La baronnie et les barons d’Arès (5)

LA BARONNIE ET LES BARONS D’ARÈS

(suite et fin)

 

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ÉLIZABETH DE LAVILLE ET FRANÇOIS DE BELCIER DE CRAIN

Le mariage d’Élizabeth de Laville d’Arès allait marquer une nouvelle étape dans l’évolution de la famille Laville comme ce fut le cas lors du mariage de Jean de Laville et de Jeanne Lapillanne à Soulac.

Ce mariage eut lieu le 25 avril 1731 à Grésillac. Élizabeth épou­sait « François de Belcier de Crain escuyer40, fils de Messire Fran­çois de Belcier escuyer, seigneur de Crain et de Belcier et de Dame Marie Béchaut de Ferrachapt, natif et habitant de la paroisse de Salles, juridiction de Castillon ». Les Belcier habitaient ainsi Salles et Baron en Entre-Deux-Mers. Les Laville, habitant Grézillac, étaient leurs voisins.

En un temps où les Laville n’étaient encore que de petits no­tables de Buch mais de très compétents et notoires marchands de bestiaux, les Belcier avaient déjà atteint le sommet des honneurs et des dignités de la magistrature bordelaise. Leur accès aux privilèges nobles était beaucoup plus ancien que celui des Laville. Ils étaient même entrés dans la noblesse de robe par la grande porte.

En 1504, un François de Belcier était avocat au Parlement de Bordeaux ; en 1518, il devenait conseiller pour être enfin pourvu par François 1er de la dignité de premier président du Parlement. À ce titre, il fut chargé de rédiger la « Coutume de Bordeaux » ; il conserva ses fonctions jusqu’à son décès survenu en 1544. Son fils Jean allait poursuivre cette brillante ascension en entrant en 1531 au Grand Conseil du Roi.

Bien d’autres membres de la famille allaient s’illustrer encore dans les charges publiques de la province mais en 1731, les Belcier n’étaient plus parlementaires mais de petits nobles campagnards vivant sur leurs terres dans une certaine oisiveté ainsi qu’il convenait lorsqu’on était d’ancienne noblesse.

Par son contrat de mariage, François de Belcier reçut de son père la pleine propriété, sans aucune réserve d’usufruit, de la maison noble de Crain avec toutes ses terres. Sa mère lui constitua en dot les sommes qu’elle avait elle-même reçues lors de son mariage.

Jean-Baptiste Laville n’était pas en mesure de doter aussi ma­gnifiquement sa fille. Cependant, il lui donna tout l’ancien patri­moine des Laville : « La baronnie d’Arès, consistant en justice haute, moyenne et basse, rentes, droits, devoirs seigneuriaux, pacages, moulins, pignadas, droits de pêche et domaines». Il donnait aussi la maison noble située dans la paroisse de Biganos consistant en quatre métairies, prés, bois, taillis et autres domaines, les bestiaux ensemble, ceux donnés en agrière, ruches à miel et apiès d’icelles. Il donnait ainsi tous les biens des Laville en Pays de Buch mais il s’en réservait la jouissance. Cependant, et en compensation de cette réserve, il versait aux jeunes époux une rente annuelle de 1.500 livres.

1764-1768, LA LIQUIDATION DU PATRIMOINE DE BIGANOS

Jean Baptiste de Laville avait donc procédé à plusieurs opérations immobilières dès le début du siècle : échange de terres et vente de son tiers de propriété des moulins de Pontnau et Arnère. Il avait conservé cependant la plus grande partie de son héritage dont la mai­son noble de Gaillardon qui, à son tour, fut vendue sous réserve des métairies qui y étaient rattachées. Dix ans après le décès « du Baron d’Arès » survenu en 1754, son gendre François de Belcier – portant selon l’usage le titre de baron d’Arès, du chef de sa femme – liquida les derniers biens des Laville. En 1764, une petite terre située près du bois de Béhard aux Argentières fut vendue41 ; en 1767, deux métairies aux Argentières, le bois de Béhard, une part indivise dans le broustey et pré de Testaudenge ; tous les biens dans cette partie de Biganos à l’exception de Taudin furent aussi vendus42. Or, il restait encore une métairie à Vigneau et de nombreuses petites pièces de pré salé. On remarquera, à ce sujet, que les côtes et prés salés de Biganos, à l’inverse de celles de Certes et Audenge, n’étaient pas restées propriété seigneuriale ; cette singularité supposerait que, très loin dans le Moyen Âge, la paroisse de Biganos dépendit d’une autorité seigneuriale autonome distincte de Certes.

Donc, en 1768, François de Belcier vendit ses biens de Vi­gneau, la métairie et une dizaine de petits prés salés à un négociant d’origine irlandaise, Georges Milbank, proche parent du curé de Bi­ganos du même nom43. Or, c’était l’époque où le marquis de Civrac projetait d’endiguer la totalité des côtes pour les mettre en sa­lines. Il se rendit, peu de temps après, acquéreur de ces petites encla­ves sur les côtes de Biganos. Le tout fut ultérieurement concédé pour être endigué à Pierre de Pardaillan. Ce projet de création de salines sur la côte de Biganos fut sans suite.

La moitié du patrimoine des premiers Laville avait été liquidée par les descendants de Marie Laville d’Argelouse. Belcier fit dispa­raître les derniers souvenirs de la plus importante famille de Biga­nos. Cependant, une part importante de ce patrimoine se retrouva au XIXe siècle dans la famille Dumora, elle aussi descendante des Laville.

LES LANDES D’ARÈS – LA TRANSACTION DE 1759

Depuis 150 ans, un vieux litige opposait les seigneurs d’Arès et ceux de Certes au sujet de la propriété des landes du Temple. La seigneurie de Certes s’étendait en effet sur la totalité de la paroisse de Lanton mais aussi sur le fief de Courgas, situé dans la paroisse de Saumos. Entre l’extrémité nord de Lanton et ce fief isolé de Cour­gas s’étendaient les landes du Temple faisant partie de la seigneurie d’Arès. Ainsi qu’il apparaît dans la reconnaissance des limites de Certes44 de 1598, les seigneurs de Certes considéraient que ces landes du Temple entre Lanton et Courgas leur appartenaient ; il y avait ainsi continuité territoriale entre Lanton et Saumos. Les barons d’Arès n’étaient pas d’accord sur ces prétentions ayant pour conséquence de couper en deux leur propre seigneurie. Le litige prit fin en 1759 par la signature d’une transaction45 remettant en cause le procès-verbal de délimitation, non contradictoire de 1598, et donnant pleine satisfaction au baron d’Arès. Le marquis de Civrac, successeur du duc et de la duchesse de Mayenne, abandonna ses prétentions sur les landes du Temple. La baronnie d’Arès redevenait ainsi un territoire continu. François de Belcier fils, au nom de son père et de sa mère, avait négocié cette transaction et la signa.

Le 6 octobre 1769, François de Belcier mourrait dans son châ­teau de Belcier. Élizabeth de Laville lui survécut. Quelques années plus tard, elle liquida sa baronnie d’Arès.

FRANÇOIS DE BELCIER, DERNIER BARON D’ARÈS

François de Belcier le troisième, unique fils d’Élizabeth de Laville, était né en 1732 au château de Crain à Baron. Il entra lui aussi très tôt au service du Roi. Il prit la voie tracée par son grand-père Laville.

Le baron d’Arès était décédé le 5 avril 1754. Sa charge de ca­pitaine général des garde-côtes de La Teste devenait vacante. Il s’en suivit une série de promotions dans la capitainerie. Le chevalier de Barre, jusque là major, devenait capitaine à la suite de son beau-frère. Il était remplacé par Villepreux dont la charge de lieutenant fut confiée au jeune François de Belcier âgé alors de 22 ans. Le roi l’avait pourvu par lettres du 24 mai 1754. Ces lettres furent enregis­trées à l’amirauté de Guyenne le 11 juin suivant et Belcier prêtait serment le même jour. Il entrait ainsi en fonction sous les ordres de son grand’oncle « pour soulager le Capitaine et le Major ». (ADG – Amirauté 6 B 10).

François de Belcier se maria trois ans plus tard46. Par contrat du 7 avril 1758, il épousa Marie Angélique d’Abzac, issue d’une très ancienne famille périgourdine. Ils eurent trois enfants. Madame de Belcier décéda le 15 janvier 1766, un mois après la naissance d’une fille qui ne vécut qu’un jour. Elle avait 33 ans.

Le 28 juin de la même année, François de Belcier établit son testament. Il donnait 25 000 livres à ses enfants Léonard et Françoi­se et instituait Louis, l’aîné de ses fils, pour son héritier47. Il n’apparaît pas que François de Belcier se soit jamais remarié.

LA VENTE DE LA BARONNIE

Le 27 mai 1775, François de Belcier, en son propre nom et au nom de sa mère, vendit48 « La Terre et Baronnie d’Arès située, le principal manoir dans la paroisse d’Andernos en Médoc (sic) con­sistant en justice haute moyenne et basse mère, mixte, impère, fonds nobles et féodaux, fiefs, cens, rentes et autres droits et devoirs seigneuriaux, moulin à eau et autres fonds quelconques dans la dite terre d’Arès et nommément le fief de Méjos situé dans la paroisse de Lacanau relevant en toute justice de la Terre et Baronnie d’Arès, comme aussi demeure compris dans la présente vente, tous les meu­bles meublants, bestiaux gros et menus, charettes, outils aratoires, vaisseaux vinaires aussi gros et menus, apiés et ruches, chaudières à faire la résine, arrérages de rentes, lots, arriérés de lots et droits d’herbage qui peuvent être dûs jusqu’à ce jour et généralement tout ce qui peut compéter et appartenir à la dite Terre et Baronnie ». L’acquéreur était la dame Louise Françoise Lemesle, veuve de « Monsieur Maître Jean Baptiste Lataste, avocat au Parlement de Bordeaux » et habitant Libourne.

Le prix de la vente était énorme, sans commune mesure avec les 15 000 livres payées au siècle précédent par Jean de Laville à la Dame d’Ornano. Il s’élevait à 103 000 livres49 « dont 4 000 livres pour le pot de vin devant tourner au profit de Messieurs Louis Fran­çois, Arnaud Léonard et demoiselle Anne Françoise de Belcier, enfants du dit vendeur ».

La dame de Lataste eut les plus grandes difficultés pour assurer le financement de son achat. Elle ne disposait que de 17 015 livres en liquide et une créance de 36 227 livres qui appartenait aux héri­tiers de son mari mais dont elle avait l’usufruit. Belcier lui accorda un crédit de six ans pour le solde de 49 756 livres. Elle hypothéquait Arès tant pour les 36 227 livres qui devaient être réglées aux héri­tiers de son mari après son décès que pour la créance de Belcier.

LOUISE FRANÇOISE LEMESLE, DAME D’ARÈS

ARÈS SE TRANSFORME

Madame Lataste quitta le Libournais et s’installa dans sa maison d’Arès. Elle n’avait pas d’enfant mais un frère et trois sœurs pour qui, semble-t-il, elle avait fait cet énorme achat. D’ailleurs, Antoine Dupleix de Castelnau, son frère utérin, s’installa aussi à Arès et prit en charge la gestion et l’administration de la seigneurie.

Sans tarder et malgré le lourd endettement de 86 000 livres et les charges financières qu’il devait supporter, Dupleix de Castelnau se lança dans de nouvelles dépenses d’investissement qui allaient transformer Arès. S’inspirant des projets et réalisations grandioses mais ruineuses du marquis de Civrac, il aménagea les côtes et prés salés. Il n’était plus question de salines ; mais, comme dans le do­maine de Graveyron à Certes, Castelnau endigua plusieurs centaines de journaux de prés salés et les mit en culture. Il creusa aussi des réservoirs à poissons et développa la culture des huîtres vertes. Toutes les cultures traditionnelles furent développées.

Toujours comme à Certes, un nouveau château seigneurial fut édifié, susceptible de loger le seigneur et son personnel. L’existence de ce château à premier étage n’a jamais été signalée jusqu’ici.

CONCESSION DES LANDES – LES SUTTON

À l’exemple encore de Civrac et du captal de Buch, la Dame d’Arès eut aussi l’ambition de valoriser ses immenses landes. Comme dans le cas des Compagnies agricoles concessionnaires des landes de Certes ou de la Société Nézer, ce sont des étrangers qui s’intéres­sèrent à Arès.

Le 27 mars 175950, la Dame d’Arès accordait une première concession au Docteur Henri Sutton, natif de la province de Suffolk en Angleterre, associé à son frère Joseph aussi docteur en méde­cine. Ces Anglais tout aussi ignorants des choses de la lande que les Nézer et autres Moriencourt et Cie furent beaucoup plus prudents et réalistes. La concession portait sur 1 000 journaux seulement pour un prix de 3 000 livres et le versement d’une rente annuelle de un picotin de un 32ème de boisseau de seigle par journal concédé. Ils obtenaient un différé de 15 ans pour le paiement de ces rentes foncières, période jugée nécessaire pour terminer le défrichement et la mise en culture. La Dame d’Arès donnait aussi gratuitement le bois pour construire une maison et un bâtiment d’exploitation. Le bois de chauffage était aussi fourni gratuitement pendant 15 ans. Elle accordait enfin les droits de chasse sur les landes concédées et ceux de pacage sur l’ensemble de la Seigneurie.

Prudents mais optimistes, les Sutton obtenaient la promesse de nouvelles concessions par tranches successives jusqu’à un total de 9 000 journaux pour un montant de 18 000 livres, toutes ces landes étant à prendre à leur choix.

Lors de la Révolution, un certain Sutton, venu de Bordeaux et désigné par les autorités départementales, se manifesta à Arès par ses comportements outranciers ; il ne fut pas étranger à la con­damnation à mort de François de Belcier. C’était manifestement un descendant de cette famille anglaise qui était devenue un des plus importants propriétaires fonciers d’Arès depuis la concession de 1779.

DESCRIPTION D’ARÈS EN 1784

Les travaux d’aménagement entrepris par Castelnau transfor­mèrent Arès. Les revenus de la Seigneurie atteignirent 12 300 livres par an ; c’était une somme importante équivalent à plusieurs mil­lions de nos francs. Cependant, la Dame d’Arès se trouva acculée par ses créanciers. Arès fut mis en vente. Une notice publicitaire fut diffusée décrivant Arès, explicitant ses revenus avec le plus grand luxe de détails. Nous la reproduisons intégralement ici sans com­mentaire.

Le Château d’Arès dans son environnement

La Terre et Baronnie d’Arès à sept lieux et demi de Bordeaux dans la Sénéchaussée de Guienne, consiste en haute, moyenne et basse Justice, avec tous les droits honorifiques et utiles qui peuvent être attachés à une terre en toute justice. Elle s’étend dans les pa­roisses d’Andernos où est situé le château, au quartier d’Arès, du Temple et Sautuge et de Méjos à Lacanau en Médoc.

Le château, nouvellement bâti, entre cour et jardin, est situé près du bourg d’Arès, au bord du Bassin d’Arcachon, dans une posi­tion aussi saine qu ‘agréable, dont la vue est très étendue. Il consiste en un vestibule, un salon de compagnie et une salle à manger très vastes, et en six chambres à coucher tant au rez de chaussée qu’au premier étage, dans lesquelles il y a huit lits de maîtres.

Dans l’aile du côté du midi est une très grande cuisine et les offices, une très belle boulangerie avec deux fours, une petite cham­bre, une étuve et un grenier au dessus nouvellement bâtis.

Du même côté du midi (le portail de la vigne entre deux) est un cuvier, un chai à vin de trente pieds de large sur quatre vingt dix de long, garni de deux cuves, une mette et un pressoir. Le bâtiment et les vaisseaux vinaires n’existent que depuis trois ans ; il y a aussi un pressoir à cire.

Dans l’aile au nord du château sont les logements des valets et ouvriers, une recepte ou chambre pour l’homme d’affaire, une grange à contenir trente et quelques charretées de foin et une écurie à loger douze chevaux ; à la suite sont les volières pour toutes espèces de volailles, la situation du local permettant d’en élever une grande quantité de toute nature, un pigeonnier, des volières pour les palommes, roquels et tourterelles dont la chasse est très abondante.

Au derrière de cette aile est une basse cour, où sont la cour et le parc des vaches, la cour et les parcs à cochons, un parc à loger quatre paires de bœufs et un endroit pour mettre le bois de chauf­fage.

Du côté du levant, la cour est séparée de la, place du bourg par un chemin qui conduit tous les pêcheurs au Bassin à chaque marée.

Au couchant est un excellent jardin très vaste, garni d’arbres fruitiers, fermé tout autour par un claire-voir de sept pieds de haut, dans lequel jardin il y a une aspergerie très considérable, et un ver­ger borné par une vigne percée d’une allée qui conduit au Bassin ; cette vigne est séparée de la garenne par une autre allée parallèle, de cinquante pieds de large, garnie au long des deux contre allées de deux rangées d’arbres fruitiers d’excellentes espèces, laquelle allée de plus de trois cents toises de longueur conduit également au Bas­sin sur les digues et au vivier.

À la suite du jardin, au nord est une garenne très considérable en bois de chêne, percée d’allées dont la principale est vis à vis la porte du vestibule du château, traversant le jardin. Chaque allée a un point de vue agréable, soit sur le bourg, soit sur le Bassin à travers les domaines qui environnent la dite garenne.

ÉTAT DES RENTES ET REVENUS DE LA BARONNIE D’ARÈS*

– Rentes foncières en argent 486 l 19 s 3 1/2 d

– Rentes en volailles :

96 poules à 20 s : 96 l

une paire de chapons : 2 l

6 paires 1/2 de poulets : 9 l 15

595 l 14 s 3 1/2 d

– Rentes en grain, 37 boisseaux de seigle à 15 lie boisseau, prix ordinaire du pays : 555 l

Corvées d’hommes bœufs et charettes, 70 corvées à 4 1 chaque : 280 l

– Lods et ventes, années ordinaires : 250 l

– Droits d’herbage ou pâturage, année commune : 1.000 l

– Un moulin à eau affermé en nature, cinquante quatre boisseaux de seigle, mesure de la juridiction ou de Castelnau de Médoc, grande mesure pesant en seigle : 170 l, à 15 livres année commune : 810 l

(Nota Bene que le dit moulin n’est sujet à aucun débordement)

– Résines affermées en nature, dix sept milliers, laquelle résine a été vendue cette année 70 l le millier sur les lieux : 1.190 l

– Cire et miel année commune : 200 l

(Nota que cet article est porté au taux le plus bas parce que cette denrée est casuelle ; on a fait plusieurs fois depuis dix ans, six et huit cents livres. La barrique de miel se vend ordinairement 40 à 45 écus)

Vignes huit journaux, dont six en port ont donné en 1781 quatorze tonneaux et demi ; cette année 1784 huit tonneaux et demi à 60 l la barrique : 2.040l

à déduire 400 livres pour les frais de culture, reste net : 1.640 l

(Nota : le domaine fournit l’œuvre et le vime nécessaire pour les dites vignes, les barriques sont toujours les mêmes parce que les cabaretiers qui sont obligés de vendre par préférence le vin du Seigneur, en vertu du droit de maïade (cf. N.B.) remettent les futailles, de manière qu’il n’y a ni œuvre ni fûts ni courtage ni transport à payer. En outre, il y a environ vingt cinq journaux de terre preste à estre complantée cet hiver. Le vin se livre à la Saint-Martin ; les tenanciers se font un plaisir de faire les vendan­ges pour la nourriture seulement)

– Une étendue considérable de palus endigués et ensemencés en froment, cette année, produisant au moins 100 boisseaux de froment à 18 livres, prix ordinaire de l’endroit : 1.800 l

(Nota qu’il y a, en outre, plus de 300 journaux d’excellent fond de palus, en argile ou terre forte de même nature, qui peuvent également être mis en valeur soit pour prairies, soit pour froment ce qui donnerait l’intérêt de plus de 200 mille livres).

En blé seigle, on recueille année ordinaire 60 boisseaux de grain au moins, à 15 livres le boisseau : 900 l

En avoine, baillarge ou orge, et blé d’Espagne 60 boisseaux à 12 livres le boisseau : 720 l

(Nota que les deux boisseaux d’Arès font près de trois boisseaux de Bordeaux)

Prairies à faire année commune, vingt quatre charretées de foin, sans y comprendre les regains et menus herbes à 36 livres la charretée dans les années les plus abondantes : 864 l

(Nota que cette année 1784, on a préparé de nouvelles terres qui seront fauchées au mois de juin 1785, ce qui augmentera la quantité de foin au moins d’un tiers).

– Les différentes coupes des bois taillis, sans nuire aux bois de haute futaie, qui sont en grande quantité, pro­duisent l’une année dans l’autre : 300 l

– une aspergerie dont les asperges peuvent être affermées sur les lieux : 300 l

Il y en a une grande quantité, en outre, dont les pattes sont encore trop jeunes pour être coupées. Lorsqu ‘elles seront d’âge, elles donneront plus du double en sus. Les dites asperges très précoces sont portées à Bordeaux où elles se vendent très chères.

(Nota. De tous les domaines, il n’y a que six journaux de vigne sujets à la dixme).

– Un troupeau de vaches qui a donné net cette année : 425 l

sans compter le laitage et les fruits. Ce troupeau augmentant chaque jour donnera davantage à l’avenir. Il y a actuellement sept annouils qui seront liés l’année prochaine.

Un troupeau de cochons qui, outre neuf cochons engraissés pour l’usage de la maison, et ceux qu’on a conservés pour l’année prochaine, ont produit 24 petits cochons qui ont été vendus à un mois 7 livres pièce – 1681- qui jointes avec le prix des gros estimés seulement 36 l pièce quoiqu ‘ils valent le double, étant d’une belle espèce492 l

Nous ne parlons pas du prix des jeunes qui ont été conservés pour l’année prochaine.

– Il y a entre outre, deux juments de belle taille et deux poulines dont l’une de quatre ans, l’autre de deux ; on pourrait nourrir un troupeau de juments poulinières qui donneraient de grands profits, les pâturages étant très étendus et abondants. On nourri­rait également une quantité immense de brebis et moutons.

TOTAL : 12.321 l 14 s 3 1/2 d

AUTRES PRODUCTIONS ET POSSIBILITÉS

La basse cour fournit une grande quantité d’oies, de dindes et autres volailles de toutes espèces, outre celles des rentes, de ma­nière qu’on est dans le cas d’acheter ni volailles, ni jambons, ni lard, ni graisse, ni salé, ni confits.

La chasse très abondante en toutes espèces de gibiers ne fournit pas moins de ressources et d’agréments pour la vie.

À tous ces avantages se joignent ceux qu’offre le Bassin en poissons, en coquillages et en gibier de mer.

Il y a aussi un vivier considérable d’eau de mer et une claire commencée à mettre 200 milliers d’huîtres à verdir. Le seigneur a un bateau appelé pinasse armé de ses filets avec lesquels il fait des parties et envoie à la pêche quand bon lui semble, ce qui lui procure du poisson au delà de sa consommation. Il a aussi des filets tendus dans le Bassin pour prendre des canards sauvages beaucoup au delà de sa provision.

Toutes ces denrées de quelque nature qu’elles soient peuvent se transporter à Bordeaux avec la plus grande facilité tant par la quantité de charrettes qui partent toutes les semaines que par les poissonniers qui y vont journellement avec leurs chevaux ; les tenan­ciers ayant tous besoin du seigneur se font un plaisir de lui rendre ces petits services.

Outre les domaines et plus de 300 journaux de palus dont nous avons déjà parlé, le seigneur a, en toute propriété, cinquante quelques mille journaux de landes dont il retire les droits d’herbage que paient les habitants des paroisses voisines qui y mènent leurs bestiaux de toutes espèces. Ces landes font accroître chaque jour les rentes foncières en grain et menus cens par les nouveaux arrentements ou baux à fief ; depuis huit ans, il en a été affiévé plus de 1.300 journaux, ce qui a augmenté les rentes de près de 600 livres en grain ou menus cens.

Il y a environ 700 journaux ensemencés en pins ce qui augmen­tera beaucoup les revenus en résine en quelques années. Outre les arrentements et ensemencements, le seigneur peut établir des métai­ries et des prairies sur différentes parties des dites landes qui sont d’une bonne nature de fond.

Cette terre susceptible de beaucoup d’augmentation acquerre chaque jour une plus grande valeur. Elle fairait plus que doubler, tout d’un coup, si le canal projeté de Bayonne au Bassin et du Bassin à Bordeaux avait lieu. Il y a dans ce moment des ingénieurs et com­missaires qui y travaillent du côté de Mimisan.

Observations sur les articles qui forment les revenus de la terre d’Arès et les dépenses que ces dits articles occasionnent

1) Toutes les rentes de quelque anture qu’elles soient sont portables au château où en tout autre lieu de la terre, désignés par le sei­gneur ou ses fermiers s’il y en a. Nous comprenons dans cet ar­ticle les rentes en argent, en volailles et en grains, les lods et ven­tes et toutes autres redevances quelconques.

2) Les droits d’herbage sont également portables et payables aux mêmes lieux et conditions dans le même temps qui est aux fêtes de Pasques chaque année.

3) Le moulin est affermé en nature, le grain est portable au château chaque semaine, suivant les conditions de la ferme.

4) Les résines également affermées en nature sont payables en deux pactes, elles ne constituent à aucun frais.

5) Le revenu des abeilles a été porté au dessous de ce qu’elles don­nent parce que ce revenu est fort inégal d’une année à l’autre, depuis 10 ans on en a fait cinq à six barriques par an et quelques fois deux ou trois que nous avons toujours vendu 40 écus la barri­que. Les abeilles n’occasionnent de frais qu’autant qu’elles don­nent des essaims, par conséquent du revenu, autrement elles ne coûtent rien. La cire seule payant toujours beaucoup au delà des frais.

6) En parlant du revenu de la vigne, dans le mémoire que nous avons fourni, nous avons distrait 400 livres pour les frais de culture.

7) Quant à la culture des fonds qui produisent les grains, il n’y a qu’un bouvier parce que, par le secours des corvées, une seule paire de bœufs suffit pour les travaux, le dit bouvier gagé 24 écus et nourri coûte par an 250 livres ; dans la saison des métives, ou moisson, on donne aux étrangers qui viennent dans ce pais la faire quinze sols par boisseau rendu net et marchand.

8) Les dépenses qu’occasionnent les prairies sont en raison du revenu que l’on en retire, c’est à dire que les années abondantes en foin coûtent plus pour les faucher, qui sont les seuls débours que ce genre de revenus occasionne.

9) Les produits des vaches est net, parce que le laitage paye le vacher dont les gages et la nourriture montent à 200 livres par an.

10) Le produit des cochons est net, puisqu ‘ils ne sont jamais gardés étant accoutumés à se retirer d’eux-mêmes tous les soirs.

Il est nécessaire d’avoir un garde chasse ; les produits des gibiers paient beaucoup au delà de ses gages et de sa nourriture.

Il y a un maître valet ou homme d’affaires dont les gages et la nourriture montent à 350 livres.

A.M. Bx série ii n° 148

N.B. Bien qu’écrit dans une langue parfaitement moderne, le texte utilise encore quelques mots actuellement désuets que notre collègue M. Jacques Plantey explique ci-après :

– roquel : oiseau de la famille des ramiers, pigeon colombin, plus petit que la palombe.

– maïade : redevance féodale payée en argent au lieu et place des vins et cidres que les tenanciers devaient payer en mai. La maïade est aussi le privilège du seigneur de vendre son vin en priorité au mois de mai.

Ces descriptions précises, très certainement objectives et honnê­tes et, à tous égards, séduisantes, ces profits alléchants, ces projets débordants d’optimisme – un peu trop peut être – ne suffirent pas pour retenir l’attention d’un acquéreur éventuel. Arès ne put être vendu et madame Lataste resta dans les mêmes difficultés financières. Très vite, elle se trouva en état de cessation de paiement.

ARÈS SOUS SÉQUESTRE JUDICIAIRE

Le 4 juillet 1786, François de Belcier saisissait la baronnie d’Arès. La Dame d’Arès, affectée sans aucun doute par ces épreuves, survécut quelques mois à peine. Le 15 mars 1787, elle décédait dans son château d’Arès et fut inhumée dans l’église d’Andernos. Belcier poursuivit sa procédure contre les héritiers de Madame Lataste.

La seigneurie était dorénavant placée sous administration judi­ciaire. Le Sieur Jean Garos, marchand de Bordeaux, obtint après adjudication, un bail judiciaire le 3 octobre 1789 et le 18 février suivant, son mandataire Jean Clerc, de Salles51 prenait possession du château et du domaine52 et établit l’état des lieux. Puis, le 4 avril, une seconde visite contradictoire eut lieu afin de constater l’état des dégradations du château, moulin et autres bâtiments. Ni la Dame Dupleix de Montignac, héritière, ni le sieur Dumas, précé­dent bailliste, ne se présentèrent. On passa outre.

LE RETOUR DES BELCIER

La procédure se poursuivit. Arès fut adjugé à Fr. de Belcier qui rentra ainsi en possession du patrimoine des Laville. Mais il n’y avait plus de baronnie d’Arès. La Révolution était passée. Et une nouvelle phase de l’évolution de la terre d’Arès commença. On pour­ra lire avec intérêt les études de M. Jean Dumas consacrées à cette période de la Révolution et à l’exécution capitale de François de Belcier53.

Pierre LABAT

 

40. Né le 18 octobre 1697 au château Belcier, le jeune François avait été reçu page dans la grande écurie du Roi en 1713 (ADG 9 J 85 Wolmont)

41. ADG not. Dunouguey, vente du 30 mars 1764 à Guillaume Garnung de Mios dit Bernadet

42. Même notaire ; vente du 24 décembre 1767 à Guillaume Garnung de Mios dit Labrique.

43. 3 E 23.068 – Brun notaire de Bordeaux

44. Voir bulletin n° 41 du 3ème trimestre 1984

45. ADG 3 E 25-572 – Perrens not. à Bordeaux

46. ADG 9 J-85 Wolmont

47. ADG9J 575 Wolmont

48. ADG – Antoine – notaire à Baron

49. Sur les 103 000 livres, 84 000 étaient pour les immeubles, 15 000 pour le mobilier, 4 000 pour le cadeau.

50. ADG – Eymerie notaire de La Teste.

51. Cf. bulletins N° 13/14 des 3ème et 4ème trimestres 1977

52. 3 E 43.064 – Hazera notaire

53. « La vie municipale d’Andemos et Arès sous la Révolution, 1790/1795 ». édité par la Bibliothèque d’Andernos – Bulletin n° 6 de la Société historique – 1975.

On pourra lire aussi l’étude de Jacques Ragot : « François de Belcier guillotiné à Bor­deaux en 1794 » dans «Actes du XXXIVème congrès d’études régionales tenu à Libourne en 1982 ». Édité par la Fédération Historique du Sud-Ouest.

* N.B. : Les sommes sont exprimées en livres, sols et deniers

 

GÉNÉALOGIE DES BELCIER

LES TROIS DERNIERES GÉNÉRATIONS

 

Au cours des trois dernières générations, les Belcier portèrent tous le prénom de François. Les précisions généalogiques ci-après sont tirées des registres de catholicité des paroisses de Salles, où se trouve le château Belcier, et de Baron où se trouve le château de Crain. On a également consulté le « Wolmont » (ADG 4 J 85) conte­nant quelques précisions complétant les états civils.

I) FRANÇOIS DE BELCIER époux de Marie de Ferrachapt

Les Ferrachapt sont originaires de St-Émilion.

Leur mariage se situe vers 1694

1 – 18 octobre 1697, bapt. de François de Belcier, leur fils, à Salles

2 – 19 juin 1751, décès à Salles de Marie de Ferrachapt, 77 ans

3 – 29 novembre 1758, décès à Salles de François de Belcier, 85 ans

II) FRANÇOIS DE BELCIER, époux de Izabeau Laville

mariés à Grézillac le 25 avril 1731. Contrat de mariage du 15 jan­vier 1731 (Fournier, notaire de Bordeaux). Ce couple s’établit au château de Crain qui leur fut donné à leur mariage.

Ils eurent au moins 7 enfants tous nés à Baron (ADG GG 9 et 10), dont trois survécurent, baptisés aux dates suivantes :

1 – 19 janvier 1732 : François

2 – 25 février 1733 : Marie

3 – 05 septembre 1734 : Jean Baptiste

4 – 09 mai 1736 : Marie Catherine X Jean Annet de la Baume en 1757

5 – 31 décembre 1737 : Marguerite X François de Belhade Taudias en 1756

6 – 1739 : François

7 – 05 octobre 1745 : François

Décès : François de Belcier est décédé le 6 octobre 1769 au château Belcier à Salles (environ 70 ans)

Izabeau de Laville est décédée après 1775 (vente d’Arès)

III) FRANÇOIS DE BELCIER, époux de Marie Anne Angélique d’Abzac

mariés selon contrat du 7 avril 1758 (cf Wolmont 9 J 85)

Ils habitent le château de Belcier à Salles

1 – 29 janvier 1759 : bap. Françoise épouse Boussier-Rochépine

2 – avril 1763 : Louis François, décédé le 1-2-1851, âge de 88 ans

3 – Léonard Jean Annet

4 – 10 décembre 1765 : Anne, décédée le même jour

Le 15 janvier 1766, Dame Marie Angélique d’Abzac de Belcier est décédée, âgée de 33 ans.

François de Belcier établit son testament peu après, le 28 juin 1766 (9 J 579). Il fut décapité à Bordeaux le 22 juin 1794.

 

Extrait du Bulletin n° 50 du 4ème trimestre 1986 de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch.

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