Bulletin n° 164 de mai 2015

Bulletin de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch

n° 164 de mai 2015

 

Bulletin n° 164 de mai 2015

Au sommaire

Éditorial – La Société historique et archéologique membre du conseil de gestion du Parc naturel marin du Bassin d’Arcachon (Armelle Bonin-Kerdon & Madeleine Dessales) – 2 pages.

Le Parc naturel marin du Bassin d’Arcachon est né le 5 juin 2014 (décret n°2014-588) et son conseil de gestion doté de 56 membres a été mis en place le 23 février dernier, comme nous vous l’annoncions dans le Bulletin précédent. Ce dernier se réunira au moins deux fois par an. Il a trois ans pour élaborer un plan de gestion, conforme aux grandes orientations fixées par le décret, plan qui sera ensuite décliné en programme d’actions, doté d’indicateurs. Sa première tâche a consisté à élire son président (François Deluga, pour 5 ans) ainsi que ses vice-présidents (4) et les membres de son bureau.

Nous y occupons un siège au nom de la Société historique, l’une comme titulaire et l’autre comme remplaçante. Il fait partie du collège dit n°4, dont le cœur est constitué des associations de protection de l’environnement, avec qui nous entretenons des relations partenariales de confiance.

Albert Marquet, ambassadeur discret du Bassin d’Arcachon       (Roderic Martin) – 12 pages.

Bien que puisant ses racines au Teich, sur les rives du Bassin d’Arcachon, Albert Marquet (1875-1947) deviendra l’un des peintres les plus parisiens de sa génération. Mais, voyageur impénitent, il succomba aussi aux charmes de l’Algérie, véritable seconde patrie où il multiplia les séjours. La peinture était sa raison d’être, son refuge, son langage selon les mots de son épouse algéroise Marcelle Martinet, dite Marcelle Marty. À travers sa prolifique production artistique, huiles, aquarelles, fusains et croquis sur le vif, Marquet voulut faire partager son univers, sa vision du monde. Précurseur, avec quelques condisciples, du mouvement dit du fauvisme vers 1905, il sut rapidement s’en éloigner pour imposer un style original, apaisé, ancré dans le réel avec fraîcheur et poésie, immédiatement reconnaissable de par sa capacité à synthétiser avec un minimum d’effets son sujet.

Artiste au style figuratif, paysagiste reconnu, il se verra décerner le titre de peintre honoraire du département de la Marine au terme d’une carrière durant laquelle il célébra si souvent la mer, ses paysages et ses bateaux. Albert Marquet se maria à Alger, le samedi 10 février 1923, à près de 48 ans, avec Marcelle, Francine Martinet (1892-1984) qui avait 25 ans, originaire de Boufarik (Blida). Cette intellectuelle écrivait récits et poésies. Ils n’eurent pas d’enfants.

Le Casino Miami d’Andernos-les-Bains (Miquette & Bernard Eymeri) – 11 pages.

Entre la ville, le Casino Miami et la famille Baché des liens étroits, profonds, indéfectibles se sont créés.

De sa construction à sa démolition, grâce à beaucoup de persévérance, d’opiniâtreté, de travail, que de soirées inoubliables proposées ! Des soirées remplies de joies, de mélancolie, de rires, de musique, d’animations, de bals, de jeux.

Les débuts : le Grand Café – Tout commence par la venue, en 1919, de René Baché à Andernos-les-Bains, avec dans ses valises sa femme Jane, son fils Marcel, de grandes idées, beaucoup d’enthousiasme et de volonté. René est très entreprenant. Il a vendu son petit café de Bordeaux et décide de se lancer à Andernos-les-Bains. Dès son arrivée, René Baché achète en rente viagère à Mme Barri, l’Hôtel et Café du Centre, au carrefour du boulevard de la République et de la rue du Port qui, avant la première guerre, appartenait à la famille Petit.

Tout près, ouvert après la première Guerre mondiale, boulevard de la République, il y a le Cinéma du Casino, tenu par Charles Larroque, maire de ­Saint-Médard-en-Jalles. Dans ce casino, seuls les jeux sont absents ; on y trouve un bar-restaurant avec une salle de bal qui fait également cinéma.

René Baché devient propriétaire et après transformations et gros travaux, le Café du Centre prend le nom de Nouveau Casino. Les clients investissent ce lieu de vie pour se retrouver, discuter… c’est un très gros succès, mais c’est encore un casino sans jeux.

Les cinq ports du Teich (Raymond Lafargue) – 11 pages.

La situation du Teich (avec Biganos) est au centre de l’histoire du pays de Buch, entre la Teste-de-Buch au sud-ouest et Certes au nord.

De Boïos à Ruat, sur les deux Eyre (celle de Biganos et celle du Teich) les ports, en situation stratégique, sont le reflet des activités liées au delta : échanges, pêche, marais salants, réservoirs à poissons, ostréiculture, agriculture et élevage, tourisme…

L’histoire des ports du Teich, c’est l’histoire du delta de l’Eyre au cours des siècles.

En 1727, le Masson du Parc écrit que les pescheurs de cette paroisse n’ont chez eux aucun bateau ou pinasse pour faire la pesche à la petite mer. Ce que dément, en 1731, le curé de Saint-André du Teich qui atteste que ses paroissiens viennent en pinasse à la chapelle d’Arcachon.

En 1888, Georges Clavel considère que le Teich n’a pas de port. Pourtant, les travaux du premier port ostréicole sont terminés en 1887.

Le Teich a bien compté quatre ports avant que ne soit aménagé le port actuel.

L’histoire des cinq ports teichois retrace, en filigrane, toute l’évolution des activités du bassin d’Arcachon.

Le premier port médiéval – Le tout premier port du Teich se trouvait vraisemblablement à l’endroit désigné sur les cadastres et cartes IGN Gurp de la Vignasse, situé entre les Pujolets et le Pujau des Anglais (sous le nom de Redoute sur le cadastre de 1848).

Quand les Bougès montaient la garde (Jean Dubroca) – 10 pages.

Faits et méfaits militaires en Pays de Buch – Les habitants du Pays de Buch ont très largement contribué à défendre les frontières de leur territoire, et cela pendant des siècles et même bien avant qu’existe le Pays de Buch. Celui-ci ne prend sa forme définitive que lorsque, vers 1280, Jean de Grailly y joint la baronnie de Certes, à l’est du Bassin. Invasions et conflits multiples ont régulièrement mis sur pied de guerre la population locale, celle des Boïates. Bien qu’on ne connaisse que peu de détails sur les cinq siècles du très haut Moyen Âge, il est probable que l’Aquitaine et le Pays de Buch ont connu six grandes invasions.

Aussi loin que l’on remonte dans l’histoire de ce Pays de Buch, et même avant qu’il n’ait une existence politique, on est frappé par l’intérêt stratégique et économique présenté par cette Mer du havre d’Arcachon que forme aujourd’hui le Bassin. Sa situation géographique en fait le seul port de refuge naturel de l’estuaire de la Gironde jusqu’à l’embouchure de l’Adour, malgré les difficultés d’approche maritime. Ses habitants ont donc toujours dû surveiller étroitement ce site, d’autant plus qu’il a bénéficié de nombreux avantages géographiques, physiques et économiques. Isolé au milieu de marécages et de dunes, il possède une forêt naturelle, productrice de la précieuse résine et de ses dérivés ; des espaces de cultures s’y rencontrent aussi, plus favorables à la vigne et aux céréales pauvres qu’au blé. On élève surtout des moutons, notamment dans la lande environnante.

Docteur Jean Doche (Hervé Lalanne) – 24 pages.

Retracer la vie de mon grand-père… J’avoue que la tâche n’était pas facile, car je n’avais qu’à peine trois ans au moment de son décès, et mes parents, oncle et tante ne sont plus de ce monde. Certes, j’étais très proche de ma grand-mère et marraine, mais elle n’avait pas pour habitude de parler de ceux qui n’étaient plus, et, comme bien des enfants, je pensais plus à jouer qu’à m’informer sur la vie de mes ancêtres. Pour écrire ces quelques lignes, j’ai pris plaisir à faire des recherches dans les archives familiales et à rassembler ce que ma génération a gardé en mémoire.

Jean Doche, médecin et chirurgien des armées, puis médecin civil, est issu d’une famille originaire de la Dordogne. Après une courte carrière militaire, il s’installe à Arcachon et s’implique totalement dans cette ville avec conscience et droiture. En travaillant particulièrement sur l’héliothérapie, il participe au classement d’Arcachon en tant que station climatique. Après avoir participé à la Résistance contre l’occupant et avoir été réélu dans l’équipe municipale, il meurt à 66 ans. C’était il y a exactement 70 ans.

Avant de venir vivre en France, le père de Jean Doche, Évariste, avait passé l’essentiel de sa vie au Chili. Né à Santiago-du-Chili le 23 juin 1849, il était devenu, comme son frère Emmanuel, ingénieur des mines pour exploiter les importantes ressources du sous-sol local : minerais de cuivre, d’argent, de salpêtre. Il avait épousé en France Laurentia Désiré Cailly, une franco-américaine née à Philadelphie le 20 janvier 1857, dont la famille était originaire d’Orléans.

Les conseillers généraux du Pays de Buch (1800-1906) – Notices biographiques (II) Pierre-Jean-Baptiste Baleste-Marichon, Jean Dumora, Léopold Javal, Alphonse Lamarque de Plaisance, Gaston Douillard de Mahaudière, Chéri Duvigneau, Louis Théodore David (Madeleine Dessales & Michel Boyé) – 14 pages.

De 1833-1848, les trois cantons La Teste-de-Buch – Belin – Audenge réunis ont deux conseillers généraux.

Le premier bénéficiaire de la loi du 22 juin 1833 qui introduisit l’élection au suffrage censitaire des conseillers généraux, jusqu’alors désignés par l’exécutif, fut Antoine de Sauvage étudié par Bernard Eymeri dans le bulletin n° 154.

À la suite de sa démission, une élection complémentaire fut organisée à Mios le 8 mai 1834. Sortit vainqueur du scrutin, le notaire de Mios Pierre-Jean Baleste-Marichon.

Fils du notaire testerin Pierre-Jean-Baptiste Baleste-Marichon (La Teste, 6 juin 1765- ID., 7 vendémiaire an XIV [29 septembre 1805]), et de Marie ­Peyjehan (La Teste, 10 mars 1778 – ID., 19 novembre 1825), mariés à La Teste le 27 septembre 1792, Pierre-Jean Baleste-Marichon était né le 16 juillet 1793 à La Teste-de-Buch. Il avait épousé le 10 juin 1813, à La Teste-de-Buch, Marie-Delphine Dejean (La Teste, 7 mars 1798 – ID., 31 mai 1874), fille du négociant, devenu par la suite inspecteur des travaux des dunes, Pierre Dejean (1775-1845) et de Marie ­Peyjehan (1780-1864).

La poudrerie de Croix d’Hins (Madeleine Dessales & Émile Vialaret) – 13 pages.

Un exemple de l’effort de guerre à l’arrière (1915-1917) – La commune de Biganos, qui s’étend alors jusqu’à la limite de Croix d’Hins, s’est particulièrement illustrée dans cet effort de guerre de 1915 à 1918. Ainsi, avec la poudrerie de Croix d’Hins, il ne faut pas oublier les trois fonderies de Facture-Biganos qui ont travaillé pour l’armement (fabrication d’obus), l’usine Crer & Cie et celle de Voisin (fabrication de poudre et de munitions), le Corps forestier canadien à Marcheprime, l’hôpital canadien à Facture, le champ de tir de Croix d’Hins. Cet article présente l’histoire de la fabrique de grenades et les différents accidents et incidents qui y sont survenus.

La création de la poudrerie en 1915 – En 1915, François Thévenot fonde une poudrerie avec fabrique de grenades à main intitulée poudrerie et chargement de grenades, à Croix d’Hins, lieu-dit situé dans un quartier excentré de Marcheprime (alors sur la commune de Biganos) sur la route vers Bordeaux. Le domaine de 727 ha appartient aux héritiers d’Émile Pereire, mort en 1875. En août 1917, François Thévenot l’acquiert.

François Thévenot (Castres, 13 juin 1877- Momères, 15 mars 1944), créateur de la Société des grandes entreprises méridionales (ex Maison F. Thévenot & fils), est connu pour ses importants travaux hydro-électriques dans les Pyrénées et pour le petit train du lac d’Artouste.

François Thévenot possède la villa Saint-Yves à Arcachon, les prés salés ouest de La Teste, ainsi que plusieurs propriétés dans le fond du Bassin.

Des germanophones suspects à Arcachon en 1914 (Hubert Bonin) – 9 pages.

On sait que l’état de guerre justifie la mobilisation de la police afin de surveiller l’opinion, de détecter des suspects facteurs de troubles et, surtout, de plus en plus, pour enrayer tout risque d’espionnage, et le Bassin d’Arcachon n’a pas échappé à cette intensification des contrôles de police. Ils veillent notamment à empêcher toute possibilité pour l’ennemi de disposer de documents lui permettant de jauger l’effort de guerre qui s’accentue en Gironde, d’où la saisie de photographies, dessins, cartes postales représentant les rades, ports ou côtes. Les propos tenus et les opinions sont particulièrement rapportés. Dans ce cadre de suspicion et de vigilance, la présence de personnes de langues et racines germanophones constitue un danger autrement plus direct encore. Un dossier des Archives départementales de la Gironde permet de se rendre compte de cette obsession obsidionale dans les premiers mois du conflit.

Or Arcachon, on le sait, était une station à vocation internationale, ou « cosmopolite », comme on disait alors. Nombre de maisons bourgeoises, de résidences et d’hôtels employaient du personnel de toutes nationalités, des gens du peuple essentiellement, habitués à circuler à travers l’Europe de stations thermales en stations touristiques, au gré des offres d’emploi.

L’odyssée des Crapouillots dans la Woëvre (Henri Pfihl) – 6 pages.

Suite des carnets de guerre de l’architecte arcachonnais Henri Pfihl – Depuis octobre 1914 nous pataugeons sous le feu meurtrier de l’ennemi. Celui-ci, prévoyant, a occupé dès le début des positions stratégiques inexpugnables. Il n’en sera délogé, ou plutôt il s’en ira tout seul, que lors de sa grande débâcle de 1918. Les Hauts de Meuse dominent le secteur et le contrôlent de Pont-à-Mousson à Saint-
Mihiel où est installée une artillerie puissante contre laquelle la nôtre est dérisoire et qui nous tient en respect dans la plaine gluante de la Woëvre.

Ce seul nom est un cauchemar, un cauchemar et un tombeau !

Textes et documents – L’accès à l’eau : un enjeu économique majeur, déjà en 1566, dans la montagne de La Teste (Patrick Faure) – 4 pages.

Au XVIe siècle, la forêt du captalat de Buch, connue également sous le nom de montagne de La Teste, est activement exploitée car, grâce à la résine et ses dérivés, elle constitue la principale richesse des habitants. De nombreux tenant pins se partagent cette ressource providentielle mais ce sont rarement eux qui la produisent et la transforment. Se consacrant plutôt à sa commercialisation, ils emploient des résiniers pour effectuer le travail de production mais conservent la maîtrise des opérations en leur faisant signer des baux à ferme comportant des clauses conservatoires.

Le document reproduit ici est l’illustration du partage des responsabilités entre bailleur et preneur.

Revue des revues (Olivier de Marliave) – 2 pages.

Vie de la Société (Aimé Nouailhas) – 4 pages.

Les commentaires sont clos.