Famille royale d’Espagne (2)

FAMILLE ROYALE D’ESPAGNE

(suite)

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Isabelle II séjourne à Arcachon

La mère d’Alphonse XII n’était pas présente aux fiançail­les de son fils et de Marie-Christine en août 1879, à Arcachon. Sans doute voulut elle connaître le cadre où elles s’étaient con­clues car elle vint à Arcachon, exactement un an après, en août 1880, avec une suite de trente trois personnes. Elle s’installa, le 14 août dans la ville Carmen, allée Carmen, aujourd’hui allée du Docteur Lalesque en ville d’Hiver, villa appartenant à M. Hennon, conseiller municipal. Le dimanche 15 août la musique municipale alla jouer sous ses fenêtres et le soir ce fut l’orchestre du casino.

Le marquis de Campo, propriétaire du « Chalet rouge »11 au bord du Bassin, avait mis ce dernier à la disposition de la reine pour lui servir de cabine de bain. Chaque matin elle y venait se mettre en tenue et se baignait sur la plage en toute tranquil­lité, le « chalet rouge » à l’époque étant assez isolé. Ses après-midi étaient occupées par des promenades en forêt ou sur l’eau dans le canot de l’inspecteur des douanes ou dans celui du com­missaire de la marine mis à sa disposition.

Le vendredi 20 août la reine visita « L ‘Immacolata Concep­tion », le dernier bâtiment de la marine pontificale que le Vati­can avait cédé à l’École Saint-Elme. Le lundi 23 août elle alla admirer le lac de Cazaux et le 25 assista à la soirée de gala donnée en son honneur au Casino où son arrivée fut saluée par l’exécution de l’hymne espagnol. Le jeudi 26 on la conduisit sur les parcs à huî­tres et «La Gazette d’Arcachon » du 27 août assure qu’elle chaus­sa des bottes de parqueuse et « écouta avec un vif intérêt les explications qu’on lui fournit sur cette importante branche de l’industrie locale ». Ce même jour elle honora de sa présence le concert organisé dans la salle du Casino par les Dames de Cha­rité au profit des pauvres des paroisses Notre-Dame et Saint-Ferdinand. Le samedi 28 M. Johnston la promena le long de ses réservoirs à poissons dans les prés salés de La Teste. Des gaules avaient été préparées pour les nobles visiteurs qui, parait-il, firent bonne pêche.

Isabelle II quitta Arcachon, le 30 août, pour se rendre à Madrid où l’on attendait à la cour un heureux événement. Elle devait être la marraine et le pape Léon XIII le parrain. Ce fut une fille, Marie-Mercédés-Isabelle, qui vint au monde le 11 septembre 1880.

Avant son départ la reine avait témoigné au maire Gustave Hameau tout le plaisir que lui avait procuré son séjour de deux semaines à Arcachon et lui avait remis un don pour le bureau de bienfaisance.

Le journal « L’Avenir d’Arcachon », constata dans son nu­méro du 5 septembre 1880 que « la présence de la reine mère d’Espagne avait attiré dans notre ville bon nombre de familles appartenant à l’élite de la Société madrilène ».

Après le départ de la reine les journaux locaux ennemis, « La Gazette d’Arcachon » et « L’Avenir d’Arcachon » se livrèrent à une controverse clochemerlesque à propos de « torchons ». Lors de l’inventaire de départ, on avait constaté à la ville Carmen la disparition de deux douzaines de torchons de cuisine. Le con­seiller municipal propriétaire de la villa n’accusait évidemment pas la reine mais les femmes de service du pays qui avaient été employées à la villa. La police perquisitionna chez ces dernières. « L’Avenir d’Arcachon », organe de l’opposition à la municipalité estima que le bruit fait autour de cette affaire par le conseiller municipal propriétaire avait « quelque chose de blessant pour le personnel de son auguste locataire ». Quant au conseiller munici­pal Hennon il se défendait dans « La Gazette d’Arcachon » d’avoir porté plainte.

Les générations à venir ne pourront pas s’amuser d’histoi­res semblables, car il n’y a plus, aujourd’hui, de presse locale à Arcachon.

 

 L’Infante EULALIE

NB : lire Eulalie Infante Rebelle (1864-1958) par Jacqueline Broustey-Parson dans le Bulletin N° 127 du 1er trimestre 2006.

 

Le 25 octobre 1894, l’infant Antoine, duc de Galliera, fils du duc de Montpensier et mari de l’Infante Eulalie, sœur du roi Alphonse XII, qu’il avait épousée en 1886, vint à Arcachon, instal­ler ses deux fils Alphonse et Louis-Ferdinand à l’Hôtel Continental avec dame de compagnie, précepteur, gouvernante, domesti­ques… et repartit le soir même pour Paris. Il revint en décembre avec sa femme, mais ne resta que quarante huit heures, tandis que l’infante Eulalie prolongea son séjour. Nous savons par les journaux locaux que le mardi 4 décembre elle fit une partie de « Lawn-tennis » en double mixte avec Mlle de Potestad, sa dame d’honneur, le baron de Contenson et le comte de Lary-Latour. Mercredi, c’est une sortie à cheval en forêt et le jeudi un dîner à la villa « Mendelssohn » chez le baron et la baronne de Contenson. Les convives sont le duc et la duchesse d’Harcourt, le comte et la comtesse de Canclaux et la princesse Caradja. Au bal qui suivit étaient invités le comte et la comtesse Mathéus, Monsieur et Ma­dame de Sancy, etc. Promenade sur le bassin le vendredi, chasse au renard le samedi. M. Escarraguel, vice consul d’Espagne à Bordeaux vint présenter ses devoirs le dimanche 9 et le lundi 10 décembre, l’infante quitta Arcachon par le train de 7 h 25 saluée à la gare « par de nombreuses notabilités de la colonie hivernale ».

L’infante revint en 1910 et demeura du 26 août au 6 sep­tembre au « chalet Rouge » chez la comtesse Verbrugge, née de Rénesse. Elle était accompagnée de la princesse de Saxe-Veimar et du comte de Jampel.

Ces dix jours furent occupés presque uniquement par des sorties sur le Bassin, les propriétaires de yachts ou de canots auto­mobiles de l’époque, les Chauvot, Loste, Servant, Peyrelongue, Buhan se disputant l’honneur de promener la princesse, mais tous les soirs au « Chalet Rouge » il y avait un dîner de douze à quinze personnes.

Le 3 septembre la promenade en mer fut remplacée par une « garden party » au bord du lac de Cazaux où l’avaient con­duite en automobile, MM. Exshaw et Chapon. Le 5 septembre, après une sortie au bord du yacht « Joyeuse » appartenant à M. Peyrelongue, un déjeuner fut offert à l’infante au Grand Hôtel par M. de Pereyra, consul d’Espagne à Bordeaux, dont la presse nous a conservé le menu.

Hors d’œuvres variés

Filet de sole Grand Hôtel

Bouchées à la reine

Jambon d’York aux épinards

Poularde grillée sauce diable

Pommes idéal

Cèpes frais à la bordelaise

Poires Marguerite

Fromages

Fruits

Le lendemain, l’infante quittait Arcachon pour Biarritz : « L’infante Eulalie, se félicitait « L’Avenir d’Arcachon », est une des princesses espagnoles qui ne cachent pas leur prédilection pour la France. En Espagne on l’appelle « La Parisienne », hommage hautement justifié par son élégance, la distinction de son esprit, familier avec l’art, les lettres et le théâtre de notre pays.

Arcachon a séduit et conquis la princesse, comme il char­me tous ses hôtes royaux, par la splendeur souriante du cadre et la douceur du climat. »

 

Retraite à La Hume

Cependant ce n’est pas à Arcachon que l’Infante Eulalie se fixa après sa rupture avec la cour d’Espagne, mais à La Hume, petite plage alors ignorée, sur le territoire de la commune de Gujan-Mestras. La modeste villa qu’elle habita existe toujours et un bourrelier de Gujan conserve des restes du harnachement de son attelage dont la sortie constituait la seule attraction du lieu.

Quand la rupture s’était produite, l’infante Eulalie rési­dait à Paris. Jules Bois, journaliste au grand quotidien « Le Temps », était allé interviewer la princesse. Celle-ci lui lut le télégramme daté de Madrid le 2 décembre 1911, que son neveu Alphonse XIII lui avait adressé : « Étonné apprendre par journaux que tu publies un livre signé Comtesse d’Avila – te donne ordre suspendre jusqu ‘à ce que moi connaisse le livre et te donne ordre de le publier ».

L’infante Eulalie avait répondu par télégramme : « Très étonnée qu’on porte jugement sur un livre avant de le connaître – ceci est une chose qui n’arrive qu’en Espagne – N’ayant jamais aimé la vie de cour, m’étant toujours tenue à l’écart je profite pour t’en­voyer mes adieux car après ce procédé digne de l’Inquisition je me considère libre d’agir dans ma vie privée comme bon me sem­blera ».

L’interview parut dans « Le Temps », le 4 décembre 1911. Le livre que la princesse avait écrit en français portait le titre « Au fil de la Vie » et n’avait pas encore été mis en vente. C’é­tait « un traité de morale, rédigé d’une plume alerte, sans affec­tation ni ornement, dans un style nu, qui par sa netteté, sa dé­cision, son manque d’équivoque, rappelle celui des Commentaires de César et les Mémoires de Sainte Hélène ».

Les principaux chapitres traitaient des causes générales du bonheur, de l’éducation, de la volonté, de l’indépendance complète de la femme, de l’égalité des classes par l’éducation, du socialisme, de la religion, du mariage, des préjugés, des traditions…

L’Infante Eulalie aurait fait un excellent secrétaire d’état à la condition féminine sous le régime libéral avancé du président Giscard d’Estaing. Pour elle la femme était l’égale de l’homme, « sa collaboratrice utile sans cesser d’être une compagne géné­reuse dans le partage des joies et des peines ». Elle déclara au journaliste qu’elle était favorable au divorce. On ne peut lui re­procher de n’avoir pas défendu la contraception et le droit à l’avortement car en 1911 on n’en était pas encore là.

L’infante n’aimait pas la représentation, «faire la pagode chinoise ». Elle se levait tous les jours à 7 heures et prenait un bain froid. Elle rédigeait le soir, sa bibliothèque à portée de la main, les notes qu’elle avait prises le matin en se promenant près du rond-point d’Auteuil. Sur sa table de travail Jules Bois remar­qua des ouvrages de Platon, de Sénèque, les « Essais » de Mon­taigne et « Les représentants de l’humanité » du philosophe amé­ricain Emerson, fondateur du Transcendantalisme.

Comme devaient paraître lointains, à l’Infante Eulalie dans sa retraite de La Hume, les plaisirs et les fêtes de l’année 1910 au « Chalet Rouge » où, du reste, la comtesse Verbrugge ne résidait plus ! S’étant mariée à la mairie de La Teste avec un prince Castriotti, qui prétendait au trône d’Albanie, elle avait été expulsée de France, en 1914, à la déclaration de guerre, comme ressortissante d’un pays ennemi.

En 1931 la proclamation de la république en Espagne, l’exil de son neveu Alphonse XIII durent être d’autres sujets de méditation.

Le 29 octobre 1932, Guy de Pierrefeux écrivait dans « Le Journal d’Arcachon : « Que fait l’infante Eulalie dans sa solitude de La Hume qu’elle avait un moment voulu vendre ? Elle écrit, dit-on, un livre qui doit expliquer, sinon justifier, la révolution espagnole.

On sait que Son Altesse est un tantinet républicaine, voir même anticléricale, bien qu’elle habite à Paris dans un couvent, celui de l’Assomption, où, ainsi qu’elle le dit elle-même, elle remercie Dieu chaque jour déchapper ainsi à la crise des domestiques ».

L’Infante Eulalie mourut en 1958, à plus de 93 ans, vingt huit ans après son mari, le duc de Galliera, dix sept ans après son neveu le roi Alphonse XIII.

 EspagneAlphonseXIII

Le roi Alphonse XIII

Le roi ALPHONSE XIII

Le fils d’Alphonse XIII fut roi dès sa naissance, puisque son père était mort six mois avant celle-ci. Il régna sous la tutelle de sa mère, la reine Marie-Christine, jusqu’en 1902, année où il atteignit ses seize ans. En mai 1906 il épousa Victoria Eugénie de Battenberg.

Si son père, sa mère, sa grand-mère ne firent qu’un seul séjour à Arcachon, lui y revint deux fois après sa première visite, qui eut lieu en août 1907.

Le mercredi 21 août 1907 Alphonse XIII et la reine Victo­ria descendirent du Sud Express à Bordeaux, sous le nom de comte et comtesse de Cavadonga pour visiter l’exposition où ils assistèrent à une séance du « Cinématographe qui remue » donnée aux « Hall’s du Tour du Monde ». Le lendemain ils se rendirent à Arcachon par la route, la reine dans un landau Re­nault, le roi dans une Panhard-Levassor qu’il conduisait lui-même.

À leur sortie de l’Hôtel de France, pour monter en voiture, une foule nombreuse de bordelais les attendait et les acclama. Le roi était revêtu d’un « pare-poussière » et coiffé d’une casquet­te à rabat, et, bien qu’en civil, salua la foule militairement. La voiture de la reine partit derrière celle du consul d’Espagne qui montrait le chemin puis le roi démarra en trombe : « Une formida­ble acclamation, dit la Gironde du 22 août 1907, couvrit le tonnerre du moteur ».

Jusqu’à l’Alouette les voitures roulèrent dans l’ordre de départ mais à la bifurcation des routes le roi doubla et fila à toute allure, ne s’arrêtant qu’à l’entrée d’Arcachon, devant le collège St-Elme, pour attendre la reine.

Le couple royal fut accueilli par le maire Veyrier-Montagnères devant la gare où stationnait « une mer humaine ». D était 10 h 55 quand le roi et la reine descendirent de voiture. On offrit une gerbe à la reine au milieu des vivats. Le maire amena ensuite ses hôtes jusqu’à la jetée Thiers où le couple royal reçut de nouvelles ovations.

Sur la jetée le roi parla « régates » avec M. Peyrelongue et Lataillade, président et vice président de « La Voile d’Arcachon » laissant espérer qu’il reviendrait, peut-être, avec son yacht en septembre. Avec le maire il s’entretint des problèmes de l’os­tréiculture.

Comme le déjeuner devait être servi au Grand Hôtel du Moulleau les automobiles passèrent par la Ville d’Hiver marquant un arrêt devant les villas Monaco et Bellegarde. Le repas auquel participait M. Veyrier-Montagnères, fut pris sur la terrasse. Au menu :

Rougets maître d’Hôtel

Poulets Marengo

Chateaubriand sauce béarnaise

Perdreaux rôtis

Haricots

Glace aux fraises

Vins : Xérès – Val Despino – Château Yquem 1896 – Château Margaux 1877 – Mouton Rothschild 1868 – Château Laffitte 1897 – Heidsick monopole.12

À 14 heures les souverains montèrent en canot automobile et, après un tour du bassin, débarquèrent à la jetée Thiers, où l’on avait jamais vu autant de monde. Deux gerbes de fleurs fu­rent offertes à la reine par le syndicat d’initiative. Puis ce furent les adieux, le roi et la reine d’Espagne se rendant à Dax par la route.

Le roi reprit le volant de sa Panhard-Levassor et fila sans plus s’occuper des autres, suivi à grand peine par la voiture des journalistes de « La Gironde ». Il s’arrêta vers Belin et engagea la conversation avec eux, discutant auto et moteur et leur donnant ses impressions sur Arcachon : « Que c’était donc joli le bassin vu d’en haut… vous savez quand nous étions dans la ville d’Hi­ver... et toutes ces verdures et les jolies villas et ce monde élé­gant… A propos il faut que je vous dise les dames d’Arcachon ont du avoir une bien mauvaise opinion des espagnols, en me voyant si sale… regardez mes mains ». Les journalistes assurèrent au roi qu’on ne pouvait pas conduire sans se poudrer les mains et le visage « Ça ne fait rien, dit le roi, je regrette qu’on ne m’ait pas vu plus propre ».13

 ESpagneVictoriaEugenia

La reine Victoria-Eugénia

 

1910 et 1927

Le roi ne vint pas aux régates de septembre 1907. Sa secon­de visite à Arcachon n’eut lieu qu’en 1910. En novembre 1910 se trouvant à Bordeaux où il recevait les soins du docteur Moure, Alphonse XIII eut envie de revoir Arcachon.

Le dimanche 27 novembre il prit la route avec le docteur Moure et M. Quinones de Léon, alors attaché d’ambassade, pour venir déjeuner au Grand Hôtel du Moulleau. Prévenu de cette visite, mais voulant en préserver l’incognito M. Veyrier-Montagnère avait seulement fait déposer sa carte à l’hôtel. Le roi lui fit téléphoner de venir après le déjeuner ; il vint vers 16 heures : « Je n’oublierai jamais, lui dit Alphonse XIII, l’accueil si enthousiaste que m ont fait vos administres et leurs hôtes il y a quelques années. C’est avec joie que j’ai constaté tout à l’heure au passage de notre automobile, les embellissements que vous avez apportés à votre cité, si coquette déjà. La nouvelle route du Tir aux pigeons est tout simplement délicieuse ».14

Cette prédilection pour les déjeuners au Moulleau irrita Le Taillandier de Gabory, l’intraitable directeur de « L’Avenir d’Arcachon », ennemi politique de M. Veyrier-Montagnères qu’il accusa de vouloir « drainer sur le Moulleau toute la clientèle arcachonnaise ». (15)

 EspagneTirauxPigeons

L’automobile n’est pas celle du roi Alphonse XIII, mais c’est bien la route du « Tir aux pigeons » telle qu’elle était en 1910

La dernière visite d’Alphonse XIII à Arcachon eut lieu en 1927. Le lundi 21 février, sans avoir été annoncé, il arriva vers 13 h 30, accompagné de plusieurs personnalités dont M. Quinonés de Léon, maintenant ambassadeur de France à Paris. Les deux voitures Renault arrêtées devant le garage Brisson furent rapidement entourées de curieux. Le roi déjeuna cette fois à Arcachon, à l’Hôtel de France, mais Le Taillandier de Gabory n’était plus là pour s’en féliciter. Alphonse XIII complimenta M. Meneteau, le propriétaire de l’hôtel, du menu qu’on lui avait servi et vers 15 h 30 retourna au garage Brisson qu’il demanda à visiter. « // est digne de la marque Renault », aurait dit le roi, d’après «La Vigie d’Arcachon » du 27 février.

Le roi Alphonse XIII n’était pas qu’un admirateur d’Ar­cachon, c’était aussi un grand ami de la France. Parlant des es­pagnols qui, sous son règne n’étaient pas tous francophiles, il dit un jour : « Il n’y a que la canaille et moi qui aimons la France » 15. Pendant la guerre 1914-18 il fit beaucoup pour améliorer le sort des prisonniers français et rapatrier les blessés.

Ce roi qui aimait Arcachon et le Moulleau dut, en 1931, quitter son pays, mais sans avoir abdiqué; quand les élections municipales amenèrent à peu près partout en Espagne une majo­rité républicaine.

On lit dans le Larousse Mensuel Illustré 1929-31, page 729 : « La personnalité d’Alphonse XIII était trop connue et trop sympathique en France pour que sa brusque disgrâce n ‘ait pas causé une émotion réelle et sincère ».

De fait, amené à Marseille par un bateau de guerre espa­gnol et ayant pris le train pour Paris, quand il débarqua en gare de Lyon il y trouva une foule venue pour l’acclamer.

Le roi Alphonse XIII mourut en exil, à Rome, en 1941, âgé seulement de quarante cinq ans. La reine Victoria lui survé­cut vingt huit ans et décéda à Lausanne en 1969.

 

Le roi Alphonse XIII, au grand hôtel du Moulleau le 27 novembre 1910.

 

Le Comte de Barcelone

Plus de quarante ans passeront avant qu’Arcachon reçoi­ve de nouveau un Bourbon d’Espagne.

La dernière visite du roi Alphonse XIII avait eu lieu le 21 février 1927 et ce n’est qu’en 1971 que son troisième fils et cinquième enfant, le comte de Barcelone, vint sur les lieux des fiançailles de son grand père Alphonse XII.

Le prince demeura à Arcachon du 20 au 25 septembre 1971 à l’occasion de compétitions de golf. Comme son père il se rendit en pèlerinage aux villas Monaco et Bellegarde.

Fidèle à la tradition la comtesse de Barcelone fit une pro­menade sur le bassin à bord de la pinasse de la municipalité. Aux altesses royales, celle-ci offrit un cocktail le 24 septembre, en fin d’après-midi au « Tir aux pigeons » dont le roi Alphonse XIII avait trouvé la route « tout simplement délicieuse ». Comme leurs prédécesseurs le comte et la comtesse de Barcelone se déclarè­rent enchantés et désireux de revenir.

La Ville d’Arcachon a donné le nom de « Marie-Christine » à l’allée de la ville d’hiver où se trouve la villa des fiançailles de 1879. Une allée voisine a été baptisée : Allée d’Espagne.

Pourquoi les trois visites dans notre ville du fils de Marie-Christine, ne seraient-elles pas commémorées par une « Allée Alphonse XIII », à Arcachon, ou mieux encore au Moulleau, aimable plage dont il semble bien que le roi conserva un souvenir particulier ?

  Espagneeventailarcachon

Cet éventail photographié par Madame Christiane Mouls, en octobre 1978, fait partie de la collection d’éventails exposée au musée du Palacio Real, à Aranjuez.

Souvenir du temps des fiançailles d’Arcachon : On y reconnaît le Grand-Hôtel, tel qu’il était avant l’incendie de septembre 1906. On peut lire : Arcachon 22 Augusto 1879.

11. dit aussi « Villa de Renesse ». Cette magnifique villa, à l’intérieur luxueux, a été rasée en 1977 pour céder la place à une résidence moderne, plus « fonction­nelle », comme on dit dans le jargon d’aujourd’hui. Il est vrai qu’elle était aban­donnée et son intérieur saccagé par des vandales et des clochards qui y trouvaient refuge.

12. À l’époque les automobilistes ne risquaient pas d’être soumis à l’épreuve de l’alcootest.

13. D’après « La Gironde » du 23 août 1907

14. Revue « Océana » de novembre-décembre 1910.

15. M. Veyrier-Montagnères était propriétaire au Moulleau.

16. Employé ici dans son sens ironique, « canaille » ne désigne pas la populace ou les fripouilles, mais les petits, les humbles.

Extrait du Bulletin N°20 de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du pays de Buch du 2e trimestre 1979

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