municipalité d’Endernos

Bordeaux, le 18 septembre 1793

Nous avons reçu votre lettre du 16 courant avec le tableau des jeunes gens depuis l’âge de 18 jusqu’à 25 ans que vous avez enregistrés, ainsi que le P.V. à la suite du dit tableau. Vous nous annoncez dans votre lettre que vous craignez un refus de la part des citoyens de votre commune. Vous nous dites que les membres de votre conseil vont donner leur démission. Citoyens, il ne faut pas que quelque dégoût dans l’exercice de vos fonctions porte le découragement dans des âmes républicaines. Il ne faut pas aussi que des magistrats du peuple souffrent qu’on les outrage dans l’exercice de leur fonction c’est à vous à faire exécuter les lois à cet égard. Il en est une qui vous prescrit la marche que vous avez à tenir. Elle vous donne le droit de dresser votre procès-verbal et de faire mettre en état d’ar­restation le mauvais citoyen qui aurait osé vous insulter. En vous conformant à cet te loi vous intimiderez les malveillants et vous aurez autant de défenseurs qu’il y aura de bons citoyens, mais nous vous en conjurons au nom du salut public, restaient à votre poste. Vous connaissez les lois qui défendent aux fonctionnaires publics de donner leur démission dans les moments où la patrie est en danger et vous ne voudrez pas vous exposer à l’opprobre dont sont flétris les mauvais ci­toyens qui abandonnent un poste où la confiance publique les avait placés.

Vous avez exécuté la loi du 39 mai conformément à la lettre que nous vous avons écrite le 22 du mois dernier. Le patriotisme que votre commune a témoigné jusqu’ici nous fait espérer que vous, vous, vous seriez mépris sentiments que les habitants ont témoigné. Vous aurez pris pour de l’indifférence ce qui n’était que tiédeur et sans doute lorsque les représentants du peuple que nous attendons chaque jour dans le département y seront arrivés pour l’exécution de la loi du 23 août dernier, nous ne doutons pas qu’ils ne marchent à leur réquisition sous les drapeaux de la patrie qui les appelle. C’est alors qu’ils éfaceront de vos cœurs l’impression fâcheuse qu’ils y ont laissé.

Quant au citoyen François Dubourg, lieutenant, il faut espérer que de nouvelles recommandations de votre part l’engageront à maintenir un peu plus d’ordre dans sa compagnie. C’est à vous de lui enjoindre au nom de la loi, après lui avoir représenté les dangers auxquels il s’expose en récusant avec autant d’indifférence les réquisitions de la Municipalité. Car, citoyens, dans les circons­tances où se trouvent la patrie, personne ne peut être indifférant sur les dangers qui la menace. Nous devons tous voler à sa défense et vous ne devez pas laisser ignorer à vos concitoyens que la loi met tous les français en réquisition permanente pour les armées et qu’elle punit de mort le français indigne de ce nom qui s’oppo­serait de quelque manière au recrutement qui va être ordonné.

Les représentants du peuple à leur arrivée dans le département auront à se féliciter de voir que par votre travail du 16 de ce mois vous avez préparé l’exécu­tion de la loi du 23 du mois dernier.

Nous espérons qu’en louant votre zèle ils auront aussi à se féliciter du patriotisme des habitans de votre commune. En attendant leur arrivée c’est à vous de réveiller dans l’ame de vos concitoyens et à entretenir ce feu sacré de patrio­tisme dont ils seront toujours animés. C’est à vous à leur prêcher la haine des rois et à leur dire que les tirans étrangers sont réunis pour attaquer la République et que c’est d’eux seuls qu’elle attend son salut et la destruction de ces armées d’esclaves, qui osent fouler la terre de la Liberté.

A votre voix une sainte indignation s’emparera de leur ame et ils seront im­patients de voler aux frontières pour y cueillir les lauriers que la gloire leur a préparés.

Les Administrateurs du District

(A.D.G.- 4L37)

 Extrait du Bulletin n° 18 du 4e trimestre 1978 de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du pays de Buch.

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