Grand-Hôtel d’Arcachon – Chronique 1890

Grand-Hôtel d’Arcachon

Chronique 1890 

 

Arcachon-Saison N° 111 du 30/08/1890

Dernière heure – Sa Majesté Marie Élisabeth Eugénie impératrice d’Autriche, fille de Maximilien Joseph duc de Bavière, couronnée reine de Hongrie le 8 juin 1867, arrive à Arcachon aujourd’hui vendredi.

Au nom de toute la population de notre ville nous souhaitons respectueusement la bienvenue à Sa Majesté.

0212 Arcachon Grand-Hôtel

Le Grand-Hôtel d’Arcachon vers 1904

 

L’Avenir d’Arcachon N° 855 du 31/08/1890

L’Impératrice d’Autriche à Arcachon – Sa Majesté Élisabeth-Marie-Eugénie, Impératrice d’Autriche, reine de Hongrie et de Bohême, est arrivée vendredi à Arcachon par le train de quatre heures du soir. Dès le matin, M. Gasturé se rendait dans notre ville pour arrêter les appartements au Grand-Hôtel.

Sa Majesté qui voyage dans le plus strict incognito, s’est fait inscrire sous le nom de Madame de Tolna. Quatorze ou quinze personnes forment la suite de l’Impératrice. Nous citerons : MM. le baron Faiferlik, aide de camp, Napera, chambellan, Gastewine, Rousso, Rhoupapoulos et plusieurs dames d’honneur.

Une heure après son arrivée, S. M. accompagnée d’un aide de camp et d’une dame d’honneur a fait, à pied, une promenade sur le boulevard de la Plage.

On nous assure que l’aspect général de la ville a produit une agréable impression à l’auguste visiteuse.

La population est reconnaissante à S. M. d’avoir bien voulu venir passer quelques jours dans notre station et nous sommes heureux de lui exprimer ici, au nom de cette même population l’expression respectueuse de notre gratitude.

Nous rappelons à ce sujet que ce n’est pas la première fois qu’Arcachon reçoit la visite d’un des membres de la famille impériale d’Autriche.

En 1879, l’Archiduchesse Élisabeth vint avec sa fille, aujourd’hui reine régente d’Espagne, habiter notre ville pendant plusieurs semaines.

On se souvient que les princesses s’installèrent à la villa « Bellegarde » dans la Ville d’Hiver, et que c’est dans ce chalet qu’eut lieu la première entrevue d’Alphonse XII avec celle qui devait un jour partager avec lui le trône d’Espagne.

Une plaque commémorative fixée sur les murs de la villa rappelle ce premier entretien royal.

On nous dit que Sa Majesté l’Impératrice d’Autriche habitera Arcachon huit jours au moins.

 

Arcachon-Saison N° 112 du 06/09/1890

L’impératrice d’Autriche à Arcachon – Comme nous l’avons déjà annoncé, dans notre dernier numéro, Sa Majesté l’Impératrice d’Autriche, reine de Hongrie, est arrivée à Arcachon vendredi dernier par le train de 4 heures. Elle est descendue au Grand-Hôtel où ses appartements avaient été retenus ; elle avait avec elle une suite de quinze personnes. Voyageant incognito, Sa Majesté s’est fait inscrire sus le nom de Madame de Tolma.

Pendant tout le temps qu’a duré son séjour à Arcachon, Sa Majesté a fait des promenades dans notre ville, tantôt sur la plage, tantôt sur les boulevards, tantôt dans la forêt (ville d’hiver) ; partout elle était respectueusement saluée et accueillie. Arcachon a produit sur notre auguste visiteuse une très agréable impression.

C’est la seconde fois que la famille impériale d’Autriche visite notre station. En 1879 l’Archiduchesse Élisabeth vint avec sa fille, aujourd’hui reine régente d’Espagne, habiter notre ville. Pendant plusieurs semaines elle résida au chalet « Bellegarde » propriété de M. le Dr Gellie de Bordeaux.

On se souvient que c’est dans cette ville qu’eut lieu la première entrevue d’Alphonse XII avec celle qui devait porter plus tard si dignement la couronne royale d’Espagne.

Contre son désir Sa Majesté n’a pu s’embarquer à Arcachon où le yacht anglais qui doit la conduire à Lisbonne, n’a pu, dit-on, entrer dans le bassin à cause de son très fort tirant d’eau. Elle adonc quitté notre ville se rendant à Bordeaux où le « le Chazalie » est mouillé, depuis quelques jours en attendant son illustre passagère.

Nous regrettons bien vivement que « le Chazalie » ne soit pas venu attendre, dans notre magnifique bassin, le départ de Sa Majesté. Nous croyons que si l’embarquement de l’Impératrice s’effectue à Bordeaux c’est grâce à d’autres motifs que le manque de profondeur de nos eaux. Nous sommes certains que le yacht anglais, malgré son très fort tirant d’eau, eut pu, très facilement venir mouiller en face du Grand-Hôtel.

Pensant être agréable à nos lecteurs, nous donnons sur ce navire quelques détails que nous empruntons à « La France » de Bordeaux :

« Le Chazalie » fait l’admiration des curieux qui ne cessent de stationner sur les quais du bassin à flot où le yacht anglais qui doit conduire Sa Majesté à Lisbonne et peut-être même à Tanger, est amarré.

Quoique construit depuis quinze ans, « Le Chazalie » semble sortir des ateliers de construction. Les appartements surtout sont d’un très grand luxe. D’aspect un peu lourd, il tient cependant très bien la mer ; c’est ainsi que dans sa traversée de Portsmouth il a essuyé de forts grains sans toutefois éprouver d’avaries. L’équipage de choix qui le monte est composé de trente matelots, tous anglais, commandés par le capitaine Humphries.

À bord les officiers ne désignent sa majesté que sous le titre de the lady (la dame) ce qui prouve combien l’Impératrice tient à conserver le plus strict incognito.

Durant son séjour parmi nous elle n’a reçu aucune visite ; toutes les lettres adressées à « l’impératrice d’Autriche » ont été impitoyablement refusées.

Sa majesté a quitté Arcachon jeudi 4 septembre par le train de 2 heures 30 se rendant à Bordeaux.

Chronique – A tout seigneur, tout honneur !

Sa Majesté Marie Élisabeth Eugénie, Impératrice d’Autriche, fille de Maximilien Joseph, duc de Bavière, couronnée reine de Hongrie le 8 juin 1867 est descendue dans notre ville il y a déjà quelques jours.

Les premiers, nous avons salué cette femme supérieure par le rang autant que par la bonté, qui a bien voulu quitter la pourpre impériale afin de devenir pour un temps la Reine des Eaux, comme cet autre sang-royale de Roumanie qui témoignait à Francisque Sarcey, je crois, le désir d’abandonner sa couronne pour posséder, ne fut-ce qu’un jour, la Royauté des Lettres.

Reine des Eaux !.. que ne pouvons-nous dire aussi : Reine des cœurs !

Mais la volonté expresse de la Reine est que l’on observe autour d’elle le plus strict incognito et qu’aucune manifestation ne vienne troubler la liberté dorée que lui donne en ce moment son unique titre de femme. Promener à sa guise, en toilette de ville, comme une simple mortelle, se baigner à la mer comme une Bonne-maman, laisser croire qu’on ira ce soir au Casino dans la magnifique loge tendue de vert qui attend toujours son auguste visiteuse, tel est le bon plaisir de sa Majesté. Nous n’aurons garde d’y contrevenir même pour lui exprimer la reconnaissance que sa visite nous inspire.

 

L’Avenir d’Arcachon N° 856 du 07/09/1890

La Journée de l’Impératrice d’Autriche à Arcachon – Après un séjour d’une semaine dans notre ville, S. M. l’Impératrice d’Autriche est partie jeudi dernier par le train de 2 heures se rendant à Bordeaux pour prendre place à bord de son yacht Le Chalazie, et continuer un voyage qui dure depuis près d’un mois.

Tout en observant la plus grande réserve commandée par l’incognito sévère que l’Impératrice désirait garder, notre population et la colonie étrangère actuellement dans nos murs n’en étaient pas moins intriguées et la plus vive curiosité était excitée.

Cette curiosité se manifestait particulièrement aux heures où l’Impératrice avait l’habitude de sortir de ses appartements pour se promener en ville. La foule s’amassait alors sur le boulevard, derrière la grille du Grand-Hôtel, attendant le passage de l’auguste voyageuse.

De tout temps il en a été ainsi. Le vulgaire a toujours désiré savoir ce qui se passe dans l’intérieur des somptueuses demeures occupées par les grands de la terre.

Possesseur de l’anneau de Gygès, nous pouvons donner quelques détails sur la façon dont l’Impératrice employait sa journée à Arcachon.

Elle habitait le vaste appartement du 1er étage du Grand-Hôtel, appartement qui a été précédemment occupé par :

M. Thiers ;

Le Maréchal de Mac-Mahon ;

Le Grand Duc Serge ;

La Princesse Mathilde ;

La Princesse de Tour-et-Taxis.

L’Impératrice se levait tous les jours à 4 heures et demie. A cinq heures, elle entrait dans son bain d’eau de mer chaude et quelques instants après, alors qu’elle était encore dans son bain, elle se faisait servir un litre de lait chaud qui venait d’être trait. Au sortir du bain elle se recouchait jusqu’à 7 heures, heure à laquelle elle se rendait à la chapelle Notre-Dame pour entendre ma messe. Au retour, vers 8 h. ½ elle se mettait à table. Son déjeuner se composait toujours de pièces froides, bœuf, mouton, gibier, fruits et gâteaux. Les viandes blanches sont proscrites de sa table et son unique boisson est du café préparé par une de ses femmes de chambre dans un appareil en argent. Parmi son personnel se trouve un pâtissier qui suit l’Impératrice dans tous ses voyages ; mais après avoir goûté les excellents produits de Foulon, le pâtissier-glacier arcachonnais bien connu, l’Impératrice n’a plus utilisé, pendant son séjour à Arcachon, les services de son pâtissier. Elle faisait elle-même tous les jours sa commande de gâteaux et de glaces chez Foulon.

Vers onze heures ou midi, elle sortait et faisait une promenade en ville quelquefois seule, le plus souvent accompagnée d’une dame d’honneur ou d’un aide de camp. Plusieurs magasins ont été visités par elle. Citons la librairie Delamare où elle a fait plusieurs achats, notamment celui de deux ou trois albums contenant des vues de la Ville et du Guide-d’Arcachon édité en 1888 par M. Talon propriétaire de l’Imprimerie Nouvelle.

Sa promenade durait généralement jusqu’au moment du dîner qui avait lieu à trois heures et demie. Le menu était le même que celui de son déjeuner. Au sortir de table où elle mangeait toujours seule, elle quittait de nouveau ses appartements pour se promener à pied, et ne rentrait que vers sept heures, pour se coucher à neuf.

Nous savons de bonne source que S. M. a été très satisfaite de son séjour à Arcachon ; elle a fait adresser ses éloges au concessionnaire de l’hôtel, M. Lubcké pour la parfaite organisation du service, et le Vatel de l’Établissement n’a pas été oublié. En partant, elle a fait espérer pour l’année prochaine une nouvelle visite qui sera probablement plus longue, l’itinéraire qu’elle s’est tracée ne lui ayant pas permis, en ce moment, de prolonger un séjour qui lui a été fort agréable.

Grand-Hôtel

Jaigenberg, Allemagne.

Colonia, Grèce.

Rovira, Madrid.

Clinch, New-York.

Bonnefon, Paris.

Porto-Riche (de), Paris.

Gerassi, Roumanie.

Pelletreau, Paris.

Ciment-Sancho, Idanois.

Jura-Réal (Marquise de), Madrid.

Bardot, Lille.

De Loture, Paris.

Lille, Bordeaux.

Pivadal, Madrid.

Canevaro (duchesse), Madrid.

Berrin et Mme, St-Pétersbourg.

Pfisterer Aühol (de), Vienne, Autriche.

Meyrau (Baronne de), Vienne, Autriche.

Batz (Baronne de), Vienne, Autriche.

Barbier, Paris.

Maugham, Londres.

Pedro de St Concha, Madrid.

Fchetuertinok (Princesse), St-Pétersbourg.

Nadey do Essenvosy, St-Pétersbourg.

Stofft, Londres.

Devey, Paris.

Gendre (de), Paris.

Godurin, Londres.

Eichtal (Baronne), Bordeaux.

Vogel, Bordeaux.

Raby, Bordeaux.

S. M. I. et R. l’Impératrice d’Autriche-Hongrie, (Mme de Tolna).

Gasturé, 1ère Dame d’honneur de S. M. I. et R. l’Impératrice d’Autriche-Hongrie.

Gasturé, Général et 1er Intendant de S. M. I. et R. l’Impératrice d’Autriche-Hongrie.

Feifalik (Baron), Aide de Camp, id.

Feifalik (Baronne), 2e Dame d’honneur, id.

Rousso Roussopoulos, 2e Intendant, id.

et une suite de 11 personnes.

 

L’Avenir d’Arcachon N° 861 du 12/10/1890

L’Impératrice d’Autriche – L’Impératrice d’Autriche, qui naguère était notre hôte, voyageant dans le plus strict incognito à bord du steamer yacht danois Chazalie, est arrivée à sept heures trente, vendredi à Marseille, venant d’Ajaccio. Elle a débarqué à neuf heures et demie, dans une toilette d’une simplicité extrême avec une dame d’honneur.

L’impératrice parcourt les rues, les places principales. Elle a visité Longchamps, le Prado et doit faire une station chez Boublon, sur la Corniche, et rentrer le soir, à six heures, pour dîner à bord.

Elle a refusé une voiture et fait toutes ses promenades à pied. Elle partira dimanche matin pour Hyères, Cannes, Nice, Menton, la rivière de Gènes, se rendra à Corfou à la fin de novembre, puis retournera à Vienne.

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