Découvertes au Truc du Bourdiou à Mios

Nouvelles découvertes au Truc du Bourdiou à Mios

 

Ayant dû nous rendre à de nombreuses reprises sur le site du Truc de Bourdiou à Mios (figure 1) dans le cadre d’une étude sur le peuplement pré et protohistorique du Pays de Buch1, nous avons été amené à parcourir, au prin­temps 1979, « le ruisseau du Castéra » qui délimite le Truc du Bourdiou sur son versant sud et à y découvrir quelques éléments intéressants pour la connaissance de ce lieu ; de nombreuses excursions effectuées par la suite jusqu’en novembre 1980 nous ont permis de recueillir un abondant matériel archéologique. C’est l’ensemble de ce mobilier qui fait l’objet de notre étude.Bourdiou1

I – LOCALISATION : (figure1)

Le «ruisseau du Castéra», ainsi dénommé parce qu’il va rejoindre L’Eyre au pied d’une butte fortifiée (castéra) dont les origines semblent remonter à la période gallo-romaine2, est un petit cours d’eau de très faible débit qui délimite naturellement le Truc du Bourdiou sur sa partie sud et dont la source se trouve à l’est du hameau de Lillet. Nous avons suivi ce ruisseau sur toute sa longueur afin de procéder à une localisation du matériel archéologique ; si la partie Est s’est révélée très riche, la partie Ouest quant à elle, est absolument vierge de tout mobilier. Notre répartition mobilière vient donc exactement en parallèle géo­graphique des premières découvertes effectuées par le Docteur Bertrand Peynau3. Quatre zones d’occupations ont pu être déterminées. Nous les avons baptisées Locus 1,2,3,4 pour plus de facilité dans les repérages postérieurs. Ces Locus sont caractérisés par des zones denses de cailloutis au milieu des quels se rencontrent pêle-mêle : tessons de poterie, éléments de construction, silex, tessons de jarres à poix, etc. Nous avons pu déterminer que les Locus 1 et 2 fournissaient le mobilier le plus ancien ; le plus récent, hormis quelques exceptions, ayant été recueilli en L3 et L4. Le matériel archéologique a été ramassé soit par récolte directe sur le fond du ruisseau à l’aide d’un bac à fond transparent, soit par tamisage du lit et ce, jusqu’à une profondeur de 40 centimètres. Seuls quelques éléments, sur lesquels nous reviendrons en fin d’article, ont été décou­verts dans d’autres conditions.

 

LE MATÉRIEL RECUEILLI

 

L ‘industrie lithique :

Une soixantaine de silex retouchés ou bruts ainsi que quelques éléments en grès a pu être découverte. Ce matériel se répartit comme suit :

– Grattoirs (atypiques, tendance unguiforme, (G) bout de lame, nucléiforme) : 8 (fig. 2, 3, 4)

– Denticulé (D) : 1 (fig. 7)

– Lames retouchées (L.R.) : 4

– Lames brutes (L.B.) : 3

– Éclats retouchés (E.R.) : 5

– Éclats bruts (E.B.) : 31

– Éléments grès (E.G.) 10

– Nucléï (N.) : 7

                Total : 69

Bourdiou2

À cela, il nous faut ajouter deux fragments en grès polis qui peuvent être des éléments de meules ou de broyeurs.

Sur cette faible série, le nombre des outils atteint 28, ce qui nous fait un pourcentage total pour les outils de 40%. Les différents éléments se déterminant comme suit :

 

69 éléments

28 outils

(G.)

11,5 %

28,5 %

(D.)

1,4 %

3,6 %

(L.R.)

5,8 %

14,3 %

(L.B.)

4,3 %

10,7 %

(E.R.)

7,2 %

17,9 %

(E.B.)

59,8 %

 

(N.)

10 %

25 %

Total

100 %

100 %

 

Éléments de datation de cette industrie :

Peyneau4, lors de ses premières fouilles signale, hors de l’atelier azilien, la mise au jour de quelques éléments (hache polie, pointes de flèches, meules, grattoirs, etc.) qui sembleraient appartenir à l’époque néolithique. Mal­heureusement la découverte de ces éléments en partie au niveau des « fonds de cabanes » et des « foyers » et celle plus tard d’une pointe de flèche associée à une urne cinéraire lui fit revoir ses considérations. « Ces objets se confondaient, pêle-mêle dans la même couche archéologique et sur le même plan horizontal avec d’autres qui ne remontent pas au delà du premier âge du fer, et dont il est impos­sible de les séparer. Ne pouvant vieillir ceux-ci, j’ai dû rajeunir les premiers, convaincu qu’ils sont tous contemporains des urnes cinéraires, dans la proximité et au niveau desquelles ils étaient dispersés. »5. Mohen et Coffyn6 ont déjà démontré que si les remarques descriptives de Peyneau concernant les « foyers » et les « fonds de cabanes » étaient justes, leur interprétation était plutôt compli­quée ; les « foyers » étant plutôt des fosses à détritus que l’on remarque presque toujours près des habitations pré ou protohistoriques7. Ces auteurs pensent, avec juste raison d’après nous, que ces « fonds de cabanes » et les fosses à détritus seraient plutôt les vestiges d’un habitat plus ancien qui pourrait appartenir, d’après eux, au Bronze final8. L’examen de la carte de Peyneau9 quant à lui nous montre une répartition assez intéressante de ces fosses, du moins en partie, à l’est de l’atelier azilien avec une tendance à l’éloignement en direction du ruisseau du Castéra. Il serait hasardeux à l’heure actuelle de vouloir rattacher notre industrie à l’époque néolithique plutôt qu’au Bronze ; notre collègue Julia Roussot-Larroque nous ayant notamment signalé, qu’elle a retrouvé au cours de ses fouilles de la Roque Saint Christophe dans un niveau Bronze final III, une in­dustrie lithique qui ne semble pas provenir des couches sous-jacentes. De plus, à l’intérieur de notre faible série, malgré la présence d’un pourcentage assez intéressant de grattoirs et celle d’un denticulé, l’absence de pièces typiques ne permet pas de positionner chronologiquement cette industrie. Ce que nous pou­vons cependant affirmer, c’est quelle n’appartient en rien au premier Age du Fer comme le pensait initialement Peyneau et qu’elle ne saurait remonter, d’après nous, au delà du Bronze final.

 Bourdiou3

La céramique protohistorique :

Une cinquantaine de tessons appartenant à ce type de céramique ont pu être recueillis, certains, dont nous signalons les types les plus intéressants, venant compléter la chronologie et la typologie de la céramique du Bourdiou.

Figure 6 : Deux fragments d’une grande urne.

1) élément de col évasé :

épaisseur : 15mm

Pâte grisâtre, la coloration rougeâtre extérieure étant due aux oxydes ferriques véhiculés par les eaux du ruisseau. Cet élément présente un rebord festonné, le point d’évasement du col présentant quant à lui un cordon digité surajouté et lissé façon Bourdiou.

2) fragment de fond plat :

épaisseur : 17 mm

Pâte grisâtre, coloration rougeâtre extérieure dont les causes sont similaires aux précédentes. Cependant la très légère différence de teinte entre le pied et le col s’explique par la découverte du premier directement sur le lit du ruisseau et celle du second dans les couches sous-jacentes constitutives.Cetteurneest intéressante chronolo giquement et typologiquement, car ce type de cordon digité est géné­ralement présent au Bourdiou sur la « céramique domestique », que Kimming est bien embarrassé de dater10 et que Mohen et Coffyn placent au Bronze final grâce à une datation effectuée sur le milieu de découverte qui a donné 860±130 avant J.C. Par contre la forme en entonnoir correspond au Type II défini par ces mêmes auteurs et daté par eux par analogie avec d’autres types du Sud-Ouest des environs de 725 av J.C. Ces deux éléments nous feraient pencher pour placer ce type d’urne en élément de transition fin Bronze final-début Halstatt I.

Figure 7 : Tesson à cordon pincé épaisseur 17 mm

Pâte jaune dont la teinte est aussi masquée au maximum par l’impré­gnation ferrugineuse de l’élément. Ce fragment présente un cordon surajouté à bourrelet de pâte pincée à l’aide des doigts. Le seul élé­ment de comparaison est le tesson 16 de la planche III de l’étude de Mohen et Coffyn. Poterie appartenant là aussi à cette « céramique domestique » datée par ces auteurs du Bronze final. Ce type de cordon à pincement est une forme courante au Bronze moyen dont la fabri­cation s’est perpétuée jusqu’au Bronze final.

Figure 8 : fragment de col

épaisseur : 8 mm

Pâte constitutive jaune. Ce fragment de col présente un décor à cupu­les de 11 mm de large et 3 mm de profondeur dont le milieu est barré d’un coup d’ongle longitudinal. Ce motif à cupules avec incisions unguiformes est nouveau au Bourdiou. La cupule, si elle est relati­vement fréquente aux tumulus des Gaillards à Biganos, est assez rare au Bourdiou ; elle est le plus souvent associée à un rebord festonné ou à un col évasé. En tenant compte des éléments pré-cités et du contexte typologique de découverte, nous pencherions plus facilement pour un type I ou II, voir même un Bronze final.

Bourdiou4

Figure 9 : fragment de rebord à cordon festonné.

épaisseur : 3 mm

Pâte jaune et coloration extérieure rougeâtre. L’élément en notre possession peut appartenir à un pot assez évasé, quelques légères impressions de doigts sont visibles ; le rebord quant à lui présente un cordon torsadé ou festonné selon la terminologie que l’on veut lui attribuer. Tesson à rapprocher d’après nous des précédents et à placer plutôt dans un horizon assez ancien.

Figure 10 : Fragment de panse décorée.

épaisseur : 8 mm hauteur fragment : 30 mm

Tesson présentant une cannelure horizontale d’où partent trois can­nelures verticales enveloppant la courbure de la panse. Pâte beige avec vraisemblablement une engobe légèrement colorée ou une peinture lissée. Le motif à cannelures n’est signalé au Bourdiou que sur la 2ème urne notée dans la typologie de Mohen et Coffyn du type II daté d’après -725 av J.C.

Figure 11 : Tesson de panse épaisseur : 3 mm

Petit fragment à pâte jaune et coloration extérieure rougeâtre. Frag­ment de vase accessoire ou de petite urne, élément trop faible pour pouvoir déterminer avec certitude l’appartenance à tel ou tel type de matériel, le seul élément de comparaison étant peut-être le type 10 de Mohen et Coffyn ?

Figure 12 : Fragment de panse

épaisseur : 5 mm largeur : 21 mm

Pâte grise, coloration extérieure gris bleuté. Facture nettement plus récente que les types précédents, une ligne brisée présentant 2 trian­gles à pointe tournée vers le haut et 32 triangles à pointe tournée vers le bas surmonte un trait en forme de flèche. Un motif plus ou moins analogue a été découvert sur la 16ème urne du Bourdiou (II), urne étudiée et classée par Mohen et Coffyn12 dans leur type II et daté postérieurement à -725 av J.C.

Figure 13 : Deux fragments de petit vase accessoire ou de couvercle

épaisseur fragment A : 3 mm

épaisseur fragment B : 2 mm

Coloration gris bleutée. Un léger rebord est visible sur le fragment A.

Tesson à dater vraisemblablement du premier âge du fer.

Figure 14 : Fragment de fond de vase-accessoire

épaisseur : 3 mm

Pâte jaune, coloration extérieur gris rouge. Élément pouvant se rap­procher des figures 1 et 4 de la planche XIX de l’étude de Mohen et Coffyn, donc du type XII. Malheureusement, les faibles dimensions du fragment ne nous permettent pas une détermination précise.

Figure 15 : Fragment de couvercle

épaisseur : 5 mm

Pâte jaune, coloration externe obtenue par une teinte rouge. Le tesson en notre possession est de faible dimension, néanmoins nous serions tentés derapprocher cet élément du type VII des couvercles du Bourdiou.

Donc quelques éléments nouveaux apportés par ces découvertes et cer­tains types, en relation avec quelques tessons de la « céramique domestique» de Peyneau laisseraient, d’après nous, entrevoir un horizon légèrement plus ancien; nous reviendrons sur ce point dans notre conclusion.

 

Les éléments historiques :

Ceux-ci étaient pratiquement inconnus au Bourdiou. En effet, Peyneau n’avait découvert, concernant cette période, que quelques tessons de céramique gallo-romaine, ce qui fit penser « que les Romains ne firent que passer dans cette station ; car l’on ne découvre, hormis quelques tessons, aucun reste de construction, ni débris de ciment, ni de maçonnerie, ni de tuiles à rebord»13, cette période, nous ayant quant à nous, fourni une quantité assez considérable de matériel.

a )Les éléments de construction :

Différents fragments de tegulae, de carreaux de constructions, ont pu être recueillis lors de nos différentes visites sur le site. Ces éléments se répar­tissent comme suit :

Pavement : 7 fragments de carreaux de grande épaisseur et de dimen­sions variables.

Tegulae : 5 éléments de tuiles à rebord.

Fragment de colonne : Cet élément à périphérie circulaire pourrait fort bien appartenir à un cadran de colonne (?).

Bourdiou5

b) La céramique commune :

Plus de 300 fragments de différentes formes, couleurs et dimensions ont été découverts ; nous nous contenterons d’en étudier quelques uns. Nous dési­gnons par céramique commune pour le Truc du Bourdiou tout un lot de céramique de fabrication locale de facture peu soignée, à fort dégraissant de quartz. Si les formes sont archaïques, la facture est telle que cette céramique a pu commencer au IVe siècle et se continuer jusqu’au moyen-âge. Seuls quelques tessons sont de fabrication plus soignée et cadrent plus aisément avec une occupation aux IIe et IIIe siècles.

Figure 16 : Petit pot à rebord retourné sur le col, découvert intact au locus 3

Hauteur : 98 mm Diamètre col : 121 mm Diamètre fond : 71 mm Couleur interne : blanc

Couleur externe : gris rougeâtre

Pâte hétérogène avec dégraissant de quartz assez fin.

Figure 17 : Fragment de panse avec col en forme de cordon, trouvé au locus 3

Dimension rebord : 10 mm

Hauteur col : 15 mm

Couleur externe : rougeâtre

Couleur interne : marron rouge

Pâte gréseuse, facture peu soignée, très légèrement dégraissée à grains de quartz très fins. La cassure laisse entrevoir quelques traces de pâte gris-bleu.

Figure 18 : Fragment de large rebord avec départ de col Largeur rebord : 20 mm. Épaisseur rebord : 5 mm Couleur externe : gris-noir Couleur interne : rouge-noirâtre

Pâte jaune et grise dégraissée à grains de quartz moyens, non rayable à l’ongle.

Figure 19 : Fragment de panse avec col et rebord Epaisseur rebord : 8 mm Couleur externe : gris noir Couleur interne : gris brun

Texture de pâte plus homogène que les précédentes avec léger dé­graissant de quelques grains de quartz. Deux cercles concentriques sont présents en dessous du rebord qui renferme un sillon déjeté.

Figure 20 : élément de couvercle avec bouton de préhension

Hauteur bouton : 18 mm

Diamètre bouton : 40 mm

Couleur externe : gris

Couleur interne : gris

Pâte hétérogène à léger élément quartzique

Figure 21 : Fragment de col avec rebord et fragment de panse

Hauteur col : 30mm

Épaisseur rebord : 8 mm

Couleur externe : gris-bleu

Couleur interne : gris noir

Facture plus soignée, pâte homogène avec très léger dégraissant ; très léger décor « au peigne ». Forme très archaïque.

Figure 22 : Élément de bec trifolié avec bourrelet important séparé d’un plus petit par une légère gorge

Épaisseur rebord : 9 mm

Hauteur rebord : 12 mm

Couleur externe : noir

Couleur interne : marron

Pâte très homogène sans grain de quartz

Figure 23 : Tesson de panse à décor de cercles

Épaisseur : 6 mm

Couleur externe : marron-jaune

Couleur interne : marron

Pâte homogène sans dégraissant visible.

Figure 24 : Fragment d’anse de grande cruche

Largeur : 42 mm

Épaisseur : 9 mm

Couleur externe : marron

Couleur interne : gris

Trois bourrelets séparés par deux gorges. Pâte hétérogène à gros dégraissant de quartz.

Figure 25 : Fond de pot

Diamètre : 50 mm

Couleur externe : ocre

Couleur interne : gris

Pâte hétérogène à gros dégraissant de quartz

Figure 26 : Fragment de fond de pot

Diamètre : 58 mm

Couleur externe : gris-noir

Couleur interne : rougeâtre

Pâte à dégraissant de larges grains de quartz.

Figure 27 : élément de plaque céramique, épaisseur : 4 mm

Pâte hétérogène à coloration rouge, face plane divisée en 6 par cinq petites gorges verticales. Ce tesson pourrait appartenir à l’une de ces grandes plaques utilisées comme élément constitutif de la construction romaine afin d’y appliquer les différents revêtements.

 

c) Fragments de jarres à poix :

52 fragments de poterie de très grandes dimensions ont été recueillis par nos soins. Si certains sont de colorations différentes (rouges, blancs ou gris) d’autres par contre de teinte extrêmement noire témoignent d’une utilisation comme récipients pour le travail de la poix. L’épaisseur moyenne de ces tessons est de 34 mm, leur texture est peu soignée et la cuisson de la pâte est très irrégulière. La découverte de tels éléments en ce lieu n’est pas surprenante, l’on sait en effet que les Boïens se livraient au travail de tous les produits résineux de la forêt et des fragments de ces grandes jarres à poix ont déjà été signalés dans les sites gallo-romains de Boii à Lamothe et de La Vignotte à Audenge. Nous reviendrons d’ailleurs sur cet élément dans notre conclusion.

 

d) La céramique estampée tardive :

Figure 28 : Fragment de fond d’assiette. Forme 4 de la typologie de RIGOIR

Epaisseur fond : 11 mm, paisseur rebord : 6 mm Hauteur conservée : 11 mm Pâte : gris-jaune clair

Engobe : foncé mais la coloration visible est accentuée par le séjour dans une eau ferrugineuse.

Une rainure assez profonde sépare la base du flanc de l’assiette du pied. Sur le fond une rainure concentrique borde extérieurement une couronne de palmettes tournées vers l’intérieur. Sur notre tesson deux palmettes complètes sont visibles, palmettes de forme trian­gulaire allongée, avec une seule nervure centrale et des nervures latérales à boucles.

Cette céramique qui est datée suivant les auteurs entre le IVème et le VIe siècle atteste bien d’une présence humaine au cours des premiers siècles de notre ère sur le site du Truc du Bourdiou.

 

e) Élément divers :

Figure 29 : Petit élément en terre cuite. Diamètre : 17 mm, épaisseur : 2 mm

Petit objet de couleur jaune en forme de valve de coquillage que nous avions pris au départ pour l’empreinte interne d’un fossile Aquitanien. Un examen plus approfondi de cet élément nous a fait revenir sur notre impression initiale. Ce petit objet, très usé à sa partie supérieure, témoigne d’une utilisation assez intense, accentuée par son séjour dans le ruisseau. L’amorce d’un trou central laisserait penser à un élément de collier ou un pendentif.

 

f) Éléments métalliques :

Deux fragments indéterminables ont été recueillis, l’un d’entre eux présente une petite barre centrale cylindrique recourbée à ses extrémités, reliant deux fragments de plaques.

 

La faune :

Un certain nombre d’ossements et de dents a été recueilli soit directement, soit au tamisage.

L’espèce dominante est de loin le bœuf, mais c’était exclusivement des individus de petite taille ou jeunes ; le cheval est aussi représenté par un certain nombre de dents. A été recueilli aussi, un ossement d’oiseau qui n’a pu être identifié. L’ensemble de cette faune cadrerait assez bien avec l’occupation proto-historique du site.

Nous tenons ici à remercier M.F Prat, maître assistant au C.R.N.S, qui a bien voulu confirmer notre détermination et y ajouter quelques éléments.

 

Étude anthropologique :

Un fragment d’os humain a été retrouvé dans le ruisseau du Castéra lors de notre deuxième intervention ; il s’agit de la partie gauche d’un os frontal de crâne d’adulte. Ce fragment, dont la coloration brune est due à son long séjour dans les eaux du ruisseau, présente l’échancrure sus-orbitale en relation avec les apophyses orbitaires externe et interne, la crête latérale, l’arcade sourcilière et la jonction avec la bosse frontale. Une étude anthropologique plus approfondie sera effectuée ultérieurement par le docteur Riquet.

 

PROVENANCE DU MATÉRIEL

Le problème s’est posé pour nous, pendant longtemps de savoir d’où provenaient les éléments recueillis. Était-ce déjà du à un entraînement des terres situées en amont par les eaux du ruisseau ou plutôt à un éboulement progressif des pentes de ce petit cours d’eau ? Nos nombreuses prospections du site nous avaient permis de déterminer quatre zones géographiques de découvertes mais aucune des coupes géologiques effectuées au niveau de celles-ci n’avait donné de résultat. Cependant, deux éléments semblaient éliminer une provenance des ter­rains situés en amont : premièrement, la taille d’un fragment de fond de jarre à poix et son poids (4 kilogrammes) que la force de ce ruisselet, même en période de crue, n’aurait pu déplacer et deuxièmement, la découverte au locus 3 d’un petit pot intact, qui ne pouvait avoir roulé sur le lit du ruisseau sous peine de se casser. Ce n’est qu’en Octobre 1980 qu’une coupe effectuée en L3 nous a permis de re­trouver le cailloutis du ruisseau associé à un élément céramique et un éclat de silex, et donc de connaître la provenance du matériel.

Cette coupe nous a fourni les éléments suivants : depuis le sol du talus

Couche I : épaisseur de décomposition plus sable à forte teneur humique.

Couche II : épaisseur 30 cm ; sol à cailloutis mélangé avec poterie et silex : niveau archéologique.

Couche III : épaisseur 30 cm ; sable pur à forte teneur ferrugineuse due au contact avec la couche 4.

Couche IV : épaisseur 60 cm ; niveau fond du lit du ruisseau, sable mélangé à bloc d’alios avec éléments de décomposition du terrain tertiaire.

Il est intéressant de noter que la profondeur de découverte du sol à cail­loutis est identique à celle des niveaux retrouvés par Peyneau et que la fin de cette couche équivaut à peu près au niveau de l’habitat Azilien qui semble correspondre à la première période d’occupation du Truc du Bourdiou.

 

CONCLUSION

Ces nouvelles découvertes viennent apporter quelques éléments quant à la connaissance du peuplement de ce plateau sablonneux qu’est le Truc du Bour­diou. L’industrie lithique vient combler, semble-t-il, une zone d’ombre concer­nant l’occupation du site entre l’Azilien et le premier Age du fer et soulève à nou­veau le problème évoqué par Mohen et Coffyn relatif à la datation des fosses et foyers découverts par Peyneau : Bronze moyen ? Bronze final ? voire antérieur ? Il est à peu près certain qu’une fouille moderne et scientifique de quelques unes d’entre elles permettrait de mieux cerner leur datation. Nous serions enclins quant à nous, en tenant compte des éléments nouveaux et du contexte typologique, à voir une occupation au Bourdiou au moins à la fin du Bronze moyen-transition Bronze final et par cela même à vieillir quelques types de cette « cérami­que domestique » que Kimming avait du mal à dater et que Mohen et Coffyn attri­buent au Bronze final.

Nous serons plus affirmatifs pour la période gallo-romaine car les éléments recueillis nous incitent à modifier l’opinion de Peyneau14 et à voir sur ce plateau l’établissement d’une petite communauté à vocation vraisemblablement fores­tière. Le choix d’un habitat proche du ruisseau s’explique par les facilités qu’of­frait le site pour acheminer les produits du travail de la poix, dont de nombreux vestiges ont été découverts jusqu’à l’Eyre. Cet habitat est, d’après nous, en rela­tion avec le Castéra au pied duquel subsiste un creusement artificiel, surnommé encore dans la région le «port»15 qui devait servir à l’embarquement des produits forestiers manufacturés à destination de Boii. Cet habitat s’est vrai­semblablement poursuivi jusqu’au Moyen Age comme en témoignent certains types de céramique découverts.

Dans l’état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons que conclure en rendant hommage au docteur Peyneau qui par ses très belles découvertes du début du siècle a mis à jour au Truc du Bourdiou un complexe d’habitats allant de l’Azilien à l’aube du Moyen Âge, dont il ne pouvait encore mesurer l’importance. Habitats à répartition géographique différente, ce qui explique que l’habitat historique lui a, en majeure partie, échappé, car situé plus à l’Est que l’habitat pré ou protohistorique. Peuplement enfin qui mériterait un programme de recherches plus poussé, car de nombreuses interrogations restent encore posées dont l’une d’entre elles, et non la moindre, est la localisation de l’habitat Halstattien qui a fourni les très riches nécropoles découvertes par Peyneau.

Jean-Michel MORMONE

 

1. « La préhistoire du Pays de Buch ». Mémoire en cours de préparation de J.M. Mormone pour l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.

2. « Découvertes Archéologiques dans le pays de Buch ». Docteur B. Peyneau. Imprimerie Féret Bordeaux 1926. pp 148-149. Tome I.

3. op. cité. p. 91.

4. op. cité p. 23

5. op. cité, p. 23.

6. Mohen J. P. et Coffyn. A. « Les nécropoles hallstattiennes de la région d’ARCACHON ». Madrid 1970.

7. Mohen et Coffyn. Op. cité, p. 60.

8. Mohen et Coffyn. Op. cité, p. 104.

9. op. cité, p. 91.

10. Kimming (W) « Posthalstattiche Urnengrâber im Umkreis des Bassin d’Arcachon ». Mexico 1963.

11. op. cité, p. 104-105.

12. Mohen et Coffyn, op. Cité, p. 70, 71, 105, 106.

13. op. cité p. 148-149

14. Voir précédemment note 13

15. En cela, nous répondons à la question de Peyneau qui ne trouvait pas de Justificatif à cette appella­tion, op. cité p. 149

 

Extrait du Bulletin de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch n° 27 du 1er trimestre 1981.

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