Gabelous en Pays de buch (1.2)

MICHEL BOYÉ

GABELOUS EN PAYS DE BUCH

(1790-1914)

BASSIN ET OCÉAN SOUS SURVEILLANCE

 

Revenir au sommaire

 

1ère PARTIE

L’ORGANISATION DOUANIÈRE

UN SIÈCLE DE TRANSFORMATION

 

CHAPITRE II

DE L’AIGLE AU COQ

(1800-1848)

 

Dès leur installation, les Consuls se préoccupèrent de voir appliquer avec vigueur les législations héritées des précédents gouvernements (49), notamment la prohibition d’exportation des grains et la prohibition d’importation des marchandises anglaises en vigueur depuis l’an II.

Sujet délicat, la contrebande – c’était de notoriété publique – était active par mer mais aussi par voie terrestre ; mais il ne suffisait pas d’accuser de « négligence » les services douaniers pour y mettre un terme. En la matière, le Pays de Buch ne faisait pas exception dans le paysage français depuis la suppression du commerce d’Etat (50) et l’accalmie trompeuse du Directoire. En avril 1800, le dispositif de surveillance fut donc renforcé et de sévères mesures répressives édictées (51). Quelques semaines auparavant, dans le souci de rétablir dans les brigades et les bureaux une ferme discipline, un arrêté consulaire avait prescrit à tous les préposés des douanes le port d’un uniforme – habit et culotte verts, gilet rouge – (52). Présents à leur poste, en uniforme et armés, si possible casernés, les préposés des douanes devaient désormais se tenir prêts en permanence pour le service de l’Etat.

Reprise en mains, la régie des douanes nationales était transformée le 16 septembre 1801 en direction générale des douanes, avec à sa tête quatre administrateurs pour assister le revenant Jean-Baptiste Collin, qui avait entamé une carrière de préfet en 1800 (53). Cette douane régénérée, dont l’histoire allait accompagner le développement de l’espace “ arcachonnais ” et qui allait se trouver mêlée à quasiment toutes les expérimentations économiques, que représentait-elle dans notre région, du moins à partir de 1802, date à laquelle nous disposons de nouvelles données ?

Rattachée à l’inspection de Bordeaux – l’inspection de La Teste, qui avait été recréée en 1797, avait été à nouveau supprimée à une date non retrouvée -, la recette de La Teste demeurait le seul point de dédouanement possible pour le commerce du Pays de Buch et gardait à sa tête l’inamovible Havet qui paraît avoir été le seul agent de l’office pendant plusieurs mois !

Quant aux brigades, gérées par un contrôleur du nom de Porget – le successeur de Catali ? -, installé lui aussi à La Teste, un document de travail, conservé au Musée des Douanes, laisserait à penser qu’elles n’étaient plus qu’au nombre de quatre : une à La Teste (18 hommes dont un lieutenant), une à Certes (8 hommes dont un lieutenant), une à Arès (8 hommes dont un sous-lieutenant) et une brigade à cheval (4 cavaliers dont un sous-lieutenant) implantée au Porge (54). Il s’agit en fait d’un dépouillement d’Almanachs qui ne mentionnaient pas les unités de faible importance numérique ; il permet cependant de tirer quelques conclusions.

De toute évidence, une réforme de grande envergure, dont nous ignorons malheureusement les détails, avait eu lieu lors de la “ reconstruction ” de l’édifice douanier en 1797-1798. Que constate-t-on en effet avec cette implantation triangulaire minimale (nord, sud et fond du Bassin) ? Tout d’abord, la forte réduction des effectifs des “ gardes ” à La Teste (la zone du sud-bassin serait-elle devenue moins “ sensible ” ?) et l’implantation d’une unité à Certes (avec vraisemblablement le lieutenant Blandeau à sa tête) en lieu et place de la brigade de Biganos (55).

Par ailleurs, devant l’imprécision des données disponibles, on peut difficilement admettre que les 16 hommes de la brigade de La Teste aient été affectés au seul port testerin. Sauf à supposer qu’ils pouvaient se répartir, comme sous l’Ancien Régime, entre plusieurs postes, on n’imagine mal l’entrée du Bassin (le Pilat au sud et le Cap-Ferret au nord) désormais sans présence douanière.

Et comment expliquer : 1°/ que la seule brigade comportant des cavaliers soit celle du Porge, alors que d’autres sources nous parlent des gardes à cheval de Certes, 2°/ qu’il ne soit plus question au tout début du XIXè siècle de marins des douanes, notamment sur la rive sud ? Enfin, comment justifier le regroupement “ à Lège ” des cavaliers du Porge et de préposés venus d’on ne sait quel poste antérieurement établi, et bientôt installés physiquement dans une caserne, au Grand-Crohot (56) ?

A la suite de ce constat sur les limites et la fragilité des sources disponibles et compte tenu que, seule, la brigade de La Teste se trouvait associée à un bureau, il ressort qu’au moment où Bonaparte s’empare du pouvoir, surveiller la côte pour lutter contre les versements frauduleux de marchandises et éviter le pillage des épaves constituaient les deux missions essentielles, pour ne pas dire uniques, des troupes du contrôleur Porget.

Mais les événements allaient s’accélérer ; ces hommes, à n’en pas douter – des archives immédiatement postérieures le prouvent -, allaient recevoir rapidement des renforts et se déployer de meilleure façon.

 

I – LA DOUANE NAPOLÉONIENNE

En 1806, tout allait radicalement changer. Si les deux années qui suivirent la proclamation de l’Empire en mai 1804 furent marquées par les campagnes victorieuses de Napoléon sur le continent, elles furent aussi caractérisées par de sérieuses difficultés financières. Pour ne pas heurter les possédants en élevant le taux de l’impôt foncier, le gouvernement impérial résolut de se tourner vers l’impôt de consommation. C’est ainsi qu’en avril 1806 fut créée la taxe sur le sel dont la perception fut répartie entre les services douaniers et la régie des droits réunis.

 

La création du bureau des douanes de Certes –

Le Pays de Buch avait le privilège de posséder à Certes – quartier de la commune d’Audenge – des marais salants qui furent immédiatement placés sous contrôle douanier… comme ils avaient été naguère dans le champ d’action de la Ferme Générale. Deux mesures furent prises à cet effet : un bureau spécialisé fut établi à Certes même pour l’encaissement d’une taxe qui fut initialement fixée à 20 francs par 100 kilogrammes ; ensuite, pour lutter contre la contrebande qui, à n’en pas douter, allait de nouveau sévir, la brigade mixte de Certes fut renforcée.

Il n’empêche. Ces précautions s’avérèrent insuffisantes. Dès l’année suivante, en 1807, le receveur découvrit « une fraude considérable » qui nous est connue par un échange de correspondances, conservées aux Archives Départementales de la Gironde (57), entre la Préfecture, le deuxième arrondissement de la Police Générale et la Direction des Douanes Impériales de Bordeaux à la tête de laquelle se trouvait alors le Bordelais Raymond Doazan (58) ; cette fraude mettait en cause… des douaniers de la brigade de Certes !

Le 8 juin 1808, le Conseiller d’État, chargé du 2ème arrondissement de la Police Générale, s’adressait au Préfet de la Gironde en ces termes : “ Je suis informé, Monsieur, que lors des recherches qui furent faites dans le cours de l’année dernière relativement à une fraude considérable commise sur les marais salants de Certes les sieurs Castex, lieutenant d’ordre des douanes, et Baleste lieutenant de poste qui la favorisoient ont été destitués ; néanmoins étant restés à Bordeaux ils conservoient les intelligences qui existèrent entr’eux à Certes. Monsieur le Conseiller d’Etat directeur général vient de prescrire, en exécution du décret impérial du 25 octobre 1806 qu’ils auront à s’éloigner à la distance de deux myriamètres au moins des côtes et des marais salans… ”.

Il était ainsi fait référence à l’article premier d’un décret pris par « Napoléon, empereur des Français et Roi d’Italie », six mois à peine après l’institution de la taxe de deux décimes. L’administration napoléonienne s’était trouvée rapidement confrontée au problème de la fraude, une fraude développée et facilement explicable en raison de l’importance du sel dans la vie quotidienne de l’époque, de l’impopularité d’un impôt rappelant la gabelle et d’une réglementation complexe. Jusqu’à la chute de l’Empire, les rapports se succédèrent qui devaient « faire juger des progrès de l’impôt et du bon effet des dispositions prises pour empêcher la fraude » !

Bien que le dossier de l’affaire ait disparu, il est assez facile de dégager ce qui fut exactement reproché à Castets et Michel Baleste : ils laissaient sortir des marais salants de Certes du sel non ou faiblement taxé. Déterminer les complicités qu’ils avaient su se ménager et les moyens de fraude mis en oeuvre est, par contre, plus difficile.

Selon toute vraisemblance, des sauniers, des mesureurs et des chargeurs de sel, ainsi que des préposés des douanes participèrent à cette fraude : les uns en obtenant par exemple « de forts exédans » par l’utilisation d’anciennes mesures de capacité, les autres en ne contrôlant pas – ou mal – les chargements (59). Une autre solution consistait à écouler sur le marché intérieur des sels qui avaient été déclarés « pour les salaisons des équipages des navires allant à la pêche de la morue, à la course et aux Colonies » : ces sels, aux termes de l’article 55 de la loi du 24 avril 1806, jouissaient de la franchise absolue des droits, privilège hérité de la Ferme Générale et amélioré par l’Empire. En effet, sous le régime des gabelles, les armateurs avaient la faculté de lever dans les greniers de la Ferme à un prix « minoré » les sels destinés aux salaisons de leurs équipages.

Hésitant à imposer la mesure d’éloignement édictée au nom de l’Empereur, le préfet de la Gironde Fauchet interrogea, le 10 juin 1808, le directeur des Douanes de Bordeaux pour savoir si l’on pouvait tolérer « que Castets et Baleste résident à Bordeaux puisqu’on compte de Bordeaux à Certes huit lieues qui valent quatre miriamètres » et si l’on pouvait considérer, dans ces conditions que « le voeu du gouvernement se trouve rempli ».

L’attitude, pour le moins conciliante, du préfet plongea la Direction des Douanes dans un abîme de perplexité, à tel point que la réponse faite à la Préfecture le 14 juin fut une réponse de Normand. Qu’on en juge. Le directeur Doazan crut « devoir établir une distinction entre les circonstances présentes peu favorables au commerce et celles qui lui rendront son ancienne prospérité ». Dans le premier cas, il n’y avait aucun inconvénient à autoriser Castets et Baleste à rester à Bordeaux : « il leur serait impossible de malverser ». Sous-entendu : même s’ils le voulaient ! Car il y a « deffaut d’arrivage et de commerce ». Dans la seconde hypothèse, avançait le directeur, « je croirais indispensable de les éloigner plus particulièrement de Bordeaux », à cause de « la très grande facilité que procure le port par son étendue à la fraude ».

En l’absence du dossier de l’affaire, les suites – immédiates – ne nous sont pas connues. Mais il y a fort à parier que les deux lieutenants destitués demeurèrent à Bordeaux. Le port de la Lune était alors « à peu près vide à la suite du Blocus continental » (60)… Les archives subsistantes nous apprennent cependant qu’au moins Michel Baleste réintégra l’administration des douanes : on devait le retrouver en 1814 cavalier des douanes à Lacanau.

 

La réorganisation des brigades de la sous-inspection de La Teste.

Toujours en 1806, mais en novembre cette fois, une seconde décision impériale eut pour conséquence de renforcer le dispositif douanier en Pays de Buch et de conférer une nouvelle mission aux douaniers : il s’agit du fameux décret de Berlin déclarant l’Angleterre en état de blocus (61).

Non seulement la « perfide Albion » riposta en bombardant Copenhague, en développant l’introduction de ses marchandises en contrebande sur le Continent, mais surtout l’Empereur dut se rendre à l’évidence : les frontières du Grand Empire étaient pour le moins perméables. Convaincre des alliés récalcitrants et châtier les pays fidèles à l’Angleterre – tel le Portugal -, tout en mettant en place une législation de plus en plus répressive, fut considéré comme une nécessité. L’escalade fut telle qu’en 1810 furent créées des juridictions d’exception – les tribunaux ordinaires des douanes et les cours prévôtales – exclusivement compétentes en matière de contrebande et de fraude (62).

Afin d’encourager les douaniers à s’emparer des fraudeurs, la moitié du produit des saisies non accompagnées d’arrestations était mise en réserve. Le fonds commun ainsi constitué allait permettre de récompenser les agents des brigades qui arrêteraient le plus de contrevenants. Enfin, il était décrété que les marchandises prohibées confisquées ne seraient plus vendues mais qu’elles seraient publiquement brûlées. Ces « bruslemens » ou brûlis allaient provoquer des scènes d’émeute et obliger la troupe à protéger les préposés des douanes qui y procédaient.

Il ne semble pas que les brigades du Pays de Buch aient fait montre, du moins dans un premier temps, d’un grand zèle dans leur recherche des fraudeurs qui forçaient le blocus continental. En effet, le 29 juin 1811, le commissaire de Police générale de Bordeaux signalait au maire de La Teste que, d’après ses services de renseignements, sa commune était un point où la contrebande des denrées coloniales s’exerçait activement. Depuis de longs mois déjà, les pêcheurs étaient accusés de recevoir ces denrées en mer de bateaux anglais et de les apporter dans des maisons situées près de la côte après s’être assurés, grâce à un code de signaux, que le rivage n’était pas surveillé (63).

Pourtant, la direction des douanes impériales de Bordeaux avait modifié l’implantation des brigades pour accroître leur efficacité. Le contrôle de La Teste avait été supprimé peu après la reconstitution d’une sous-inspection testerine en 1807. Ses compétences avaient alors été réparties entre deux contrôleurs des brigades. Le premier, Paulin Cretté, installé à Hourtin, avait sous ses ordres les brigades à cheval de Hourtin, Lacanau et Lège et se trouvait épaulé par un capitaine, Pierre Chapron Saint-Julien, ancien secrétaire de la mairie de Bordeaux. Le second, Joseph Montenoise, était établi à Certes et dirigeait les brigades des côtes sud et est du Bassin d’Arcachon (64).

Plusieurs raisons expliquent l’apparente apathie des préposés des douanes. Il y avait, tout d’abord, l’opposition farouche mais déterminée des populations maritimes du Bassin d’Arcachon à la politique napoléonienne, source de guerres renouvelées et, par conséquent, de drames de la mer pour les pêcheurs et les marins servant sur les caboteurs (65) et de levées répétées pour l’ensemble des inscrits maritimes (66) ; dans ce climat tendu, par solidarité souvent familiale, les gabelous se contentaient de prêter main forte aux gens de mer lorsqu’ils étaient jetés à la côte ou pourchassés par l’ennemi. Peu leur importait que des pêcheurs se fussent, de gré ou de force, livrés à des ventes de poissons à l’ennemi ou prêtés à des opérations de contrebande.

Il y avait ensuite, nées de conflits de compétence ou de personnes, de vives tensions avec l’Inscription Maritime de La Teste si bien que les brigades douanières n’hésitaient pas à prendre le risque de s’attirer les foudres du commissaire de la Marine dans les domaines les plus divers. Ainsi, le 17 décembre 1806, celui-ci inscrivait sur son registre de correspondances : “ Vols de canards. S’en est rendu coupable un lieutenant de la douane avec les matelots et patrons de la tillole de cette administration. Ils ont abîmé 3 filets appartenant à l’adjoint du maire d’Arès. Que le contrôleur de la douane les punisse ”. Le 12 mars 1807, ce fut “ l’insolence d’un préposé à la douane ” qui provoqua l’ire du commissaire alors que, le 22 mars 1808, celui-ci dénonçait “ les matelots de la patache du Mougne ” qui s’étaient adonnés à “ la pêche des huîtres à l’Aiguillon et sur le crassat d’Arams ”, pêche pourtant “ spécialement défendue ” (67).

Quoi qu’il en fût, le 4 janvier 1812, à la grande satisfaction de la hiérarchie bordelaise, la brigade d’Arès procédait (enfin) à l’arrestation d’un négociant, débarqué deux jours auparavant d’un cotre anglais sur la côte de Lège, et accueilli par Michel-Martin Hiribarn, propriétaire à Arès. Ainsi commençait une affaire rocambolesque dans laquelle se trouvaient mêlés négociants, notables et jusqu’au directeur des Domaines de Bordeaux ! Elle connaîtrait un dénouement (partiel) devant la Cour Prévôtale d’Agen et se solderait par la marque infamante “ V.D. ” (voleur des douanes) imprimée au fer rouge sur l’épaule du commerçant Louis Vignon (68).

Cette même année 1812, l’apothéose du Grand Empire consacrait l’apogée des douanes impériales (69) : installées de Rome à Hambourg, elles avaient vu leurs effectifs tripler en dix ans. Les douaniers étaient alors au nombre de 35.000 – un chiffre qui ne serait plus jamais atteint.

Deux ans plus tard, en avril 1814, le repli sur les frontières de 1791 avec le retour des Bourbons s’effectuait dans des conditions critiques. A l’Est comme dans le Sud-Ouest, l’invasion étrangère détruisait le dispositif de surveillance douanière. Il n’existait pratiquement plus de service des douanes sur les limites terrestres et la situation était des plus confuses entre les Pyrénées et Bordeaux. Aucun document, on peut le regretter, ne nous donne à connaître l’attitude des douaniers du Pays de Buch à l’arrivée des premiers Anglais à La Teste le 14 mars 1814 (70) et lorsqu’un détachement anglo-portugais, parti de Bordeaux sous les ordres de M. Louis de La Rochejaquelein, les y rejoignit le 26 mars (71).

Il fallut plusieurs mois pour rétablir la situation dans une administration fortement éprouvée par les combats. Mais plus graves encore furent les conséquences de l’intermède des Cent-Jours : la Seconde Restauration se livra à une vaste épuration politique dans les rangs douaniers soupçonnés d’être par trop bonapartistes. On peut toutefois s’interroger sur la réalité de cette purge, ou du moins sur son importance, dans la sous-inspection de La Teste.

En effet, un nombre non négligeable de gabelous acquiescèrent avec un empressement enthousiaste à la proclamation du 18 mars 1815 par laquelle le duc d’Angoulême demandait aux habitants de la Gironde de lutter par tous les moyens contre Napoléon, revenu de l’Ile d’Elbe ; répondirent à l’appel le sous-inspecteur lui-même, de Montcheuil, Havet, « ancien receveur principal des douanes », le sous-lieutenant Lafond, l’employé Joseph Dejean fils, bientôt suivi par son collègue Numa Fouet et le visiteur Fargues (72). Quant à ceux qui ne « s’enrôlèrent » pas, natifs pour la plupart des rives du Bassin d’Arcachon, leurs liens de parenté avec les bourgeois signataires les préservèrent de tout désagrément.

Tout compte fait, ce fut le sous-inspecteur de Montcheuil qui eut à pâtir le plus de l’épisode des Cent-Jours. Quelques jours avant Waterloo, il fut déplacé par décision du directeur général des douanes Ferrier signée le 14 juin 1815.

“ Vous avez, Monsieur, par une conduite légère et des propos très inconsidérés, appelé sur vous l’attention de l’autorité supérieure et elle a fait connaître que vous en pouviez être conservé conservé dans la direction de Bordeaux. Je vous ai, en conséquence, nommé à dater du 1er juillet, au contrôle des visites à Brest, à 3.000 F. d’appointement. Je vous invite à vous rendre de suite à votre nouveau poste et à y effacer par beacoup de zèle et de dévouement, les mauvaises impressions auxquelles vous avez donné lieu…. ” (73) ! Il n’est jamais bon d’avoir raison trop tôt.

 

II – LE TRIOMPHE DU PROTECTIONNISME

Dans la France redevenue « hexagonale », l’aristocratie foncière et la bourgeoisie manufacturière imposèrent aux gouvernements successifs de la Restauration et de la Monarchie de Juillet une politique résolument protectionniste, si bien que loin de régresser, l’importance des douanes ne fit que croître sous les derniers rois.

C’est ainsi que la période 1815-1848, pourtant mal commencée avec l’épuration, fit de la Douane une administration puissante : en 1845, un fonctionnaire de l’État sur cinq est un gabelou (74). Le Bassin d’Arcachon et la côte océane n’échappèrent pas à ce renforcement du quadrillage douanier.

A la fin du Premier Empire (octobre 1813), alors que la défense des côtes et la répression de la contrebande anglaise se rejoignaient, le sous-directeur des Fortifications de Laage signalait dans son Rapport sur la côte du Médoc entre la Pointe de Grave et le Bassin d’Arcachon : « entre la côte et les étangs il n’y a aucune habitation que celles établies pour les postes des douanes qui sont au nombre de cinq, à savoir : Montalivet, les Flamants, Lacanau, Lège et le Cap-Ferret. Chacun de ces postes est composé de six hommes dont deux à cheval ; ils sont espacés les uns des autres, de trois à cinq lieues » (75).

Deux décennies plus tard, « on comptait qu’il fallait en moyenne six hommes par lieue de terrain » (76). Aussi, la direction de Bordeaux, soucieuse de renforcer la surveillance de la côte atlantique, fut-elle autorisée à établir de nouveaux corps de garde sur le littoral ou à en déplacer. Il s’agissait souvent, à cette époque, de baraques en bois qui, par la suite, cédèrent la place à un bâtiment en dur, avant de disparaître au début du XXè siècle sous la pression de la hiérarchie douanière ; certains chefs estimaient que leurs subordonnés avaient trop souvent tendance à stationner dans ces abris durant leur service !

La vie dans les brigades n’était pourtant pas sans riques. En 1828, le poste de Certes fut marqué par un drame relaté par l’état civil testerin : “ Ce jour 30 janvier 1828, les témoins bas nommés ont déclaré avoir trouvé, hier matin, vers 10 heures, sur la plage du Feret, en dedans du Bassin d’Arcachon, un cadavre qui était revêtu de l’uniforme de Lieutenant des Douanes et qu’après l’avoir bien examiné, ils l’ont reconnu pour être celui du lieutenant Fouet, de la Brigade de Certes, qui a péri le 3 courant en traversant le Bassin d’Arcachon, étant parti de La Teste pour se rendre à sa résidence et qu’ils l’ont transporté à côté du rivage où ils l’ont inhumé dans le sable à une profondeur de cinq pieds, attendu que son état de putréfaction ne permettait pas de le transporter à La Teste ”. (77)

Les témoins “ bas nommés ” n’étaient autres que des collègues du malheureux Fouet : le sous-lieutenant Pierre Dupont, les préposés Simon Picart et Antoine Camin et le matelot Jean Boisset.

 

La multiplication des brigades –

C’est vraisemblablement en 1834, suite à l’ordonnance royale du 9 septembre autorisant la Douane « à établir des baraques en bois sur la côte », dans la commune d’Hourtin aux lieux-dits « Truc de la Garonne ( ?), Truc Blanc et Truc Saint-Nicolas » (78), que les brigades du Pays de Buch furent réparties entre trois contrôles : Les Genêts (créé à compter du 1er décembre mais il ne s’agissait que de la nouvelle dénomination de l’ancien contrôle d’Hourtin), Certes (créé en 1807-1808) et Biscarrosse (dont la création remontait à 1831).

Lorsqu’en 1839 les contrôleurs des brigades furent baptisés « capitaines des douanes », la capitainerie des Genêts étendait son autorité sur huit postes : Montalivet, Saint-Nicolas, les Genêts, Le Truc Blanc, le Huga, le Gressiet, le Grand-Crohot et la Garonne ; celle de Certes sur neuf brigades : Le Pilat, Le Moueng, La Teste, Mestras, Certes, Lanton, Arès, Piquey et Le Ferret ; celle de Biscarrosse sur six brigades ou sous-brigades : Mimizan, Sainte-Eulalie, Biscarrosse, Sanguinet, Gastes et Le Sud (79).

Sur une côte aussi changeante que le littoral gascon, la situation ne pouvait être figée. Déjà, depuis l’été 1838, le poste du Grand-Crohot avait dû être reconstruit avec les matériaux de l’ancien poste, abandonné par les gabelous parce que menacé par la mer ; mais la nouvelle construction se trouvait au centre d’un litige juridique entre la direction des douanes de Bordeaux et la Compagnie des Landes de Gascogne, représentée par M. Jacques Balguerie (80). Le 1er octobre 1843, la capitainerie de Biscarrosse, supprimée, était remplacée par une capitainerie installée “ administrativement ” à Cazaux, mais “ physiquement ” à La Sally. Cette décision faisait-elle suite aux remarques désobligeantes de capitaines sur « l’affreux désert » landais ? Ou n’était-elle que la conséquence de translations de postes du sud vers le nord ? Le silence des archives laisse cette question en suspens (81).

En effet, le poste Sud, initialement situé à la pointe du Sud, au S.-O. de « la dune des Balises », avait été déplacé en bordure de « la dune du Pilat semée en 1840 », au lieu-dit « le vieux fort » après avoir reçu un avis favorable du préfet de la Gironde le 10 juin 1842 ; quant au poste de Gastes, déclaré « inutile » dès le 29 juillet 1843, l’inspecteur de La Teste avait proposé de le transporter à La Sally « afin d’y combler l’intervalle trop grand qui exist(ait) entre les brigades du Sud et de Sanguinet ». C’est ce qui avait été fait à l’automne 1843, sans même attendre les autorisations officielles.

Rappelons qu’à l’époque et en ces lieux les douaniers, dont l’effectif excédait rarement quatre agents, logeaient dans une cabane en bois, composée d’une pièce formant cuisine, d’un corps de garde où couchait le sous-officier et d’un dortoir pour les trois autres employés. S’y ajoutait, lorsque la “ brigade ” se trouvait être le siège d’une capitainerie, un logement d’homme marié pour le capitaine (82).

Le caractère pour le moins sommaire et la “ fragilité ” des postes douaniers sur la côte océane permettaient de les établir sans y consacrer des sommes importantes et de les déplacer sans trop de regrets ; ce qui conduit cependant à s’interroger sur le poste “ historique ” du Moulleau, pendant très longtemps baptisé “ poste du Pilat ” par l’administration douanière.

De fait, dans la prose administrative, la dénomination “ Moulleau ” ne semble apparaître qu’à la fin du XIXè siècle (1896 ?) ; en dépit du décret impérial qui érigeait Arcachon en commune en approuvant l’acte du 11 mars 1857 fixant notamment les limites de la nouvelle cité, la direction des douanes de Bordeaux et, partant, la direction générale des douanes ignorèrent le “ poste des douanes du Moulleau ” pour ne mentionner que “ le poste des douanes du Pilat ”. Seuls les autochtones et quelques voyageurs, au nombre desquels il convient de citer MM. Boyer-Fonfrède et Mareschal, de la Compagnie du canal des Landes, qui relatent s’être dirigés en octobre 1833 “ sur le point appelé Mouleau, poste de la douane sur la côte méridionale du bassin ” (83), respectèrent la géographie locale. Ne faut-il donc pas voir dans le poste du Moulleau un ancien poste du Pilat déplacé lui aussi ?

 

La création du bureau des douanes de Gujan –

En ce qui concerne le service sédentaire, une seule modification d’importance intervint. Le 1er juillet 1838, était ouvert un nouveau bureau des douanes, celui de Gujan, chargé de contrôler l’entrepôt de sel que les saleurs de sardines de Mestras avaient obtenu pour exercer leur activité dans des conditions normales de concurrence. Il y avait en effet vingt-deux ans déjà que le sel était accordé en franchise pour les salaisons de poissons de pêche française et les Mestrassais – semble-t-il – n’avait pu (ou n’avait pas souhaité) jusque là bénéficier de ce régime privilégié.

En effet, c’était une ordonnance royale du 30 octobre 1816 qui avait “ fix(é) les quantités de sels à accorder en franchise pour les salaisons des différentes espèces de poisson de pêche française… ”, étendant ainsi aux sardines, sprats, anchois, raies, thons, anguilles et gros poissons tels que lieux, merluches, juliennes, congres, roussettes et chiens de mer, une exemption jusque-là réservée aux harengs et maquereaux par l’ordonnance du 14 août 1816. (84)

Comment expliquer que les marins de Gujan “ qui pêch(ai)ent presque exclusivement ces énormes quantités de sardines, désignées sous le nom de royans, si justement estimées des gourmets ”, dont parle si bien Oscar Dejean, aient attendu si longtemps pour demander “ un entrepôt de sel des marais d’Audenge, Certes et Lanton ” pour leurs salaisons (85) ? Selon toute vraisemblance, parce que pendant des années le camin bougès, qui reliait La Teste à Bordeaux, mal construit, mal tracé, souvent impraticable, n’avait pas permis d’assurer des débouchés fiables aux pêches sardinières ; mais depuis peu les liaisons avec la métropole girondine semblaient devoir s’améliorer avec l’ouverture “ de la route nouvelle ” et, surtout, avec la perspective inespérée du chemin de fer. Qui plus est, les salaisons pouvaient être étendues à d’autres espèces que les royans, si les entreprises du capitaine Allègre et de François Legallais, en matière de chalutiers à vapeur, connaissaient la réussite…

Hélas ! Les pionniers de la pêche industrielle allaient échouer. Mais l’entrepôt de sel de Gujan subsista et sous la Monarchie de Juillet, deux receveurs gujanais allaient faire jaser, l’un en s’intéressant de trop près aux projets des investisseurs qui entendaient “ coloniser ” le sud-bassin, l’autre en refusant de partir à la retraite à l’heure dite ! Autres temps, autres moeurs. (86)

Il serait faux de laisser croire que, seuls, des agents des bureaux, dans les ultimes années d’une France monarchique, aient donné quelques soucis aux inspecteurs de La Teste François de Sicart d’Alougny, Joseph David ou Edmond Bonard.

Sur les marais salants de Certes, les altercations entre marchands de sel, « passants » et préposés étaient fréquentes. Mais les rares enquêtes qui furent diligentées tendirent à démontrer que les douaniers de Certes méritaient l’appui de leur hiérarchie (87).

Il n’en alla pas de même en 1843-1844 pour les agents de la brigade du Grand-Crohot, mêlés au pillage du Pacific. Les foudres de la Justice ne furent pas les seules à s’abattre sur ce poste de la côte océane. L’Administration sévit elle aussi : non seulement les agents impliqués furent immédiatement révoqués mais leur supérieur, le capitaine Ganipel, sanctionné pour son manque de clairvoyance, fut reversé, en avril 1844, dans le service des bureaux ; par ailleurs, soucieuse d’éviter que ne se renouvellent les manquements graves relevés par l’instruction de l’affaire du Pacific, la direction générale des Douanes choisit de renforcer la capitainerie des Genêts en créant, dès décembre 1843, une lieutenance au Grand-Crochot même pour reprendre en main les unités du littoral médocain et bougès (88).

C’est ainsi qu’à l’aube de l’année 1844, tandis que le statu quo prévalait dans les trois bureaux de La Teste, Certes et Gujan comme dans la toute nouvelle capitainerie de Cazaux, quelques mutations s’opéraient, aboutissant à placer :

– sous les ordres du capitaine des Genêts : un lieutenant et quatre agents en poste au Grand-Crohot et quatre à la Garonne,

– sous les ordres du capitaine de Certes sept agents en poste au Ferret (dont trois marins) et quatre au Piquey. (89)

Alors l’ordre revint dans les rangs douaniers du Pays de Buch tandis que la Monarchie de Juillet s’acheminait vers ses derniers jours.

 

Pour lire la suite, cliquez ici.

 

NOTES

(49) M. Boyé, Les éphémères inspections commerciales de Blaye et de Pauillac (1793-1795), article cité, p. 135-136

(50) Ibid., p. 152.

(51) J. Clinquart, L’Administration des Douanes en France sous le Consulat et l’Empire (1800-1815), Neuilly-sur-Seine, 1979, p. 14-15.

(52) Arrêté du 25 pluviôse an VIII (14 février 1800).

(53) Jean-Baptiste Collin (1750-1826), futur comte de Sussy, devait par la suite (1812) obtenir le portefeuille de ministre du Commerce et des Manufactures.

(54) Musée des Douanes, Fonds Leducq (dossier Direction de Bordeaux)

(55) En frimaire an II, sous les ordres du lieutenant Robert Dessaux, on trouvait en effet quatre cavaliers : Jean Pessalle et Jean (alias Urgel) Darrieux que l’on a entrevu (supra) en l’an VI à Certes, Dominique Lanevere et Jean Vigel (A.D. Gironde, 9 L 48).

(56) M. Boyé, La douane au Grand-Crohot, dans B.S.H.A.A. n° 81 (3è trim. 1994), p. 20 à 33.

(57) A.D. Gironde, sous-série 9 P 218.

(58) Sur la carrière de ce directeur des douanes, voir M. Boyé, L’Allemagne et la Douane de Bordeaux au début du XIXè siècle, dans Présence de l’Allemagne à Bordeaux du siècle de Montaigne à la veille de la Seconde Guerre mondiale, 1997, p.71-72.

(59) Au XVIIIè siècle, la Ferme Générale utilisait les services d’employés illettrés, bien que les Cours des Aides eussent réaffirmé à plusieurs reprises l’obligation pour les gardes de savoir écrire à peine de nullité des procès-verbaux. Au XIXè siècle, c’est avec ses agents qui ne savent pas (ou mal) compter que l’administration des Douanes a des problèmes, d’où l’introduction d’instruments pour le dénombrement des colis et des ballots : les fasquelines (1816).

(60) Charles Dartigue, Histoire de la Guyenne, p. 117.

(61) Acte fondamental du Blocus continental, le décret de Berlin (21 novembre 1806) devait être complété par le décret de Milan (17 décembre 1807).

(62) J. Clinquart, Juridictions d’exception en matière douanière sous le Premier Empire : cours prévôtales et tribunaux ordinaires des douanes 1810-1814, dans Etudes et Documents VI, 1994, p. 207 à 307.

(63) B.M. Arcachon, Fonds Rebsomen. Jacques Ragot, Relations entre pêcheurs du Bassin et marins anglais pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire, dans B.S.H.A.A. n° 18 (4è trim. 1978), p. 13-17.

(64) Musée des Douanes, Fonds Leducq (direction de Bordeaux).

(65) Voir IIè Partie, Chapitre I.

(66) B.M. Arcachon, Fonds Rebsomen (dépouillement des registres de correspondances).

(67) Ibid.

(68) M. Boyé, La Douane de Bordeaux…, p. 105-120 (L’affaire du Jubilé).

(69) L’extension en Europe des douanes impériales eut des conséquences humaines en Pays de Buch : un lieutenant des douanes, natif du Danemark, se remaria à La Teste tandis qu’un Jean-Pierre Dumur, vraisemblablement originaire des Landes ou des bords du Bassin d’Arcachon, se fixa et fit souche en Allemagne.

(70) B.M. Arcachon, Fonds Rebsomen (dépouillement des registres de correspondances).

(71) J. Ragot, Histoire de La Teste-de-Buch des origines à la fixation des dunes, La Teste, 1987, p. 93.

(72) Ibid., p. 95.

(73) Musée des Douanes, AR 3353.

(74) J. Clinquart, L’Administration des Douanes en France sous la Restauration et la Monarchie de Juillet (1815-1848) [= La Douane sous la Restauration…], p. 384-385.

(75) A.M. Bordeaux, Ms 296, p. 83 et ss.

(76) J. Clinquart, La Douane sous la Restauration…, p. 288-289.

(77) Document publié dans B.S.H.A.A. n° 27 (1er trim. 1981), p. 43-44.

(78) A.D. Gironde, 6J 75.

(79) Jean Paloc, Souvenirs d’un directeur des douanes (1855-1904), 1997, p. 11.

(80) A.D. Gironde, 9P 219. Voir aussi M. Boyé, La douane au Grand-Crohot, dans B.S.H.A.A. n° 81 (3è trim. 1994), p. 20 à 33.

(81) A.D. Gironde, 9P 219. Voir aussi M. Boyé, La Douane à Cazaux dans B.S.H..A.A. n° 53 du 3ème trimestre 1987, p. 16 à 27.

(82) Jean Paloc, ouvrage cité, p. 12.

(83) B.M. Arcachon, dossier Compagnie des Landes.

(84) Lois et règlements des douanes.

(85) Oscar Dejean, Arcachon et ses environs, réédition Esméralda, 1983, p. 191.

(86) Voir IIIè partie.

(87) M. Boyé, 1835. Jeux de mains, jeux de douaniers ?, dans B.S.H.A.A. n° 63 (1er trim. 1990), p. 30-38.

(88) M. Boyé, La Douane de Bordeaux…, p. 120-134.

(89) Il s’agissait : au Grand-Crohot du brigadier Jean Cantin et des préposés Jean Haristoy, Pierre Décap et Jean Seguin ; à la Garonne, du sous-brigadier Pierre Gaillardon et des préposés Jacques Layens, Jean Ferran et Jean Labrunette ; au Ferret du brigadier Joseph Dupon, des préposés Jean Mercié, Pierre Méricq et Nicolas Bettus, du sous-patron Jean Brun et des matelots Joseph Dubourg et Jean Labat ; enfin au Piquey du sous-brigadier Jacques Lortie et des préposés Jean Villeneuve dit Baptiste, Jean Condom et Jean Duvignac.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *