Bulletin n° 159 de février 2014

Bull159

Des histoires du pays de Buch…

Bulletin n° 159
de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch.
(février 2014)

Aperçu du sommaire.

In memoriam Pierre Labat (1920-2013)

(Madeleine Dessales)

Le lundi 16 décembre, nous avons appris avec tristesse le décès de notre président honoraire, M. Pierre Labat, à l’âge de 93 ans. Beaucoup de nos adhérents ignorent sa biographie mais surtout ce que lui doit la Société historique et archéologique du Pays de Buch.

En sa mémoire, nous avons essayé de reprendre les moments-clés de sa vie.

Pierre Labat naît le 18 mai 1920 à Certes où son père est boulanger. Il fait ses études primaires à Audenge.

Les Duthu, un couple de jeunes instituteurs, remarquent ses aptitudes et conseillent à ses parents de l’orienter vers des études supérieures. Il intègre alors comme pensionnaire la classe de quatrième au lycée de Talence, puis le lycée Michel Montaigne à Bordeaux. Après le baccalauréat et le Concours général où il décroche un accessit en mathématique, il prépare le concours d’entrée à Polytechnique, mais c’est la guerre en 1939 et le concours est annulé. Il passe alors celui d’entrée à HEC, qu’il intègre en 1943.

Pendant l’Occupation, pour éviter le STO, il se cache en travaillant dans les mines de sel à Dax à 400 mètres sous terre. Mais l’entreprise ferme et Pierre est rattrapé par le STO qui l’envoie à Saint-Omer ; il s’évade avec des copains et retourne se cacher à Audenge.

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Adolphe Bermond et Gabriele D’Annunzio, les duettistes de Contemplation de la mort

(Dominique Chevallier)

Plusieurs des biographes de Gabriele D’Annunzio ont pu dire que – au-delà des relations que celui-ci a nouées avec beaucoup des grands personnages de son époque et de ses nombreuses liaisons tumultueuses, loin de ses extravagances, de ses fantasmes et du culte personnel qu’il mettait en scène et dont il s’entourait – il n’y avait, en dehors des membres de sa famille, que trois personnes qui aient vraiment compté dans sa vie. Ces personnes, chacune dans un genre différent, ont su percer la carapace du poète italien, lui arracher sa part de vérité humaine, et échanger avec lui des paroles fortes.

Par ordre chronologique, ces personnes sont :

– D’abord, la grande tragédienne italienne Eleonora Dusa (1858-1924), la Duse, sa « divine inspiratrice », celle qui créa plusieurs de ses pièces et auprès de laquelle il vécut sur les hauteurs de Florence une dizaine d’années passionnées entrecoupées de ruptures fracassantes.

– Ensuite, Romaine Brooks (1874-1970), la portraitiste américaine qui sut l’apprivoiser après l’avoir conduit à Arcachon et avec qui il vécut une longue période d’amitié et de sérénité.

– Enfin, Adolphe Bermond (1835-1912), le propriétaire de la villa Saint-Dominique au Moulleau où D’Annunzio séjourna de 1910 à 1915. En faisant prendre conscience à son ami de la vacuité de certains de ses errements, il joua un grand rôle dans la vie spirituelle de celui-ci. Cette relation intime entre deux hommes que tout opposait inspira au poète l’écriture de son récit « Contemplation de la mort ».

Dans cette liste, les deux derniers sont étroitement liés à la période arcachonnaise de D’Annunzio. Après avoir, dans un précédent Bulletin, traité de Romaine Brooks, nous allons maintenant nous intéresser à la relation privilégiée qui a uni pendant quelques mois Adolphe Bermond et Gabriele D’Annunzio.

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Du Pays de Gex au Pays de Buch – L’itinéraire des Grailly (I)

(Bernard Dutein)

Pierre II (Pey) de Grailly devint le premier Captal de Buch de la famille de Grailly, grâce à son mariage le 1er septembre 1307 avec Assalide de Bordeaux, Captale de Buch. Ce Pierre de Grailly était le descendant d’une famille de Grailly originaire du pays de Gex, situé dans l’actuel département de l’Ain. Mais comment et dans quelles circonstances ces de Grailly ont-ils quitté leur région d’origine pour venir s’installer en Aquitaine ? C’est ce que nous allons essayer de découvrir grâce à la vie extraordinaire de Jean Ierde Grailly.

Les premiers Grailly connus sont en effet originaires du petit village de Grilly situé au fond de la « chaussette du Pays de Gex » (les terres qui entourent le lac de Genève s’enfilent comme on pourrait le faire avec une chaussette) près de Divonne-les-Bains, dont le territoire est séparé de la Suisse par la rivière la Versoix. L’orthographe du nom des de Grilly va évoluer dans le temps, Graliaco étant la plus ancienne forme connue.

Dans les Roles Gascons, conservés dans les archives de la Tour de Londres et qui recensent 20 000 actes concernant les provinces françaises qui sont sous administration anglaise de 1253 à 1468, on peut trouver les formes orthographiques diverses telles que : Greyly, Graylli, Greylly, Greilly, Grelly, Greylliaco, Greli, Grelhy, Greely, Gralhi, Gryly, Gresly. Le trouvère Jacques Bretel relate le tournoi de Chauvency de 1285 où, quand Pierre de Grailly se présente, les hérauts d’armes poussent le cri d’armes ou cri de guerre de ce chevalier en prononçant : Grilli. Plus tard, à cause d’une prononciation roulant plus les « r » comme on le pratiquait en Gascogne, Grilli va se déformer en Grailly. Par commodité, pour la suite, nous utiliserons généralement l’orthographe de « de Grailly ».

Les premiers actes qui citent de Grailly datent du XIesiècle2. Le premier Grailly connu, qualifié de chevalier, fut Richard de Grailly qui en 1066 accompagne Guillaume le Conquérant dans sa campagne de conquête de l’Angleterre et ses descendants seront des Gesly, barons de Manchester. Malheureusement, nous ne connaissons pas son degré de parenté avec les autres de Grailly ci-dessous.

La généalogie des Grailly est incertaine jusqu’en 1260 mais les historiens proposent la filiation suivante :

– Gérard de Grailly, chevalier, 1070-1120.

– Jean Ier de Grailly, chevalier seigneur de Grailly, 1100-1150.

– Jean (Jeannin) II de Grailly, chevalier, seigneur de Grailly, 1165-1194.

– Pierre Ier de Grailly, chevalier, seigneur de Grailly et de Rolle, 1200-1230.

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La paroisse du Teich après la Révolution de 1789 (II)

(Jean Villetorte & Raymond Lafargue)

Le cimetière, d’après les anciens textes, est entouré de murs avec une porte en bois et possède une croix en son milieu. Cette croix, précieusement conservée, sauvée de la destruction par le curé Boudreau, se trouve aujourd’hui devant le bâtiment du presbytère au lieu-dit La Cure.

Dans une lettre du 2 septembre 1832, le curé Benoît Rivet se plaint du mauvais état du cimetière : une craste (qui n’est autre que le ruisseau du Bourg se jetant dans l’ancien port sur la rivière subissant l’influence des marées) qui reçoit les égouts du Bourg et qui longe le cimetière est mal entretenue, et inonde le cimetière, si bien que les tombes se remplissent d’eau.

L’archevêque répond que si l’état du terrain ne permet pas d’y faire les inhumations de la manière exigée par les règlements, la fabrique, usufruitière du cimetière, peut réclamer auprès du préfet.

L’ordonnance royale du 12 janvier 1831 indique que les cimetières sont la propriété des communes et que les fabriques ne sont qu’usufruitières. C’est donc à tort que le cimetière a été réparé sur les fonds de la fabrique. Les cimetières deviennent propriété des communes qui doivent les entretenir (loi du 5 avril 1884, art 136)

Le cimetière ceinturant l’église est déplacé suite au décret impérial du 23 prairial an XII (12 juin 1804), de la loi du 18 juillet 1835 et des ordonnances royales du 25 août 1835 et du 6 décembre 1843, stipulant que plus aucune inhumation n’aura lieu dans les églises et que des terrains spécialement consacrés à l’inhumation des morts seront situés en dehors de leur enceinte, et que la translation du cimetière, lorsqu’elle deviendra nécessaire, sera ordonnée par un arrêté du préfet, le conseil municipal entendu après enquête commodo et incommodo.

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Textes et documents :

La pneumonie des Noirs au camp du Courneau selon le médecin Henri Étienne Templier, né à lège (11 juillet 1917)

(Jacques Clémens)

Henri-Étienne Templier, ancien externe des hôpitaux de Bordeaux, né à Lège le 19 octobre 1887, a soutenu sa thèse (43 pages) pour le doctorat en médecine à la Faculté de médecine et de pharmacie de Bordeaux, le mercredi 11 juillet 1917. Dans son avant-propos, il indique : « relevé du front au mois de février 1917, notre nouvelle affectation nous amena à l’Hôpital du camp du Courneau. Les heures libres que nous laisse un service très chargé furent employées à recueillir les observations… Notre œuvre est bien modeste ». Il indique en particulier ses difficultés, car il s’agit de malades « dont les mœurs nous sont à peu près inconnues, dont nous ignorons les antécédents, et qui, enfin, parlent une langue que les interprètes transmettent souvent à leur façon ». Le camp du Courneau a hébergé de mars 1916 à juillet 1917 des tirailleurs sénégalais.

Il a dédié sa thèse à la mémoire de ses grands-parents, à la mémoire de son frère tombé au Champ d’honneur, à ses parents et à ses amis. Son frère cadet, Étienne-Jean Templier, né à Lège le 1er décembre 1892, a été tué à l’ennemi le 17 décembre 1914, à Saint-Laurent-Blangy (Pas-de-Calais). Sa thèse est aussi dédiée à la mémoire du docteur Peyneau « qui fut son premier maître », sans doute Ferdinand-François Peyneau, docteur à Arès. Il la dédie aussi au docteur Abadie-Bayro, médecin-major de 1ère classe, médecin-chef de l’hôpital du camp du Courneau, à tous ses camarades du 344e d’infanterie et du 17e d’artillerie. Le 344e d’infanterie s’est embarqué à Bordeaux, à la Gare d’0rléans, le 13 août 1914. Ce régiment surtout de recrutement girondin a participé entre autres à la bataille de Verdun en 1916. Le 6 septembre 1916, le régiment est relevé ayant perdu 8 officiers et 169 hommes tués. On compte 17 officiers et 629 hommes parmi les blessés, 10 officiers et 301 hommes étaient portés disparus, la plupart morts sans laisser de traces (voir l’historique du régiment publié à Bordeaux en 1920 et en ligne sur internet). Le 17e d’artillerie était lui-aussi de la partie dans cette bataille.

Les examinateurs de sa thèse sont des médecins renommés : MM. Sabrazès, professeur et président, Arnozan, Auché, professeurs, juges et Leuret, agrégé, juge.

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Quand le nom de l’Île aux Oiseaux était ignoré des cartographes – Bail à ferme du 27 septembre 1579

(Patrick Faure)

Ce n’est qu’en 1809 que le nom d’île des Oiseaux apparaît pour la première fois sur une carte du Bassin. Jusqu’à cette date, les cartographes la désignaient sous des noms variés qui procédaient, soit d’une tentative d’explication scientifique de sa formation (Arac), soit d’une affirmation d’appartenance (île de La Teste), voire d’une description physique pour le moins saugrenue (île flottante). Or, ainsi qu’un contrat de bail de 1579 le prouve, l’île était déjà communément appelée « île des oiseaux » à cette date, non pas tant parce qu’elle était peuplée de nombreuses espèces ornithologiques protégées mais, plutôt, parce qu’elle constituait une « pêcherie » dans laquelle les bénéficiaires du bail pouvaient se livrer à la capture au filet des canards sauvages. Il semble donc qu’ « île des oiseaux » était le nom commun par lequel elle était désignée mais que les cartographes, dans un souci de rigueur professionnelle, empreint d’un certain dédain pour la culture populaire, commun aux élites intellectuelles de ce temps, méconnaissaient volontairement pour lui substituer des noms plus savants ou plus évocateurs…

Le bail à ferme et à cens de 1579 contient les dispositions usuelles de ce type de contrat à cette différence près que l’institution du cens est purement symbolique et ne correspond qu’à une réaffirmation de propriété pleine et entière sur l’île aux Oiseaux de la part du captal. Le montant du cens n’étant pas indiqué et n’étant, par conséquent, pas exigé, le bail s’apparente en fait plutôt à un bail à ferme classique. Le bailleur concède aux preneurs la jouissance de « lisle des oiseaux » pour une durée déterminée, en l’occurrence trois ans et en échange ceux-ci doivent lui verser un loyer annuel en argent.

En plus d’être une importante réserve de gibier d’eau, destinée à l’usage exclusif du captal ou de ses fermiers, l’île servait à faire pacager des animaux, chevaux, vaches et moutons, qui y trouvaient une nourriture abondante et d’autant plus savoureuse et nutritive qu’elle était salée puisque recouverte par la mer à marée haute. Elle fournissait également des engrais naturels aux habitants du captalat qui venaient couper gourbet et jonc et ramasser le varech dont ils se servaient pour amender leurs terres.

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Quand Arcachon séduisait des voix (II) – Mary Boyer, la soprano faussement créole

(Michel Boyé)

20 septembre 1888. Dans la salle Euterpe du Casino mauresque une toute jeune artiste connaissait des débuts triomphaux. Elle venait d’interpréter le rôle principal dans l’opérette Joséphine vendue par ses sœurs, de Paul Ferrier et Fabrice Carré, sur une musique de Victor Roger. Son nom ? Mary Boyer. Dans son édition du 5 octobre 1890, L’Avenir d’Arcachon devait se souvenir de cette prestation mémorable : « Nous avons appris avec plaisir que notre compatriote Mlle Mary Boyer, qui a débuté il y a deux ans sur la scène d’Euterpe du Casino, vient d’être engagée pour la saison d’hiver en qualité de première dugazon par M. Campo-Casso, Directeur du Théâtre de Marseille. La jeune artiste fait son entrée sur une grande scène, après avoir passé deux ans au Conservatoire ». À Bordeaux puis à Paris.

« Notre compatriote » ? Mary Boyer était née à Bordeaux le 15 mars 1868, au foyer du « commerçant » Jean Edèse Boyer (Bordeaux, 1841 – ?, après 1928) et de Marie Alice Lerond (Nouvelle-Orléans, 1851 – Bordeaux, 23 août 1927). Comment donc pouvait-on prétendre qu’elle était « Arcachonnaise » ? Tout simplement parce que son père, devenu un temps représentant de commerce, avait décidé un jour de se lancer dans l’ostréiculture et avait conduit sa petite famille rue du Temple à Arcachon. Lors du recensement de 1886, Marie (qui n’avait pas encore transformé son prénom) était une institutrice de 18 ans – l’aînée de Lucien (10 ans) et de Maxime (4 ans). Lorsque le jeudi 3 août 1882 s’était réunie la Commission chargée d’examiner les candidats aux certificats d’études primaires du canton de La Teste, parmi les « 33 candidates reçues », elle avait déclaré admise au 9e rang « Marie Boyer, élève particulière » : il s’agit selon toute vraisemblance de la future artiste lyrique. Ce succès lui permit-il quatre plus tard d’être institutrice ou s’imaginait-elle déjà en future cantatrice, induisant en erreur par quasi homophonie l’agent recenseur ?

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Vie de la Société

(Aimé Nouailhas)

 

 


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