Cétait en septembre 1914

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C’était en septembre 1914

Contrairement à d’habitude, la page de La Vigie républicaine que vous avez devant vous ne résulte pas d’un montage d’articles, mais correspond à la plus grande partie de la véritable « une » du journal. Il s’agit de surcroît d’un article descriptif de type « chronique », ce qui renforce sa lisibilité. Le journaliste raconte de façon très concrète la visite des hôpitaux temporaires déjà existants à Arcachon, qu’il a vraisemblablement effectuée en compagnie du général Vaillard, inspecteur du service de santé du ministère de la Guerre. Nous constatons qu’en sus des quatre évoqués dans la chronique d’août, deux autres sont cités : La Pouponnière, tout juste installé dans la villa qui abritait jusque-là La Société d’Assistance Maternelle boulevard Deganne, et considéré comme annexe de Saint-Elme situé sur le trottoir d’en face, et le futur hôpital privé du Grand Hôtel d’Arcachon. Les hôpitaux privés sont dits « hôpitaux bénévoles », dénomination qui prête à confusion, alors qu’on voit bien ici que beaucoup de bénévoles interviennent d’une manière générale dans ces hôpitaux, soit dans les services administratifs, soit bien entendu dans les services soignants. Le journaliste insiste comme il se doit sur les « personnalités » présentes : Madame Veyrier-Montagnères, femme du maire, est citée pour l’hôpital Saint-Joseph, ainsi qu’un professeur au Collège de France pour l’hôpital Saint-Vincent de Paul.

1914 septembre

Le but de ces hôpitaux est explicitement rappelé : le retour au front des soldats blessés ou malades, le plus rapidement possible. A Saint-Elme, « beaucoup d’entre eux…promptement rétablis, sont repartis sur les lignes de feu » et laissent la place à « de nouveaux arrivants ». A cette fin, « rien n’est trop beau » pour ceux que l’on nomme « les fils dévoués de la Patrie ». Cette dernière est donc une mère pour eux, à travers les attentions multiples des soignants, qui sont abondamment décrites dans l’article. Dans les deux hôpitaux dépendant de l’armée (Saint-Elme et Saint-Dominique), les soignants sont présentés comme des soldats de l’arrière,ce que suggère l’expression « détachement des infirmiers », alors même qu’ils sont sans doute plutôt perçus comme des « embusqués » par la population. Les salles y portent des noms de batailles ou d’officiers. L’image maternelle est particulièrement bien véhiculée par le symbole de La Pouponnière, où les soldats sont assimilés à de nouveaux poupons, dont les lits auraient grandi comme par magie pour s’adapter à la taille des nouveaux occupants ! On pourrait croire que la mère Patrie s’occupe de ses enfants à égalité, abolissant pour un temps les différences sociales dans l’Union sacrée : ceux qui seront au Grand Hôtel accèderont dans « ce palais » au luxe « que beaucoup d’entre eux ne soupçonnaient pas et qu’ils ne retrouveront plus ». Néanmoins,on s’aperçoit qu’on y trouvera des chambres réservées aux officiers. Quant aux tirailleurs algériens accueillis à l’hôpital auxiliaire Saint-Vincent de Paul, on en qualifie deux avec une certaine condescendance de « braves turcos ».

Grâce à cet article, on s’aperçoit de la capacité différente de chacun des hôpitaux à cette date : 400 personnes pour Saint-Elme, 132 pour Saint-Dominique, 100 pour le futur Grand Hôtel, 45 pour Saint-Vincent de Paul, 35 pour la clinique Saint-Joseph, et 25 à 30 pour La Pouponnière.Les statuts différents nous sont déjà connus, les catégories différentes de personnels soignants sont claires : médecins et infirmiers militaires pour les hôpitaux complémentaires, infirmières de La Croix Rouge pour les hôpitaux auxiliaires, ainsi que religieuses de Saint-Vincent de Paul, médecins locaux et dames de la bonne société. A noter tout de même, la présence de militaires partout, ce qui paraît normal. Les différentes spécialités sont elles aussi esquissées, au-delà du terme générique de « convalescence », englobant évidemment l’ensemble : on découvre ainsi que la petite chirurgie se fait à Saint-Elme, que la grande se fera au Grand Hôtel. La clinique Saint-Joseph avec ses blessés « ingambes » a élargi sa compétence orthopédique initiale.

On insiste naturellement partout sur l’hygiène et la propreté, et on retrouve avec l’héliothérapie et les mentions d’air et de lumière, les atouts arcachonnais classiques, qu’ils s’exercent sous les arbres de l’intérieur (« immense parc » de Saint-Elme) ou sur les terrasses face à la mer (Saint-Joseph et le Grand Hôtel). L’impression de repos absolu et de silence éprouvée à Saint-Dominique contraste fortement avec la « ruche bourdonnante » décrite à Saint-Vincent de Paul. L’organisation militaire abondamment détaillée pour Saint-Dominique et louée pour sa rationalité méthodologique, où règnent ordre et discipline, en est-elle un élément d’explication, ou bien tout cela s’explique-t-il simplement par une différence de gravité dans l‘état des patients, avant leur répartition ? Des recherches complémentaires seront nécessaires. Quoiqu’il en soit, l’article est volontairement très élogieux et les compliments appuyés. Il est important pour le maintien à Arcachon de ces hôpitaux, utiles aussi pour son économie, et pour le moral de la population, que chacun se persuade de « l’entrain » qui anime les soldats soignés dans la ville.

Armelle BONIN-KERDON

Notes

Sur les noms donnés aux salles de l’Asile hospitalier Saint-Dominique :

  • La bataille de Liège est la première bataille menée par l’Empire allemand en Belgique. Le siège commence le 5 août 1914 par l’attaque des intervalles entre les forts situés tout autour de Liège, et se termine le 16 août 1914 à la suite à la reddition du dernier d’entre-eux.
  • La bataille de Dinant, ville francophone de Belgique située en Région wallonne, près de Namur, oppose les troupes françaises à l’armée allemande, du 15 au 23 août 1914. Elle est restée tristement célèbre par le massacre de 674 civils par les forces allemandes.
  • Lors de la bataille d’Altkirch,en Alsace, dans la matinée du 7 août 1914, l’armée française s’empare de la ville et se déplace vers le nord le jour suivant, s’assurant momentanément du contrôle de Mulhouse grâce à un repli stratégique des Allemands.
  • Pau (Paul Marie César Gérald) (Montélimar, 1848 – Paris, 1932). Il est sorti de sa retraite par Joffre qui lui confie de commandement de l’armée d’Alsace dans les offensives prévues par le plan XVII pour récupérer l’Alsace-Lorraine. Malgré ses succès en Alsace, il doit battre en retraite à cause des défaites de Lorraine à Morhange et à Sarrebourg.
  • Chomer (Nicolas Charles), (Metz, 1849 – le Chesnay, 1915), général de division français qui fit la Guerre franco-prussienne de 1870, membre du Conseil Supérieur de la Guerre.
  • Sarrail (Maurice Paul Emmanuel), (Carcassonne, 1856 – Paris, 1929). Il commande le 6e corps d’armée à Châlons-sur-Marne, au début des hostilités et à la bataille de Virton le 22 août 1914. Le 30 août, avant la première bataille de la Marne, il remplace le général Ruffey, limogé par Joffre, à la tête de la IIIe Armée.
  • Curières de Castelnau (Noël Édouard Marie Joseph de), vicomte (Saint-Affrique, Aveyron, 1851 – Montastruc-la-Conseillère, Haute-Garonne, 1944), général, commandant d’armée et chef d’état-major du général Joffre durant la Première Guerre mondiale. Au commencement des hostilités, il prend le commandement de la Seconde Armée. Lors de la bataille des Frontières, il doit arrêter sa progression après avoir subi d’importantes pertes lors de la bataille de Morhange.
  • Oudard (Jules Achille Clément) (Oran, 1847 – ?, 1923), général de division, commandant le 18e corps d’armée en 1911.
  • Voisin (Gabriel), (Belleville-sur-Saône, 1880 – Ozenay, 1973). Pionnier français de l’aéronautique. Sa réussite industrielle et commerciale vient avec la Première Guerre mondiale, au début de laquelle il présente au ministère de la Guerre le premier avion à charpente tubulaire entièrement métallique. Équipé d’un seul moteur à hélice propulsive arrière, il offre un cockpit avant très dégagé et peut transporter près de 350 kilos de bombes dans sa dernière version.
  • Renard (Louis-Marie-Joseph-Charles-Clément), (1847, Damblain, Vosges – 1905, Meudon). Ingénieur, inventeur, aéronaute et pionnier de l’aviation. Il devient colonel et directeur du centre aérostatique militaire de Chalais-Meudon et consacre toute sa vie à l’aérostation dirigeable et à l’aviation.
  • Waltz (Jean-Jacques), alias Hansi ou Oncle Hansi, (1873, Colmar – 1951, Colmar), artiste illustrateur. Il s’engage au 152e régiment d’infanterie en tant que caporal. Il est ensuite muté à l’état-major de la division où il est d’abord interprète stagiaire (sous-officier) puis officier Interprète militaire. Il est ensuite affecté au service de la propagande aérienne.
  • Wetterlé (Émile), (1861, Colmar – 1931, Ouchy, Suisse), est un prêtre, journaliste et homme politique d’origine alsacienne. Il est un des artisans du triage ethnique de la population alsacienne-lorraine en 4 catégories, mis en place à l’arrivée des troupes françaises dans le Reichsland.

Aimé NOUAILHAS

 

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