Bulletin n° 160 de mai 2014

Bull160

Encore des histoires…

Bulletin n° 160
de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch.
(mai 2014)

Aperçu du sommaire.

Nous votons pour…

(Armelle Bonin-Kerdon & Madeleine Dessales)

Les élections municipales ont livré leurs résultats dans les communes du Pays de Buch comme ailleurs, maintenant beaucoup d’équipes en place ou les renouvelant complètement pour certaines.
La Société Historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch reste bien entendu en dehors des enjeux politiques locaux, mais elle est par contre très attentive aux projets des municipalités concernant l’Histoire, la Culture, et le Patrimoine. Sa déception est grande quand elle constate que certaines municipalités négligent leur passé, comme le montrent par exemple leurs manières de traiter la viographie* à la légère ou de doter leurs carrefours giratoires d’évocations historiques discutables.
En cette heure de début de mandats communaux, souhaitons que les municipalités aient davantage le réflexe de consulter la SHAA, comme référence, conseil ou expertise ! Autant ses adhérents (nous sommes plus de 700) que ses administrateurs sont prêts à apporter aides et compétences (nos permanences à Arcachon le mercredi et à Audenge le vendredi sont des lieux d’accueil et d’échanges).
Certes, il est légitime pour une commune de confier ses archives « encombrantes » aux Archives départementales, d’autant que ces dernières disposent de moyens humains dédiés pour les gérer. Mais ce faisant, elle les rend de ce fait plus difficilement accessibles. Il est en effet peu pratique pour les chercheurs de se déplacer aux Archives départementales pour consulter un registre. N’est-ce pas aux fonctionnaires chargés de gérer l’état-civil d’une commune, d’assurer également le service de mise à disposition ?

Lire la suite dans le Bulletin (2 pages).

L’architecture gujanaise – Reflet des activités maritimes, agricoles et balnéaires

(Jean Parrou-Bordes).

La région est naturellement vouée d’un côté aux activités terrestres et de l’autre à la mer. L’homme, pour subsister, a besoin des deux, c’est ce qui fait le charme de cette contrée.
À Gujan-Mestras, l’activité maritime s’impose d’abord par la diversité et l’abondance du poisson dans et hors Bassin jusqu’au XXe siècle, ensuite par la facilité que les habitants ont de se procurer le bois nécessaire à leurs besoins personnels ou professionnels.
Mais cette situation est également due au littoral du sud Bassin dont le trait de côte est resté stable depuis des siècles car non soumis aux assauts des éléments naturels et à l’avancée des sables.
C’est cet amalgame qui va donner son caractère particulier régional à l’architecture liée à l’habitat, aux activités agricoles (dans son sens le plus large : céréales, vignes, élevage…) et maritimes (l’architecture portuaire comprend l’infrastructure des quais, des bassins ostréicoles, des chantiers navals et des abris-cabanes de pêcheurs, quasiment inchangés).
Sont ainsi localisés d’est en ouest : La Molle – Estey de La Barbotière (Mestras, repère : le lycée de la Mer) – Le port du Canal – Larros (repère : les chantiers navals Couach) – Gujan – Meyran et La Hume.
D’après les recherches historiques effectuées précédemment par divers auteurs, il faut noter qu’au cours des siècles, les communes de La Teste-de-Buch et Gujan-Mestras ont bénéficié des mêmes composantes terrestres et maritimes liées à leur situation géographique, à leurs habitants, aux mêmes sols, mais aussi à l’indispensable Montagne. Son pinhadar qui est la source même de l’approvisionnement en bois et de ses dérivés a procuré à tous, ayant-pins ou non-ayant pins, travail et revenus.
Ainsi, jusqu’à une certaine période, les habitats vont être pratiquement similaires pour certaines catégories d’habitants.
Récemment, Michel Jacques a démontré la provenance de certains matériaux qui ont servi à l’édification des habitations en dur, notamment en bois, torchis ou garluche. Pour les uns, issus de la région (garluche, briques de Biganos et pierre de taille des carrières bordelaises) ; pour d’autres, venus par voie de mer (pierres diverses ayant servi de lest).

Lire la suite dans le Bulletin (23 pages).

Du Pays de Gex au Pays de Buch – L’itinéraire des Grailly (II)

(Bernard Dutein).

Pierre 1er de Grailly – Pierre, fils de Jean Ier de Grailly, mais dont la mère n’est pas connue, est né vers 1259. Il doit être placé très tôt à la cour d’Angleterre, mais très vite il participe aux activités de son père.
Formation diplomatique – C’est ainsi que pour la première fois, le 28 septembre 12781, son nom apparaît, dans un document, à la suite de celui de son père Jean de Grailly, sire de Benauge, par lequel Édouard Ier ratifie la concession du droit de mariage de l’héritière de Landiras, Clairemonde de Lamothe, qui se marie le 27 septembre 1280 avec Jean Roussel de Saint-Symphorien, neveu de Jean de Grailly.
En 1279, jeune écuyer, il sert de courrier à son père et le 23 juillet, il porte une lettre à l’évêque de Bath. Le lendemain, 24 juillet, dans une lettre rédigée en langue française, datée de Paris, Jean de Grailly demande au roi Édouard la permission que Pierre puisse être armé chevalier, car il est en âge de l’être. Pierre est cultivé et possède une formation militaire et diplomatique qui l’a préparé à suivre les traces de son père. Dans cette lettre, Jean demande à ce que son fils Pierre puisse prendre part aux tournois organisés par le roi de France en l’honneur de la venue de Charles, fils du frère de Saint Louis, roi de Naples.
Le guerrier – Au cours de ces joutes, Pierre fait la connaissance du prince Charles qui l’amène à Naples, si bien qu’en 1282, Pierre sert à Naples dans les troupes de Charles d’Anjou, roi de Naples.

Lire la suite dans le Bulletin (12 pages).

La Teste et la guerre de course dans la deuxième moitié du XVIe siècle

(Patrick Faure).

La position de La Teste dans un havre naturel ouvert sur l’Océan et les caractéristiques de l’économie locale constituent un terrain propice au développement d’activités commerciales par voie maritime et à l’inclination d’une partie de la population vers les métiers de la mer. Au XVIe siècle déjà, les actes notariés permettent d’identifier plusieurs bateaux testerins qui, avec ceux plus nombreux venus principalement de Saintonge, vont livrer, le long des côtes de France, les produits résineux produits dans le captalat. Bien qu’étant destinés, essentiellement, à transporter des marchandises, les plus gros de ces bateaux peuvent facilement être transformés en navires de guerre en recevant des canons en lieu et place de la cargaison. Dans les périodes de tension avec les autres nations européennes et, tout spécialement, à l’occasion du conflit qui oppose la France à la Maison de Habsbourg, la constitution de cet appoint en unités de combat est d’autant plus encouragée par les autorités qu’elle procède d’initiatives individuelles, qu’elle ne coûte, par conséquent, rien à l’État et que celui-ci est cruellement dépourvu d’une marine de guerre capable de rivaliser avec celle de ses adversaires. Les bateaux ainsi détournés de leur vocation initiale se livrent à la guerre de course, c’est-à-dire à une espèce de guerre irrégulière, bien que menée sous pavillon royal, consistant à s’emparer des bateaux de commerce ennemis qui passent à leur portée. C’est le cas d’au moins deux bateaux testerins que leurs propriétaires engagent dans ce type d’opérations au cours d’une courte période qui marque l’acmé de la participation de La Teste à une guerre d’une nature si particulière. Après une évocation rapide du contexte international, dans lequel se place l’action de ces bateaux corsaires, la description de ces bateaux et l’évaluation, à la fois, de leur capacité de transport et de leur potentiel de combat permettront de mieux comprendre pourquoi et comment ils peuvent être et sont réellement utilisés aussi bien à des fins pacifiques que guerrières. Il sera alors possible d’esquisser un bilan de leur action et de se demander pourquoi celle-ci a été aussi éphémère.

Lire la suite dans le Bulletin (24 pages).

Avarech ! Avarech ! : varech

(Jacques Clémens).

Un terme de droit féodal sur ce que la mer rejette est devenu un cri populaire en Pays de Buch lors d’un naufrage sur le littoral gascon : avarech ! Selon le baron de Cayla qui a parcouru les « landes de Bordeaux dans la contrée connue ci-devant sous le nom du captalat de Buch » et qui a publié ses recherches sur les « mœurs des habitants » en 1809 : « Dès que les habitants des Landes [de Bordeaux] sont instruits du naufrage, on entend crier de tous les côtés avarech, c’est le mot de ralliement de tous les habitants de cette contrée, qui abandonnent tout pour courir non au secours des naufragés, mais pour les piller et aggraver leur misère. Les lois maritimes, quelque sévères qu’elles soient, n’ont pu mettre encore un frein à cette rapacité ». Jean-Florimond de Saint-Amans, érudit du Lot-et-Garonne, évoque lui-aussi ce cri de ralliement en 1812 :
« Ce sont les habitants à demi-sauvages de ces misérables huttes qui parcourent les bords de la mer dans les gros temps, et qui guettent avec l’œil affamé, l’œil criminel de l’envie, le moment où les vaisseaux viendront se briser sur le rivage. La nuit la plus affreuse n’est pas celle où ces espèces de barbares se rassemblent le moins sur ces bords malheureux. Là, pendant la tempête, les hommes, les femmes, les enfants réunis, appellent le naufrage. Si le jour leur montre des débris jetés à la côte, ils poussent à l’envi des cris de joie : leurs vœux sont accomplis. Avarech ! Avarech ! est le mot de ralliement, le signal du pillage. Ce mot, à l’instant répété de bouche en bouche est proclamé dans les communes voisines ».

Lire la suite dans le Bulletin (6 pages).

La Teste avant le grand tourisme : un décollage industriel

(Hubert Bonin).

Et si La Teste-de-Buch était devenue une vaste zone industrielle ? un Rotterdam ou un Fos du Bassin d’Arcachon ? Et si des entrepreneurs avaient comblé ces marais, prés salés et autres terrains insalubres, arasé les dunes, terrassé les bords de mer, de rivières et de jalles ? Et si des usines semblables à la papeterie actuelle de Facture-Biganos avaient dressé leurs cheminées, craché leur vapeur, façonné un paysage semblable à celui de Dunkerque ? Au lieu d’un modeste boulevard de l’Industrie dans la zone d’activités actuelle proche des Miquelots, un Café de l’industrie tiendrait lieu de Café de la plage, une Brasserie de la forge de Cotinière, un Palais de l’industrie d’Aqualand… Cette histoire-fiction est bien entendu invraisemblable, et il faudrait un Marc Lévy de l’histoire économique pour se demander : Si c’était vrai ? Cela dit, Fos est proche de Cassis, Dunkerque d’Ostende, La Baule de Saint-Nazaire, et on aurait pu imaginer une telle vocation. C’est bien entendu irréaliste, et la Gironde a même été incapable de garder durablement ses usines à Ambès ou à transformer la pointe du Verdon en nouveau Le Havre !
À la recherche d’un mini-système productif testerin – Pourtant, en utilisant des archives historiques en vue d’un ouvrage retraçant l’histoire de la première révolution industrielle à Bordeaux, nous avons déniché des données concernant l’histoire industrielle de La Teste : dans les années 1839-1930, son territoire était ainsi riche d’ateliers, voire d’usines… Bien entendu, leur taille, leur main-d’œuvre, leur équipement restaient modestes ! Mais on peut consacrer quelques pages à reconstituer les pistes suivies par des « entrepreneurs », des patrons dotés d’esprit d’entreprise, de capitaux, de sens des affaires, de flair devant les perspectives du marché, afin de construire à long terme un petit « système productif », comme on dit en économie.

Lire la suite dans le Bulletin (13 pages).

Les débuts de l’automobile à Arcachon (suite), 1910-1918

(Marie-Christine & Claude Rouxel).

1910-1918 : Fin de la Belle Époque, suivie de la guerre – Nous reprenons notre évocation des débuts de l’automobile à Arcachon et au Pays de Buch là où nous l’avions laissée à la fin de notre premier article c’est-à-dire vers 1910, et nous allons nous consacrer ici à la période conduisant jusqu’à la guerre.
Nous étudierons ultérieurement les années 1919-1930, qui seront celles du grand démarrage de l’automobile. En effet, la guerre va démontrer tous les services qu’elle peut rendre et de nombreux jeunes Français apprendront à conduire à cette occasion, ce qui contribuera à la faire sortir de son ghetto d’objet de distraction pour les riches et les oisifs.
Néanmoins l’automobile connaît déjà un beau développement dans les années qui précédent immédiatement la guerre 1914-1918, il suffit de quelques chiffres relevés dans l’indispensable ouvrage de Lucien Chanuc, L’automobile à Bordeaux, pour le constater. Alors qu’il y avait 71 autos en circulation en Gironde en 1897, elles sont au nombre de 1 402 en 1912 ; en outre, 647 immatriculations sont enregistrées en Gironde en 1910, puis 1093 en 1913, contre 237 en 1906. C’est dire comme l’automobile progresse… et ce n’est qu’un début !
Automobilistes d’Arcachon et du Pays de Buch – Évoquons pour commencer les acquéreurs d’automobiles d’Arcachon et des communes avoisinantes. Ils portent souvent des noms qui font partie de l’histoire locale et les inventorier donne un aperçu de la manière dont l’auto s’implante.
Nous avons consulté les registres d’immatriculation détenus par les Archives de la Gironde afin de relever les véhicules appartenant à des Boïens. De 1910 au 3 août 1914, date de la déclaration de guerre, nous avons trouvé une cinquantaine de voitures enregistrées aux noms de personnes domiciliées à Arcachon et dans le pays de Buch, mais, comme pour la période précédente, cela ne peut être considéré que comme une approche car on en découvre occasionnellement d’autres sur des registres ne concernant pas la Gironde !

Lire la suite dans le bulletin (13 pages).

Notre-Dame-des-Passes

(Dominique Chevallier)

Aujourd’hui, Notre-Dame-des-Passes est l’un des éléments majeurs du patrimoine religieux et culturel de Bassin d’Arcachon. Et pourtant, au moment de sa consécration il y a exactement 150 ans, ce n’était qu’une petite chapelle édifiée sur une dune isolée de la forêt d’Arcachon, face au Cap-Ferret et à la sortie du Bassin…
Lors de la création d’Arcachon en 1857, Le Moulleau (ou Mouleau, voire Moulo, suivant les désignations de l’époque) devient l’extrémité sud de la nouvelle commune. Sur ce territoire sauvage et encore préservé, il n’existe que quelques cabanes de résiniers ou de pêcheurs, et, depuis peu, la caserne des douaniers ayant servi au bornage de la commune et la cabane appelée pompeusement Établissement de bains de M. Dalis, le principal propriétaire de Moulleau.
Projetant de réaliser une nouvelle cité balnéaire sur le modèle de ce qui était alors prévu pour la Ville d’hiver, deux Bordelais entreprenants, Aurélien de Grangeneuve et William Papin, achètent trente-deux hectares le 10 février 1863 à Jean-Baptiste Dalis1 et créent la Société immobilière du Moulleau.
La Chapelle des Dominicains – Au même moment, l’Ordre des Dominicains cherche un terrain pour y implanter une maison de repos pour ses religieux malades ou âgés et, sur les conseils de l’abbé Mouls, c’est tout naturellement Arcachon, la ville de santé par excellence, qui est retenue. La future station du Moulleau ne pouvant rester sans lieu de culte et sans desservant, les intérêts des uns et des autres se rejoignent et un accord est rapidement conclu entre le RP Minjard2, prieur du couvent de Bordeaux, représentant l’Ordre, et les nouveaux propriétaires. Un grand terrain situé au sommet de la dune est concédé aux dominicains en échange de leur engagement à assurer le service du culte.

Lire la suite dans le Bulletin (16 pages).

À propos des œuvres arcachonnaises de Charles Gounod

(Gérard Condé).

Le propre du travail de recherche est de n’avancer que par erreurs et approximations patiemment corrigées au risque d’autres erreurs et approximations. Il faut aussi compter davantage sur le hasard que sur l’inventaire systématique. Pour avoir achevé, en 2009, la première grande monographie moderne consacrée à Charles Gounod parue aux éditions Fayard, je peux parler d’expérience car je ne l’ai guère ouverte depuis sans appeler de mes vœux une nouvelle édition revue et corrigée !
Je ne m’étonne donc pas que Jean-Claude d’Ozouville ait présenté — lors de son exécution par l’ensemble vocal Loré, le 15 septembre 2012 en l’église Notre-Dame des Passes d’Arcachon — la Première messe, en La bémol majeur de Gounod, dont il avait reçu le manuscrit en dépôt, comme un ouvrage inédit. C’est ce que j’ai longtemps cru tant que je ne connaissais que le manuscrit incomplet de cette messe conservé à la Beinecke Library de l’Université de Yale sur lequel ne figure, hélas, que la partie d’orgue avec pédalier.
C’est à la suite de je ne sais quel hasard, que Philippe Cathé, musicologue et auteur, notamment, d’une thèse puis d’une monographie consacrées au compositeur Claude Terrasse, m’a signalé l’existence d’une édition de cette messe réalisée au printemps (?) 1893 par un éditeur Bordelais, Verdeau, sous le n° 14 d’une collection qui s’est arrêtée peu après lors de la liquidation probable d’une entreprise mal gérée.

Lire la suite dans le Bulletin (7 pages).

Vie de la Société

(Aimé Nouailhas) – 3 pages.

Les commentaires sont clos.