Confirmation à Gujan par le cardinal Lecot en 1906

 

CONFIRMATION À GUJAN PAR LE CARDINAL LECOT EN 1906

 

Le lundi 12 novembre, un froid brouillard couvrait les bords du bassin d’Arcachon. Après une journée de fatigue, mais aussi de consolations, Son Éminence quitte le matin le presbytère de La Teste ; la Confirmation doit avoir lieu à Gujan.

Le cardinal est accompagné de M. le chanoine Faure et de M. le doyen Matignon. En l’absence de Mgr Berbiguier, M. le chanoine Faure remplissait les fonctions de grand vicaire ; il y apporta une aimable compétence : l’honneur n’était pas au-dessus du mérite. M. le doyen avait la douce obligation d’assister, dans une paroisse toujours heureuse de le revoir, un Archevêque qui l’honore d’une juste estime.

À l’entrée de Gujan-Mestras, la voiture cardinalice passe sous deux arcs de triomphe : les quartiers de La Hume et de Meyran ont voulu manifester leur joie par des pins enguirlandés de feuillages et de fleurs. Bientôt après, arrive un peloton de cyclistes ; ils mettent pied à terre, puis l’un deux, au nom des jeunes gens de Gujan-Mestras, souhaite la bienvenue au Cardinal et lui offre une gerbe de fleurs. Monseigneur, touché de cette surprise « vicariale », remercie avec effusion. Les chevaux repartent, mais une équipe de cyclistes les précède ; deux autres se tiennent aux portières ; une quatrième ferme la marche.

Dès que la voiture est en vue du bourg, les cloches s’ébranlent pour la seconde fois ; elles ont retenti peu auparavant… par méprise ; n’est-ce pas toute­fois une prophétie pour l’ancien vicaire de Notre-Dame ainsi honoré ?…

Pendant que dans le clocher pavoisé la sonnerie s’élève vibrante et joyeu­se, Monseigneur s’avance entre des haies artificielles de pins ; il descend au seuil du presbytère sous une voûte de verdure, M. le Maire A. Daney vient offrir ses hommages : le conseil de fabrique le suit. Les présentations terminées, la proces­sion se déroule et passe par la sacristie pour éviter un trop long parcours.

Après les cérémonies préliminaires, Monseigneur se dirige vers son trô­ne ; Son Éminence, qui préfère les hauteurs célestes aux altitudes terrestres, s’arrête d’abord un peu surpris ; mais la décoration du « monticule » est si artis­tique qu’elle se décide à gravir quatre marches. Devant le trône se range un nom­breux chapitre… sans hermine ; les fidèles se pressent dans les trois nefs.

La messe commence ; elle est dite par M. le chanoine Delmas. L’ancien aumônier du Lycée s’est fait à Gujan non pas une petite vie de repos, comme l’in­dique à tort son chalet, — villa Otiosa, — mais une large vie de travail et de dé­vouement.

Sous la chaude parole de M. L’abbé Daney de Toctoucau, qui les a évangélisés pendant une semaine, les confirmands ont refoulé leur exubérance native ; ils exécutent en mesure des chants pendant la messe.

Le saint sacrifice achevé, debout devant la chaire, M. le curé de Gujan lit son rapport. Les fidèles écoutent avec intérêt ces pages écrites avec délicatesse et débitées avec émotion ; ils y retrouvent leur caractère « pétri de foi et de géné­rosité », et, ratifient l’éloge fait par le pasteur de « l’intelligent vicaire qui depuis quatre ans prodigue avec prudence son dévouement ! ».

Monseigneur prend ensuite la parole. Il félicite la paroisse de Gujan-Mestras d’avoir conservé la foi et de mettre la générosité au service de ses convic­tions. « Ne tremblez pas, ajoute-t-il, devant les hommes qui autour de vous atta­quent cette foi : ce sont des aveugles, des ingrats, des insensés… » Avec une gran­de vigueur oratoire, les preuves se succèdent et montrent la vérité de la triple accusation. Parfois attendri à la vue des nombreux marins qui, groupés au pied de la chaire, ne se lassent pas de lever vers lui leurs visages bronzés, le cardinal s’adresse directement à ces « vaillants » ; un frisson d’éloquence secoue alors la foule. N’y a-t-il pas eu chez tous des larmes, lorsque, dans un superbe tableau, le pêcheur a paru au milieu de la tempête, levant ses bras vers le ciel à la pensée de l’épouse en pleurs qui court sur le rivage et des enfants qui réclament du pain.

Après cette émouvante instruction, deux cent soixante personnes ont reçu le sacrement de Confirmation. La marraine était Mme Bézian ; le parrain, M. Grandgeay. Cet honneur récompensait le dévouement du trésorier de Fabrique et la délicatesse de la dame de charité.

À la suite du dîner, où le Dr Bézian porta à Monseigneur un toast ciselé avec art et salua en lui « une espérance », le cardinal se rendit à la chapelle de Mestras. Il remercia les donateurs de leur générosité pour cet édifice et leur re­commanda, puisqu’ils avaient ainsi deux églises de n’en sacrifier aucune…

Peu après, Son Éminence passait, avec son escorte de cyclistes, sous un dernier arc de triomphe.

La fête était terminée à Gujan ; elle commençait pour le Teich.

(Extrait de « L’Aquitaine »)

Extrait du Bulletin n° 18 de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch.

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