La paroisse de Gujan avant la Révolution (1)

La paroisse de Gujan avant la Révolution

 

Avant propos

En mai 1972, M. Bézian, maire de Gujan-Mestras, reçut la lettre suivante :

« Permettez, Monsieur le maire, que je me présente. Je m’appelle Gujan. Je suis pasteur dans un village dans les mon­tagnes des Grisons, près de Davos. Par hasard, j’ai trouvé le nom de votre ville, qui est aussi mon nom, en étudiant un peu de géographie de la France… Dans notre vallée qui s’appelle « Le Prattigau », il y a beaucoup de familles qui s’appellent Gujan et personne ne sait d’où ce nom parvient… d’où sont venus les gens qui portent ce nom ? Peut-être de votre région… ? »

Que M. le pasteur Conradin Gujan soit remercié d’avoir signalé son existence. Grâce à lui, nous allons pouvoir propo­ser une explication de ce nom de Gujan dont jusque à pré­sent, nul n’avait pu donner une étymologie acceptable.

Les rives de l’estuaire de L’Eyre, qui débouchait directe­ment sur l’Océan, furent envahies 650 ans avant Jésus-Christ, par une peuplade celte, venue de Bohême, dont les Romains, quand ils entrèrent en contact avec elle, latinisèrent le nom. Ils appelèrent ces gens : les Boii et nous, aujourd’hui : les Boïens. Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, Boïos, la cité des Boii, à l’embouchure de la Leyre, fut un centre important et le siège d’un évêché.

D’autres Boïens de Bohême avaient préféré l’Italie à la Gaule. Ils avaient franchi les Alpes Juliennes et étaient des­cendus dans la vallée du Pô. Ils en avaient été chassés par les Romains 200 ans avant Jésus-Christ, avaient dû repasser la chaîne des Alpes et s’étaient installés dans la vallée de l’Ister1 où ils devaient rester environ 130 ans. Puis ils avaient gagné l’immense forêt hercynienne et s’étaient fixés dans la partie de cette forêt qui devait devenir la Bavière. Ce qui fait qu’au début de l’ère chrétienne, il y avait des Boïens au bord de L’Eyre et il y en avait tout près du pays habité par M. le pasteur Conradin Gujan.

De l’existence de patronymes « Gujan » dans une région des Alpes peuplée autrefois par les Boïens, de l’existence d’un toponyme « Gujan » sur les bords du Bassin d’Arcachon, dans une région peuplée autrefois également par les Boïens, ne peut-on déduire que « Gujan » est un mot appartenant à la langue celtique parlée par les Boïens ? Si cela est. M. Conradin Gujan, évangelik Pfarramt, à Klosters, canton des Grisons, Suisse, est un lointain cousin du Boïen « Gujan », qui donna son nom à la capitale ostréicole du Bassin d’Arcachon.

Du temps des Boïens, nous allons faire un bond par des­sus plus de dix siècles d’une Histoire confuse, au cours de laquelle on n’entend pas parler de Gujan. Les premiers documents où le nom apparaît sont les registres de comptes de l’archevêché de Bordeaux, au XIIIe siècle. La paroisse de Gujan est désignée sous le nom de « Sanctus Exupérius de Gujan ». Il y eut deux saints Exupère, tous les deux évêques, le premier de Bayeux à la fin du IVe siècle, le second de Toulouse au début du Ve siècle. Ce dernier figurait au XVIIIe siècle sur le martyrologe de l’Église, le 28 septembre, avec Translation au 14 juin2. Cet évêque, durant une grande famine, après avoir vendu ses biens personnels pour secourir les pauvres, vendit les vases sacrés d’or et d’argent « de sorte qu’il portait le corps du Christ dans un panier d’osier et son sang dans un calice de verre »2. Il est vraisemblable pour des raisons géographiques que ce fut cet Exupère qui fut le premier patron de Gujan3. La paroisse passera ensuite sous le vocable de Saint-Maurice, mais sur les registres des baptêmes et sépultures, des années 1666 à 1675, Saint-Exupère alterne avec Saint-Maurice.

La paroisse avant la Révolution n’était pas que la plus petite division territoriale ecclésiastique, elle était aussi la plus petite division territoriale administrative. On ne s’étonnera donc pas sous le titre « La Paroisse de Gujan avant la Révolution » :

– de voir énumérer « les grandes dates de l’Histoire de Gujan » en troisième partie ;

– de voir traiter de « la vie éconmique et sociale » en deuxième partie ;

– « La vie religieuse » ayant été réservée à la première partie.

1. Nom ancien du Danube.

2. Dictionnaire Historique de Moreri, prêtre et docteur en théologie (1777).

3. Il y eut un Exupère, évêque de Boïos. La plaque tombale de cet évêque a été retrouvée à Andernos. Camille Jullian cite égale­ment un vase d’argent découvert, en 1736, dans le comté de Derby, en Grande-Bretagne, sur lequel était gravé : « Exupérius episcopus ecclesiae Bogiensi dedit ».

 

La vie religieuse

 

LA DÎME

Sous l’Ancien Régime, l’État laissait à l’Église, non seu­lement la charge de l’entretien du clergé, mais aussi la charge des services sociaux et de l’enseignement .

Pour cette raison, l’Église était autorisée à percevoir un impôt appelé : la dîme, et pour permettre à ses hôpitaux et collèges d’avoir les fonds nécessaires à leur fonctionnement, rattachait à ces hôpitaux et collèges une ou plusieurs paroisses. L’hôpital, ou le collège, était le curé, nominal ou primitif ; il avait le droit de percevoir la dîme, à charge d’en­tretenir sur place un vicaire remplissant les fonctions de curé.

La paroisse de Gujan fut une de ces paroisses. Elle fut d’abord rattachée à l’hôpital Saint-James de Bordeaux qui secourait les pèlerins de Compostelle. C’est durant cette période que le captal Jean III de Grailly, le grand homme de guerre, dans son testament signé le 6 mars 1368, légua à l’église de Gujan, 100 écus d’or pour que « des dits cent écus soient achetées des rentes à consacrer à l’achat d’une lampe, qui, perpétuellement et nuit et jour, brûlera devant le grand autel ».

Au XVIe siècle, l’archevêque Prévôt de Sansac fait venir les Jésuites à Bordeaux pour combattre l’influence du protes­tantisme. En 1572, il leur confie le collège de la Madeleine qu’il vient de créer et rattache alors à ce collège la paroisse de Gujan1. Le collège est le curé primitif et le service parois­sial est assuré par un vicaire. Mais les vicaires ne bénéfi­cient pas de l’inamovibilité des curés, ce qui les met dans une position de dépendance et d’insécurité fâcheuse quand ils font fonction de curé. C’est pourquoi, en 1645, la paroisse de Gujan sera érigée en vicairerie perpétuelle (A. D. G.651). Ce qui veut dire que le vicaire, dit perpétuel, bénéficiera de l’inamo­vibilité d’un curé. Du reste, le vicaire perpétuel presque tou­jours est appelé curé.

La dîme de la paroisse ne revient pas en totalité aux Jésuites de la Madeleine. Ils doivent, par exemple, partager la dîme sur les « abeilhes » (ruchers) avec le prieuré de Notre- Dame des Monts de La Teste. Cette Vierge de Notre-Dame des Monts était fort vénérée et, deux fois l’an, la paroisse de Gujan se rendait en procession à sa chapelle par le chemin qui s’appelle encore aujourd’hui : de la Procession, nom qu’il gardera, espérons-le.

La dîme n’était pas un impôt exactement du dixième. En 1757, elle était de onze pour les « bleds », de seize pour le vin, de onze pour le millet et pour le miel. Les Jésuites ne la percevaient pas eux-mêmes, mais l’affermaient. Toujours en 1757, elle était affermée 2 220 livres. Là-dessus, les Jésuites donnaient 800 livres au curé et 150 à son vicaire. Il leur restait 1 270 livres. (AD. C.3052).

Les revenus du curé avaient augmenté en 1757. En effet, les revenus du curé Jacques Dubourck (?) n’étaient en 1723 que de 360 livres dont 60 livres de casuel, mais toutes les charges étaient aux Jésuites qui les acquittaient au moyen des « novales »2.

Le 25 juin 1762, un nouveau règlement intervint entre le vicaire perpétuel et les Jésuites. Le père Feussal, prêtre syndic du collège de la Madeleine, s’engagea à donner au vicaire perpétuel : 500 livres sur les « nova.es », 300 livres sur la dîme (portion congrue) et 150 livres pour son vicaire, au total 950 livres. Cet accord fut entériné par un arrêt du Parlement le 8 juillet 1762. Les fermiers des Jésuites devraient payer le vicaire perpétuel sur ces bases à compter du premier juillet. Las ! les fermiers ne s’exécutent pas. Le curé Danahy, qui s’est endetté pour vivre, meurt sur ces entrefaites. Ses créan­ciers se retournent vers son frère, qui est curé de Biganos, et qui n’a pas d’argent : « Si votre charité n’emploie quelques moyens pour me faire toucher cette somme, écrit le pauvre frère à l’archevêché, à la fin de 1763, je me trouve à la der­nière mendicité… » (AD. G844).

Le fermier de la dîme avait aussi la charge d’aller à Bor­deaux, chaque année, avec des chevaux, chercher, pour les fêtes de Noël et de Pâques, deux pères qui venaient aider le vicaire perpétuel à prêcher et à confesser. Il devait pour­voir à leur nourriture pendant toute la durée de leur séjour et les rembourser de leurs frais.

Le 9 avril 1718, le fermier, qui est Dehillote, écrit au frère syndic : « Mon très honoré frère, — Celle que j’ai l’honneur de vous écrire n’est que pour prendre la liberté de vous demander si vous êtes dans te dessein d’envoyer quelqu’un de vos pères dans votre paroisse de Gujean (sic) dans ces testes de Pâques prochaines. Comme tout le monde veut les rece­voir avec plaisir, marquez moi, s’il vous plaît, où ils doivent loger, si le cas est qu’ils veuillent venir, pour qu’on fasse le mieux qu’on pourra à marquer le respect et la considération qu’on a pour eux.

« Très surpris de ne pas en avoir eu à Noël, les Gujanais menacent de ne pas payer ta dime s’ils manquent de venir à Pâques.

« Votre très humble et très obéissant serviteur, Dehillotte, fermier. »3

Au XVIIIe siècle, les Jésuites qui constituaient la force principale de l’Église Romaine, étaient détestée en France par tous les ennemis de Rome : Jansénistes, Gallicans et philo­sophes. Tous ensemble, ils arrivèrent à faire ordonner la dis­solution de la Compagnie de Jésus par le Parlement. Après beaucoup d’hésitations, le roi Louis XV promulgua un édit dans le même sens, en 1764.

Les biens des Jésuites furent adjugés le 15 mai 1765, pour 9 ans, à Louis-Pierre Sébastien Maréchal de Sainsey, demeurant rue des Fossés Montmartre, paroisse Ste-Eulalie, à Paris, proposé par arrêt du Conseil d’État du 7 juin 1761, pour faire seul la régie, recette et administration.

A l’article 5 du cahier des charges étaient énumérés tous les fruits décimaux que les cy-devant Jésuites étaient en droit de percevoir annuellement sur la paroisse de Gujan, et sur un quartier de celle du Teich — quartier délimité par une Transaction du 25 novembre 1639 — à cause du prieuré de Saint-James, uni au collège de la Madeleine.

Ces droits décimaux consistaient « en blé, froment, seigle, méture, millet, panis, légumage, vin écouté et pressé, résine térébenthine et gemme de pin dont les terres étaient cy-devant en terres labourables, ainsi que celles des prés dont les foins font partie du présent bail, agneaux, chevraux, cochons, mou ches à miel, avec la ruche, et généralement toutes autres choses quelconques sujettes au dit droit de dixme, suivant l’usage et coutume du dit lieu ».

L’adjudicataire avait la charge d’acquitter « outre et par­dessus le prix de ferme », les quartières dues à Mgr l’arche­vêque de Bordeaux pour raison de la cure de Gujan, qui con­sistaient « en douze boisseaux de millet à la mesure de Buch » (B.M.A. Fonds Rebsomen).

 

CHRONIQUE DE 1615 A 1790

– En 1615, Amanieu Daney offre à l’église une statue du nouveau saint patron. C’est la statue placée, aujourd’hui, à l’extérieur contre le mur du presbytère. Saint Maurice, chef de cette Légion thébaine qui préféra mourir toute entière plu­tôt que de participer à un sacrifice païen, entre 275 et 305, est habillé comme un officier du temps de Henri IV. Le donateur est probablement le père de cet autre Amanieu Daney, maître de barque, cité dans l’arrêt du Conseil du Roi du 28 janvier 1742, qui, en 1682, refusera de payer au captal le fameux droit de capte, consistant « au premier poisson après le plus beau » que chaque chaloupe, retour de « peougue » devait abandon­ner au captal, et qui sera assigné pour cela par le captal François de Foix-Candale, devant le Sénéchal de Guyenne, le 14 juillet 1682.

– Le 2 octobre 1618, Richard et Giron de Vidau, père et fils, auxquels on devait déjà « la croix, la tour, la vitre de la sacristie et l’achat d’une lampe pour l’autel de Messire Jean Daicard, notaire royal », prirent la charge d’œuvriers de l’église. Ils firent, pendant leur mandat d’un an, exécuter diverses réparations dont le détail figure dans les comptes qu’ils remirent, le 12 octobre 1619, à leur successeur. Ces faits sont rappelés sur une plaque de marbre noir toujours encastrée dans le mur, au-dessus du bénitier.

– Le 27 septembre 1623, des actes sacrilèges sont com­mis dans l’église : « on a despollié le tabernacle, on a abismé tous les autels, on a saisit la croix… ». Celle-ci n’est pas rendue et le 6 octobre, on doit porter un mort en terre sans croix. Tout cela s’est passé pendant la mort du sieur Guiraule. Ces faits sont rapportés à l’archevêque par le curé du « Theyx » qui déclare les tenir du fabriqueur Vidau, passant par sa paroisse : « Je vous en advertis d’y remédier, ajoute le curé du Teich, et pour y bien remédier, il faudra un mandeman et faire appeler le vicaire Giron… » Il date sa lettre du 10 octobre. (AD. G.538, feuillet 119).

– Le 8 octobre 1626, Michel Abot, curé de Parentis, archiprêtre de Buch et de Born, procède à une inspection canonique à Gujan en tant que vicaire forain, sur commission de l’archevêque. Il trouve l’église en bon état et « n’y avoir rien à redire que de refaire les vitres et aggrandir deux fenêtres de chaque côté de l’entrée pour rendre icelle plus claire ». Jehan de Gaffet lui rend les comptes de la fabrique : la recette s’élève à 1.614 livres 7 sols 11 deniers et la dépense à 352 livres 17 sols 11 deniers (AD. G.635).

– C’est en 1636 que fut bâti le clocher. Gérard Mesteyreau était fabriqueur et pour que l’on se souvienne de cette date, il la fit graver sur une pierre enchâssée au centre du tympan brisé, qui surmonte la porte du clocher ouvrant sur les fonts baptismaux, où l’on peut encore la lire.

– Pourquoi en 1660, le curé de Gujan eut-il besoin d’un certificat de bonne vie et mœurs, nous ne le saurons sans doute jamais, mais le certificat est aux Archives Départementales (H. Jésuites – Collège 120). Il est signé par de Fontebride, juge de La Teste-de-Buch, qui se désigne comme officier du très haut et puissant prince Mgr le duc d’Épernon, pair et colonel de France, gouverneur et lieutenant général pour le roi en la province de Guienne, chevalier des ordres de Sa Majesté et de la Jarretière, prince et captal de Buch, sire de Lesparre. comte de Foix, d’Astarac, de Benauge, de Montfort et l’Amaury, seigneur de Puy Paulin de Bordeaux. Il est signé aussi par trente-cinq justiciables de Son Altesse en la principauté de Buch dont les biens connus Gujanais : Daycard, Daisson, Daussy, Desgons… et autres.

Le juge et les trente-cinq justiciables certifient que le sieur de la Garrigue, prêtre et vicaire perpétuel de la paroisse de Gujan, « a toujours vescu en bonne odeur et réputation d’homme de bien, mené une vie exemplaire, vertueuse et pleine d’édification pour le public et donné des marques de zelle et dévotion au service de Dieu et de l’Église…

« En foi de quoi, nous avons signé ces présentes et apposé le sceau et armes de Son Altesse pour plus grand tesmoignage de cette vérité.

« À La Teste, le 1. May 1660. »

– 1685. Construction d’un presbytère. Il n’y avait pas, à Gujan, de maison presbytérale pour loger le vicaire perpé­tuel toute l’année et les Pères Jésuites quand ils y venaient. Suivant le syndic des Jésuites, le lieu était malsain et les pères y tombaient souvent malades. Une sentence en date du 22 mai 1680 fit obligation aux habitants de construire une maison presbytérale, en s’imposant d’une somme de 800 livres, payable en quatre annuités. L’exécution de cette sentence exigeait un arrêt du Conseil du Roi. Sur rapport du sieur Colbert. Contrôleur général des Finances, le roi Louis XIV, le 6 mai 1681, à Versailles, signa l’arrêt autorisant la taxation des habitants de Gujan pour la construction d’un presbytère.
(A.D. Jésuites 221)

L’habitation comporterait quatre pièces de 16 pieds de long sur 13 de large, séparées par un couloir de 6 pieds de largeur. Les murailles auraient 2 pieds d’épaisseur dans les fondations et 1 pied et demi au-dessus, les cloisons 1 pied 3 pouces. Il y aurait quatre cheminées. Les marchés furent passés, le 25 avril 1685, avec Jean Reynaud, maçon, demeurant à Meyran, et, le 27 du même mois, avec Guillaume Daubin, charpentier de haute futaie, demeurant à Mestras.

– 1696. Les paroissiens de Gujan ne sont pas satisfaits de leur curé qui tient à leur sujet « un langage de calomnies atroces ». Le 12 janvier, ils écrivent au Révérend Père, supé­rieur des Jésuites de Bordeaux, qu’ils sont dans l’obligation « indispensable » de représenter à Sa Révérence la conduite de leur vicaire perpétuel : « Dimanche dernier, il a déclaré à la messe à toute la paroisse qu’il n’irait administrer les sacre­ments que le soleil levé et avant le soleil couché, sous pré­texte qu’on l’assassinerait. On n’a jamais, à Gujan, commis de violences sur un ecclésiastique. Si la méchante langue au Monsieur votre vicaire lui a créé l’animosité de quelque parti­culier, la paroisse ne doit pas en souffrir. Lundi dernier, prié d’aller confesser une fille à Mestras, il n’y fut que le lende­main ».

Les paroissiens faisaient remarquer que la paroisse comp­tait 800 communiants4 et que, par conséquent, il serait bon d’adjoindre au vicaire perpétuel un vicaire « amovible ». Ils espéraient que cette grâce leur serait accordée « puisqu’il s’agit du salut des âmes ». Ils terminaient par une dernière pointe contre leur curé : « il n’esf point nécessaire de parler à Vos Révérences de Monsieur votre vicaire pour le faire connaître. Il est assez connu dans le diocèse. » La lettre était signée par : de Castaing, Daney, Daisson, Delaville, Daussy, de Mesteyreau, de Mesplède, Bellangé, Daycard, Dutruch, de Gourgues, Daisson-Capeillan (5), Relion, de Castaing dit « Petit-Homme », Daisson dit Marc. (AD. H.Jésuites, Collège 121).

– Le jeudi 3 mai 1731, venant de La Teste, Mgr de Maniban, archevêque de Bordeaux, en tournée pastorale, arrive à Gujan à 10 heures. Il visite la paroisse, loge et prend ses repas chez le curé. Les Jésuites de Bordeaux étant le curé primitif de Gujan, plusieurs d’entre eux s’y étaient rendus pour le saluer au passage. L’archevêque quitta Gujan le vendredi 4 mai, à 1 heure de l’après-midi, après avoir déjeuné. Il voya­geait en litière avec M. de Basterot, son vicaire général ; M. Ferbas, son procureur, et M. Castres, son secrétaire, sui­vaient à cheval, accompagnés de huit domestiques. (AD. G.588).

– Le 16 mai 1756, Mgr Audibert de Lussan étant arche­vêque de Bordeaux, Jean O’Brien, évêque de Cloyne et Ross, en Irlande, confirme, à Saint-Maurice, 733 garçons et filles dont 500 de la paroisse, les autres étant de La Teste et du Teich (AD. E. Supplément 1466 et 1449).

– De 1769 à 1771, on procède à des réparations dans l’église. Le plancher du clocher et de la tribune sont refaits à neuf, ainsi que l’escalier, à neuf également la charpente, les lambris du sanctuaire et de la sacristie. Le plafond est repeint. Une retouche est donnée aux tableaux du grand autel et àceux de l’autel de Saint Michel. On repave entièrement l’église et on construit les fonts baptismaux. (AD. E Supplément 1468)

– Le 21 juin 1773, Demoiselle Baleste Jolicœur, de La Teste, lègue une somme de 1 900 livres aux prêtres de la Con­grégation de la Mission. La Congrégation, au moins tous les dix ans, devra venir prêcher une mission a La Teste, ou à Gujan, Mios, Audenge. (AD. E 1453).

La même année, un « certificat de pauvreté » fut accordé à Pierre Daney et Marie Daisson, le 28 avril, et à Pierre Peyjehan et Marie-Adélaïde Baleste Marichon, le 4 mai, pour obte­nir une « dispense de parenté » en cour de Rome (6)

– Le 14 décembre 1774, le curé Guillaume Buttet, en procès avec les Pères depuis 1768, donne sa démission.

L’archevêque nomme Pierre Burke, prêtre du diocèse de Clonfertensis, en Irlande. Ce prêtre décède le 12 juillet 1776, il est remplacé par Jean Vignes, du diocèse de Limoges.

De 1748 à 1750, Gujan avait déjà eu un prêtre irlandais qui s’appelait « Mac Mahon ». (AD. G.3112)7.

– 1776. Revenus de l’Église pour l’année :

  • Quêtes : février 40 livres – Mars 18 livres 10 sols
  • 14 mars : vente d’une chemise dans le bourg, 2 livres 14 sols
  • Quêtes : avril 66 livres 10 sols – mai 102 livres 15 sols
  • 12 mai : vente d’un agneau, 3 livres 5 sols
  • Juin : quêtes 38 livres 3 sols – Vente de 3 toisons, 3 livres
  • Quêtes : juillet 24 livres – août 50 livres 15 sols – septembre 102 livres 10 sols
  • 7 septembre : reçu de Villetorte, du Teich, 4 livres pour la vente d’une vieille brebis de son troupeau, appartenant à l’église de Gujan.
  • 2 octobre : reçu du nommé Marache, de Biganos, pour deux toisons provenant de deux têtes de brebis appartenant à l’église de Gujan, 1 livre 16 sols.
  • Reçu de Marie Castaing Bachelon, 3 livres, pour l’agrière d’une petite pièce de terre que feu Isabeau Deycard a laissée pour l’église, distraction faite de 16 sols, remis à M. le curé pour une messe basse ; restent 2 livres 4 sols.
  • Quêtes : octobre 47 livres 10 sols – novembre 42 livres.
  • En décembre, reçu des héritiers de M. Burke, curé de Gujan, 56 livres 10 sols, tant pour la moitié de l’affermage du pré de l’église que pour les dégradations faites à la cure. (B.M.A. Fonds Rebsomen)

– 1778. Dans une lettre du 9 avril, le curé Vignes se plaint de paroissiens « antiprêtres », de marchands de pois­sons regrattiers8. Un de ses paroissiens a été condamné aux galères. Malgré cela, « tout va son train dans ma paroisse et, sans me flatter, ils n’ont jamais été mieux instruits ». (A.D.. G.659).

-Le 9 juin 1780, le même curé Vignes obtient un « exeat » (autorisation de sortie du Diocèse) de six mois, pour aller prendre les eaux à Céransac. Il avait déjà eu un « exeat » de deux mois le 29 août 1776.

1782. — Une histoire de loup-garou :

Jeanne Lacoué, veuve Lestage, habitant Audenge est citée devant le juge de Certes, pour injures, par André Sage et Marie Daney, sa femme. Pour se défendre, Jeanne Lacoué accuse la femme de Sage d’être une sorcière et Sage lui-même, un loup-garou.

L’été dernier, le sacristain de Gujan ayant vu dans le cimetière de cette paroisse un âne avec un quidam dessus, aurait appelé le curé. Celui-ci ayant mis son étole sur l’âne, celui-ci se serait trouvé métamorphosé instantanément « en le dit Sage ». (Archives du Baillage de Certes)

– Le 24 juin 1783, Mgr de Cicé, archevêque de Bor­deaux, confirme 800 personnes dans l’église de Gujan. (A.D., E Supplément 1458)

– Le 13 juin 1784, Marguerite Deycard est élue sage-femme par les femmes de la paroisse et prête serment devant le curé. (A.D. E Supplément 1458)

– Le 26 septembre 1787, un « Bis in die » (deux fois en un jour) est accordé au curé Garros, pour lui permettre d’aller dire une messe au Teich, qui sera la seconde de sa journée.

Une permission de quêter pendant deux mois sur toute l’étendue de l’archiprêté est accordée, le 5 décembre 1787, à Pierre Bosmorin, de Gujan, et le 72 décembre 1788 à Antoine Daisson, de Gujan. Une pareille faveur avait été accordée, en 1778, aux habitants de Salles qui avaient perdu 600 moutons dans l’incendie d’une bergerie. (A.D., G.565)

-Le 25 octobre 1790, on baptise à Saint-Maurice, Pierre, fils de Cameleyre, colonel des troupes patriotiques du Régi­ment de Gujan.

L’Ancien Régime est mort et nous sommes à l’aube de temps nouveaux.

 

COMMENT SE DRESSAIT UN « ACTE DE NOTORIÉTÉ » DE CONCUBINAGE ET LES ENNUIS QUI POUVAIENT S’EN SUIVRE POUR LE CURÉ

Jean de Fabas, chirurgien à Gujan, avait épousé Jeanne de Castera, de Sanguinet. Jean de Relion, qui avait été notaire royal à Gujan, était l’ami du ménage, le parrain des enfants et… l’amant de Jeanne, cela depuis des années, au vu et au su du mari et de toute la paroisse, et malgré « les exhorta­tions et admonitions » du curé Humier.

En octobre 1686, le mari trompé finit par déposer dans les mains du curé de la paroisse une plainte contre sa femme pour adultère commis par celle-ci avec Jean de Relion, l’obligeant à engager la procédure prévue par les ordonnances épiscopales : Un acte de notoriété du concubinage devait être établi et envoyé à l’archevêché. Les concubinaires seraient convoqués en congrégation à Bordeaux pour s’entendre signi­fier qu’ils tombaient sous le coup de l’excommunication en ne se séparant pas. S’ils ne tenaient pas compte de cet avertissement, ils étaient excommuniés.

L’acte de notoriété fut établi le 12 novembre 1686.

Devant M. de Filhot, archiprêtre de Buch et de Born, curé de La Teste et vicaire forain, assisté de François Ferret, for­geron et fabriqueur de l’église Saint-Maurice, de Pierre de Mauvinglane, maître d’école à Gujan depuis vingt-deux ans, de Pierre et Jean de Castaing, de Jean de Lafon, de François Gourgues, de Jean de Tarride dit de Sore, de Guiraud du Bequet, le curé Humier fit comparaître un certain nombre de ses paroissiens.

Une dame Castéra, proche parente de Jeanne, déclara avoir trouvé ensemble celle-ci et Jean de Relion dans la mai­son de ce dernier, trois ou quatre fois, et leur avoir reproché leur inconduite.

Marie Peygraue, mariée et âgée comme les autres com­parants de 25 à 30 ans, avait vu Jean de Relion rejoindre Jeanne à des heures indues.

François Demesple les avaient vus également ensemble à des heures indues et seuls dans la maison.

Jeanne de Monadey savait qu’ils se fréquentaient depuis déjà longtemps et ne pouvaient admettre l’exemple scanda­leux qu’ils donnaient à la paroisse.

Antoine Daisson, âgé de 21 ans, avec trois ou quatre compagnons de cabaret, avait raccompagné un soir, environ minuit, Jean de Fabas chez lui, et lui et ses compagnons avaient vu se sauver par une fenêtre, Jean de Relion, que le tapage mené par les joyeux ivrognes avait alerté.

Marguerite Lacoste avait reçu « souventes fois de la plainte » sur son infortune, de Jean de Fabas lui-même.

Jean Labassa, tailleur d’habits, en septembre dernier, avait eu la visite de « bon grand matin » de Jean de Fabas qui lui avait dit que sa femme venait de passer la nuit avec Jean de Relion et qu’il allait supplier M. le curé Humier, « comme un bon pasteur, de mettre ordre afin de faire cesser un si grand scandale ».

Claire de Castaing, âgée de 16 à 17 ans, était servante chez Jean de Relion. « Elle avait vu que le dit avait couché plusieurs fois avec la dite ». Quand Jeanne de Castéra venait chez Jean de Relion, « pour exécuter leurs mauvais desseins », on lui donnait congé pour aller se promener.

Ces dépositions entendues, le curé Humier demanda aux présents de jurer qu’ils lui diraient exactement ce qu’ils pen­saient et, le serment prêté, il leur posa la question :

Jean de Relion et Jeanne de Castera vivent-ils « concubinairement et volontairement ensemble, habitant tantôt le dit Jean dans ta maison des Castera, tantôt la dite Jeanne dans la maison de Jean de Relion » ?

On lui répondit que c’était « manifeste à tout le monde » et que « la voix commune de toute la paroisse ne le peut nier comme évident ». L’archiprêtre de Filhot, le curé Humier, Mauvinglane, Castaing et Daisson signèrent seuls le procès-verbal, les autres ne sachant pas.

Aussitôt les signatures apposées, Messires de Filhot et Humier, accompagnés des précédents, allèrent représenter à Jean de Relion et à Jeanne de Castera le péché qu’ils com­mettaient et les exhortèrent à se séparer. Ce à quoi ni l’un, ni l’autre, ne répondit rien.

C’est après s’être acquitté de ce pénible devoir que les ennuis du curé Humier commencèrent.

Jean de Fabas, en effet, soit menacé par les amants, soit parce qu’il aimait vraiment sa femme et qu’il préférait tout à une séparation, opéra un retournement complet.

Il envoya une supplique à l’archevêque Louis d’Anglure de Bourlemont, où il exposait que depuis dix ans sa femme et lui vivaient « en paix et bonne concorde avec approbation de la majeure partie des paroissiens ». Il se plaignait d’avoir été calomnié par Messire Jean Humier dont il contestait la façon d’exercer son ministère et demandait qu’il soit enjoint à ce prêtre de « déclarer publiquement qu’il s’est trompé contre les dits suppliants… qu’il les croit et tient pour gens de bien ». La supplique était signée par Jean de Fabas et par sa femme.

Le 18 décembre 1686, l’archevêque ordonna que le curé Humier vienne s’expliquer à Bordeaux, à la prochaine congré­gation. La décision de l’archevêque fut notifiée au curé de Gujan par M. Sanguina, curé de Lamothe, le 7 janvier 1687.

Très ennuyé, Messire Humier rendit compte à ses supé­rieurs, les Jésuites de Bordeaux, qui lui conseillèrent de s’en remettre à un procureur.

Le 13 janvier, M. Humier écrivit au procureur de Guienne, à Bordeaux :

« Je vous envoie celle-ci pour vous prier de vous occuper pour moi dans une affaire qui m’a esté mal à propos suscitée à la congrégation de Mgr l’archevêque par Jean de Fabas et Jeanne de Castera.

« Je n’ai jamais songé, comme ils se plaignent, à les diffa­mer et scandaliser. Il est vrai que j’ai fait diverses admonitions charitables, en particulier à cette femme, comme mon ministère m’y obligeait. Voyant qu’elle continuait sa vie plus scan­daleusement qu’elle avait fait, j’ai été obligé, à la sollicitation de tous les paroissiens, de lui faire un acte de notoriété.

« Je suis fort surpris que le dit Fabas, qui est son mari, soutienne dans la requête qu’ils ont toujours bien vécu en­semble, au préjudice d’une déclaration qu’il m’a signée de sa main vers la fin d’octobre, en présence de témoins, par laquelle il consent que sa femme soit mise dans la manéfacture de votre ville ou dans quelque autre lieu pour y faire pénitence.

« Pour ce qui est du reste, contenu dans leur requête, il ne faut que scavoir de tous mes paroissiens sy ce qu’ils avancent est véritable. Je vous envoie les pièces pour deffendre… »

Sur cette affaire, vint s’en greffer une autre.

Guiraud Bedin, résinier, « Dieu lui ayant donné de légitime mariage, une fille, née de Jeanne de Gayet, sa femme », le 20 janvier, avait choisi comme parrain Jean de Relion et comme marraine Claire de Taris. Le père, la sage-femme, qui avait assisté à l’accouchement, le parrain et la marraine se présentèrent avec l’enfant au curé Humier qui refusa d’admi­nistrer le Sacrement, mais conseilla au père d’aller voir à La Teste, M. le curé de Filhot, vicaire forain. Guiraud Bedin se rendit à La Teste et raconta l’affaire au vicaire forain. Celui-ci rédigea une lettre pour le curé de Gujan qu’il remit à Guiraud Bedin assurant celui-ci que si M. Humier persistait a refuser de baptiser, ce serait lui qui administrerait le Sacrement.

La curé Humier lut la lettre apportée par Guiraud Bedin, mais déclara que cela ne changeait rien à l’affaire et qu’il ne baptiserait pas.

Fort de la promesse de M. de Filhot, Guiraud Bedin reprit le chemin de La Teste (9), cette fois avec l’enfant, le parrain et la marraine. Revenant sur ce qu’il avait dit, M. de Filhot affirma ne pouvoir baptiser. C’en était trop pour Guiraud Bedin ; le pauvre homme excédé, considérant ce refus comme « surprenant à la religion catholique et un abus sans exem­ple », alla trouver le notaire Peyjehan, lui exposa les faits, lui demanda de les consigner par écrit, ainsi que sa décision de se plaindre à l’archevêque, et d’aller notifier le tout au dit sieur Humier « aux fins qu’il ne l’ignore ».

La déposition de Guiraud Bedin faite devant Jean Loizeau, tailleur de pierres, et Joseph Labassa, tailleur d’habits, « tesmoingts à ce requis », fut communiquée le jour même, 23 janvier 1687, au curé Humier qui répondit qu’il ne refusait pas de baptiser, qu’il était même allé la veille chez Guiraud Bedin, avec « sept ou huit des principaux habitants de Gujan » pour lui demander d’apporter son enfant à l’église, « mais qu’il se trouvait engagé par un principe de conscience de lui faire prendre un autre parrain pour son enfant que le sieur Relion, à cause d’un acte de notoriété qu’il lui a fait pour la mauvaise vie qu’il menait dans la paroisse ».

Dans une lettre, vraisemblablement postérieure à cette affaire de refus de baptême, adressée au R. P. Basseterre, de la Compagnie de Jésus, M. Humier écrivait : « Je continue à vous importuner pour l’affaire de Relion, parce qu’on m’a assuré qu’il estoit allé à Bordeaux. Je vous prie humblement d’avoir la bonté de voir ce qu’il y a à faire… » (A.D., H. Jésuites Collège 120)

Nous n’en savons pas plus, sauf que finalement Jeanne de Castera « fut enlevée de Gujan et portée à Bordeaux pour être mise dans un lieu de pénitence, car elle menait depuis sept ou huit ans une vie scandaleuse avec un notaire de Gujan. » (A.D., Fonds des Jésuites. Carton 92)

 

INSPECTION CANONIQUE DE M. DE FILHOT

Accompagné de Pierre Audat, curé de Biganos, qui lui servit de greffier, M. de Filhot, curé de La Teste et vicaire forain, effectua, le 14 octobre 1691, une visite canonique dans la paroisse de Gujan.

Les deux prêtres, « revestus de leur surplis et étole », se présentèrent à la porte du cimetière où les attendait Messire Jean Combie, curé de Gujan, pour les conduire à l’église. Les trois prêtres se mirent à genoux devant le grand autel et ado­rèrent le Saint Sacrement. M. de Filhot, qui devait officier, fit sa préparation à la Sainte Messe, puis alla revêtir les vêtements liturgiques à la sacristie. Il célébra la grand’messe en présence de tous les paroissiens et, après l’Evangile, donna lecture au peuple de sa Commission et indiqua dans quel but l’archevêque lui avait commandé de visiter Gujan.

L’inspection commença après la messe. M. de Filhot remarqua que le pavé était décarrelé à plusieurs endroits par la faute de ceux qui ont droit de sépulture et qui ne prennent pas soin de tout remettre en état après une inhumation, ce qui fait que l’église est carrelée d’une manière « raboteuse ».

De tempérament fouineur, M. de Filhot fit découvrir le grand autel. Il constata que la table d’autel n’était soutenue que « par deux piquets volants » et que le dessous de l’autel « servait de décharge et qu’il y avait beaucoup d’immondices ».

Il ne trouva rien à redire à la « veyrine » pratiquée dans le mur de l’église, derrière l’autel de Saint Michel, puisqu’elle avait été autorisée par le cardinal de Sourdis et par Mgr de Béthune, « d’heureuse mémoire », lors de leurs visites. Cette veyrine attirait « un grand nombre de peuple »10.

La couverture de l’église était en mauvais état. Il pleuvait dans l’église, les orages passés ayant enlevé des tuiles.

L’église avait comme revenu celui d’une petite échoppe proche du cimetière dont la location ne rapportait que 25 sols par an. Les habitants voulaient la démolir, si Mon­seigneur le permettait, parce qu’elle, « ôtait la vue de l’église de Gujan ». L’église possédait en outre 10 à 12 têtes de brebis dans le troupeau de Guiraud Daussy.

M. de Filhot ayant demandé « s’il y avait des personnes scandaleuses et ne satisfaisant pas à ta communion pascale » le curé Combie lui répondit que « tous ses paroissiens étaient moralement bien, qu’il n’y avait personne n’ayant pas satisfait à la confession et communion pascales ». (A.D. G.651)

 

CONFLIT ENTRE LES JÉSUITES ET LE VICAIRE PERPÉTUEL EN 1716

Le conflit naquit de la volonté marquée par l’abbé Rocques vicaire perpétuel, de s’ingérer dans l’affermage de la dîme. Ce sont les Jésuites qui l’affirment, mais la chose est fort vraisemblable étant donné la personnalité de l’abbé Roques dont son supérieur disait, quand il était curé de Lanton, en 1707 : « Personnes des confrères de notre District ne m’a donné, en tant que vicaire forain, autant d’exercice que lui (le curé d’Audenge) et le curé de Lanton (l’abbé Roques), dont la mésentente continuelle scandalise les1 deux paroisses » (A.D. G.659)

Comme l’adjudication de la ferme de la dîme se faisait en public, devant la porte de l’église, pour éviter des incidents le père syndic des Jésuites s’abstint, en 1716, de venir à Gujan et passa le marché à Bordeaux.

N’ayant pu « se rendre maitre de la ferme de la dime par personne empruntée », le sieur Roques laissa « éclater son chagrin contre les Jésuites » en provoquant une Assemblée capitulaire des habitants au cours de laquelle ils élirent un syndic chargé d’engager une procédure devant le Parlement de Bordeaux pour contraindre les Jésuites à adjoindre un vicaire « amovible » à leur vicaire perpétuel. En somme, l’abbé Roques cherchait à créer des difficultés aux Jésuites en leur imposant une charge financière supplémentaire.

Les arguments avancés par le syndic des habitants étaient les suivants :

1° Le nombre des communiants dépassait le chiffre prévu pour un service paroissial assuré par un seul prêtre ;

2° Les habitants, étant presque tous gens de mer, étaient liés par leur travail aux heures des marées et, de ce fait, ne pouvaient assister à des offices célébrés à des heures fixes. Il fallait, à Gujan, deux séries d’offices, une pour les gens de mer, l’autre pour le reste de la population ;

3° « Insuffisance » de l’actuel vicaire perpétuel, argument feu flatteur pour M. Roques, mais avancé quand même.

Les Jésuites répliquaient :

1° La paroisse est facile a desservir, le pays est « uni » et « toujours sec » (!). L’église et la maison presbytérale se trouvent au centre de la paroisse où, en dehors du bourg et des hameaux, il n’y a pas une seule habitation. D’autre part, à Noël et à Pâques, deux pères jésuites viennent seconder le vicaire perpétuel ;

2° Si l’on retenait l’argument de la profession exercée par la plupart des habitants, il faudrait mettre deux prêtres dans chaque paroisse des bords du Bassin, « car l’impératif de la marée est le même quel que soit le nombre d’habitants » ;

3° M. Roques, en laissant mettre en avant sa propre insuffisance, a démontré que son goût du « repos », ou bien le plaisir qu’il éprouvait « à faire de la peine aux Jésuites », comptaient plus pour lui que sa renommée.

Son prédécesseur immédiat, M. Ducasse, était d’une santé « assez infirme ». M. Mondelet avait 65 ans. Pourquoi M. Roques n’arriverait-il pas à desservir la paroisse comme l’ont fait MM. Cazajoux, Combie, Humier, Maulinier et tant d’autres.

En fait, M. Roques a « trop de loisirs ». Il s’est plaint que cinq ou six personnes particulièrement dévotes, venaient se confesser régulièrement tous les dimanches. Est-ce tellement « accablant » d’entendre cinq ou six confessions ?

M. Roques, avant d’être prêtre, a travaillé chez des hommes de loi. Il a servi dans l’armée. Il a aussi été marié. « Les sollicitudes du mariage ont-elles, à 40 ans, épuisé ses forces ? » (sic). Il a pourtant « un embonpoint qui fait envie » (sic).

Les Jésuites concluaient que les habitants de Gujan étaient mal fondés de demander un vicaire « amovible » en plus du vicaire perpétuel. Depuis sa fondation, la paroisse de Gujan n’a jamais eu qu’un seul prêtre et elle n’a jamais été aussi bien desservie que depuis qu’elle est unie aux Jésuites, dont deux viennent régulièrement à Noël et a Pâques, et qui, en cas de nécessité, viendraient la desservir eux-mêmes.

Les Révérends Pères Jésuites demandaient donc que le syndic des habitants soit débouté avec dépens… et le vicaire perpétuel de Gujan n’eut pas de vicaire « amovible ». (A.D., H. Jésuites Collège 120)

N.-B. — Les Jésuites durent estimer par la suite qu’un vicaire amovible était nécessaire puisqu’en 1757, ils prélevaient sur leur dîme 850 livres pour le vicaire perpétuel et 150 livres pour son vicaire (voir précédemment : « I. La dîme »).

 

CURIEUSE PRÉPARATION AUX VÊPRES DE NOËL 1720

Lorsqu’ils arrivèrent à Gujan la veille de la Noël 1720, les deux Pères Jésuites du Collège de La Magdeleine de Bordeaux eurent beau frapper à la porte de la maison presbytérale, et cela devant témoins, celle-ci demeura close par la volonté du sieur Roques, vicaire perpétuel, curé de Gujan, bien que la maison presbytérale fut « le logement ordinaire » des pères quand ils venaient à Gujan, « y ayant même deux lits qui appartiennent au dit collège pour coucher les dits Pères Jésuites, quand ils viennent faire les dites fonctions curiales et autres affaires ».

Les deux pères allèrent se restaurer chez le sacristain — la maison du bourg la plus éloignée de l’église — et passèrent la nuit au domicile du sieur Mesteyreau, guère plus proche, où ils durent « se servir tous les deux d’un même lit ».

Le lendemain, à la grand’messe, les fidèles remarquèrent que l’aube du père jésuite célébrant était « horriblement salle et déchirée ». Le fait fut vivement commenté sur la place, après la messe. « Il y eut un murmure du peuple », accusant le sieur Roques d’avoir fait exprès que les pères jésuites aient « le linge le plus sale, horrible et rompeu ». A cet instant, le père, qui avait célébré, sortit de l’église pour aller prendre son repas. Comme il traversait la place, il fut accosté par des paroissiens qui lui demandèrent s’il n’y avait pas d’autre aube à la sacristie pour qu’on lui en ait donné une aussi sale, un jour de fête, alors que l’église était ornée de façon magni­fique et qu’on avait sorti les plus beaux linges d’autel. On l’assura qu’il y avait des vêtements sacerdotaux aussi beaux que ces linges.

L’après-midi, le peuple, assemblé sur la place, attendant l’heure des vêpres, vit apparaître à la porte de la sacristie le Révérend Père célébrant revêtu « d’un méchant surplis » et l’entendit s’enquérir du sacristain pour obtenir un autre surplis. Comme le sacristain n’était pas là, le sieur Barberon, procu­reur fiscal, et d’autres paroissiens, « horrifies » par la vue de ce surplis, dirent au Révérend qu’ils allaient lui en faire donner un autre et rentrèrent dans la sacristie où ils se trouvèrent en face du sieur Roques. Le père jésuite accusa alors celui-ci d’avoir empêché un enfant de chœur d’aller, sur sa demande, quérir un autre surplis auprès du fabriqueur en exercice.

Sur quoi, le procureur fiscal interpella Pierre Tarride, qui était entré à la suite et qui était le père du fabriqueur sorti de charge deux mois plus tôt, lui demandant si son fils en partant avait bien laissé la belle aube à passements et le surplis que la fabrique avait achetés, il y a deux ans. Pierre Tarride répondit que son fils avait laissé ces vêtements avec les autres, le tout en bon état.

Alors le sieur Roques prit la parole avec véhémence, disant au Révérend Père « que s’il voulait de plus beaux linges, il n’avait qu’à aller s’en chercher ou en acheter », que c’était les Jésuites qui percevaient la dîme et non lui, ajoutant : « Vous, les Jésuites, on vous connaît. » et d’autres propos mal sonnants, le tout avec tant d’emportement et à voix si forte que les fidèles à l’extérieur crurent « qu’on s’égorgeait dans la sacristie ».

Pendant ce tapage, le procureur fiscal avait réussi à mettre la main sur un surplis propre qu’il remit au père célébrant devant le sieur Roques, déclarant à ce dernier, que si c’était aux Jésuites d’entretenir le « linge » de l’église, il fallait les y obliger, mais que pour l’instant, il fallait leur donner les vêtements sacerdotaux les plus beaux.

Revêtu du beau surplis, le père partit chanter les vêpres et « le bruict cessa ». Le sieur Roques assista aux vêpres en soutane, sans participer aux chants des psaumes et ne revêtit un surplis que pour la procession du Saint Sacrement.

Le lendemain, il monta à cheval sans avoir dit sa messe et quitta la paroisse. Le 28 décembre, comme il n’avait pas reparu, le procureur fiscal écrivit un rapport sur l’incident qu’il signa avec ceux des principaux habitants, témoins des faits, qui savaient écrire : Daussy, Gourgues, Tarride, Duboscq, Decastaing, Mirabeau, Baleste, Delion, Dehillotte, Boyrie, Jean-darcam, Dumeur et quatre Daney11.

Les Pères Jésuites étaient restés sur place, célébrant la messe, confessant, prêchant et faisant régulièrement le caté­chisme aux enfants.

N.-B. — Tous les vicaires perpétuels ne se ressemblaient pas. Le 14 septembre 1723, le curé Dubourk écrivait au Révé­rend Père, procureur des Jésuites : « J’ai l’honneur de vous avertir qu’ayant visité vos deux petits lits, accompagné du sacristain, je n’ai pas trouvé la « couverte » d’un lit. M. Roques, mon prédécesseur, l’ayant prêtée, à ce qu’il m’a dit, à un nommé Pons, chirurgien, qui l’emporta avec lui. Les lits sont assez malpropres et ont besoin d’être accomodés. Mais les révérends pères qui viendront à Noël ne manqueront pas pourtant de bons lits, car je leur abandonnerai les miens si j’en ai de meilleurs plutôt que de les voir mal cou­chés… »11.

 

MARTIN DAISSON, PÈRE SPIRITUEL

Le roi Henri IV, considérant que les frères mineurs réfor­més de l’Étroite Observance de Saint François, ne vivaient que de charités et aumônes, leur accorda par lettres patentes de février 1608, certains privilèges que confirmèrent Louis XIII. en avril 1611, Louis XIV en 1645 et Louis XV en mars 1716, ce dernier en considération des prières que les frères faisaient pour la conservation de sa personne.

Ces privilèges consistaient dans la permission « de con­duire et faire passer par tous détroits, ports, ponts, péages, passagers et juridiction… blés, vivres et autres provisions utiles et nécessaires et leur subsistance et nourriture et à eux aumônes ».

Les frères de l’Étroite Observance pouvaient être assistés de laïques qui administraient ces aumônes, et recevaient les religieux dans leurs maisons quand ils devaient voyager « par obédience de leurs supérieurs ou pour faire les quêtes ordinaires ». Ces pères spirituels par lettres patentes particu­lières du 16 août 1650 avaient été exemptés « de tutelle, curatelle et autres charges personnelles, pourvu qu’il n’y en ait qu’un en chaque ville, bourg ou village ».

Le 11 mars 1719, les frères J.-B. Limousin, Philippe Ber­trand et Ange Dubourg, du Couvent de Bordeaux, avaient ins­titué Martin Daisson, marchand et habitant de la paroisse de Gujan pour être leur « père spirituel » en cette paroisse. Quelle ne fut pas la surprise de ce « père spirituel » en rele­vant son nom sur la liste des collecteurs de la taille en 1723, ce qui constituait une charge personnelle. Martin Daisson réclama le 15 janvier 1724. La Cour de l’Élection de Bordeaux ordonna immédiatement que le nom du suppliant soit « biffé de la colonne des collecteurs et rapporté dans celle des exempts, tant sur le tableau qui est devers le greffe que sur celui est es mains des habitants de la paroisse de Gujan, aux­quels la Cour fait inhibition et déffense de nommer à l’avenir le suppliant pour collecter tant longuemment sera pourveu de la dite « Commission ». (A.D., C.4962)

 

LES INHUMATIONS DANS L’ÉGLISE

Les inhumations dans les églises se faisaient, soit en vertu d’un droit accordé par l’archevêque à certaines familles en raison de services rendus, soit moyennant finance suivant un tarif établi, l’argent étant utilisé par la fabrique pour l’entretien de l’église.

L’archevêque François de Sourdis, ayant donné, dans une ordonnance, des instructions très strictes concernant ces inhumations, en fin d’année 1613, le vicaire perpétuel de Gujan lui rendit compte qu’on avait inhumé dans l’église paroissiale les sieurs Mouliets, Bauché, Dumora et Daussy, malgré lui et en violation du Décret du Conseil Provincial et de ses ordonnances synodales.

Le 10 janvier 1614, l’archevêque jeta l’Interdit sur l’église de Gujan : « … le peuple de la dite paroisse, autrefois souvent averti du dit Décret duquel il ne tient aucun compte, se rendant désobéissant à la voix et ordonnances de la Sainte Eglise, Nous, désirant y apporter le remède opportun et que les Décrets du dit Conseil Provincial soient inviolablement gardés et observés en ce diocèse, avons ordonné et ordon­nons que les susdits corps seront otés et enlevés d’icelle, mis et inhumés dans le cimetière du dit lieu et, jusqu’à ce, défen­dons au vicaire de la dite église d’y célébrer les divins offices, lui enjoignons de faire sa charge et fonction de vicaire en la plus prochaine paroisse du dit Gujan, et pour l’exécution de ce que dessus, ordonnons, autant que besoin serait, que l’aide au bras séculier sera implorée. » (A.D. G.570, folio 66)

À la demande du Recteur des Jésuites, l’Interdit fut levé le 27 janvier, mais l’église demeura interdite à Jehan Duprat, Jean de la Chappe et Pierre Daussy, dit de Boulan, « jusqu’à ce qu’ils y aient satisfait et fait due pénitence ; ce qui leur sera signifié ».

Le 15 avril 1738, on inhuma en grande pompe dans l’église Saint-Maurice, Jean Baleste-Marichon, de la famille des Baleste-Marichon, de La Teste, propriétaire dans la paroisse de Gujan. Le défunt, dans son testament, laissait 100 écus pour acheter un fonds pour les sieurs curés de Gujan. (E. Supp. 1458).

Le 16 juin 1760, le curé consigne sur le registre des sépultures qu’on avait enterré ce jour dans l’église, « Mouty, le meilleur chirurgien que Gujan ait jamais eu et très honnête homme de son état ». (E Supp. 1467)

Mais, en 1778, le roi fait paraître un édit interdisant désormais par mesure d’hygiène les inhumations dans les églises .décision qu’il fut difficile à faire admettre aux titu­laires de droits de sépulture. Le 31 décembre 1778, le curé mentionne sur le registre des décès qu’il avait fait transporter dans le cimetière pour y être inhumé le corps d’une défunte, dont la fosse cependant était déjà creusée dans l’église, « pour commencer par elle à suivre l’Edit du roy ». (E. Supp. 1470)

 

CALENDRIER DES FÊTES, EN USAGE, EN 178112

– Le premier dimanche de chaque mois, à l’antienne du Magnificat, à Vêpres, on prépare la chape, la navette, l’encensoir et l’oraison qu’il faut et au « Bénédicamus Domi­no », on dispose la procession et on apporte les cierges pour M. le vicaire et ceux qui doivent porter le dais.

– Le jour des Rois, procession autour de l’église avant la messe.

– La veille du jour des Cendres, on fait brûler du bois et on en fait de la cendre pour le lendemain.

– Le jour des Rameaux, on réserve un rameau pour en faire de la cendre pour le jour des Cendres.

Avril

– Le 25, fête de saint Marc, procession à la Ruade.

– Le premier dimanche après saint Marc, procession à Mestras.

– Le 30, fête de saint Eutrope, procession à Meyran.

Mai

– Tous les dimanches du mois, avant la messe, procession à la croix du Pujau.

– Le premier, fête de saint Jacques et saint Philippe, procession à la Chapelle de Notre-Dame des Monts, à La Teste.

– Le 3, fête de l’Invention de la Sainte Croix, procession à l’église St-André du Teich.

– Le 6, fête de saint Jean Porte Latine, procession dans le quartier de Gujan. On lit les quatre évangiles à la croix de la Mission.

– Le 8, fête de l’apparition de saint Michel. On reçoit les processions de La Teste et du Teich.

– Le 10, fête de saint Gordien, procession à La Ruade.

– Pour les Rogations, procession au quartier de Gujan pendant trois jours consécutifs.

– Fête de l’Ascension. Procession avant la messe à Gujan. À vêpres, on encense les autels, le Christ et les fonts baptismaux.

– Fête de sainte Quitterie, procession à Gujan.

– Fête de la Pentecôte, procession à la chapelle de Notre-Dame des Monts à La Teste.

Juin

– Fête de saint Clair, procession à la chapelle de Notre-Dame d’Arcachon.

– Fête Dieu : Procession à Gujan et, pendant l’octave, tous les soirs, bénédiction au soleil couchant. Dans l’octave de la procession, on reçoit les personnes qui veulent entrer dans la Confrérie du Saint Sacrement.

– Le quatrième dimanche après la Pentecôte, fête de la Dédicace de l’église ; à vêpres, encensement des piliers de l’église où il y a des chandelles allumées.

– La veille de la fête de Saint Jean-Baptiste, procession pour le feu qu’on allume dans le bourg.

Août

– Le 15, à Vêpres, exposition du Saint Sacrement devant l’autel de Notre-Dame. Après la bénédiction, procession à la Croix de la Mission pour le vœu de Louis XIII.

– Fête de Saint Roch : Bénédiction du bétail et proces­sion à la Croix de la Mission.

Septembre

– Fête de saint Maurice, procession autour de l’église, avant la messe.

– La veille de la fête de Saint Michel, on dit la prière du soir et on chante les litanies de la Vierge.

Novembre

– Le jour des Morts, avant la messe, on allume les cierges « autour de la représentation du corps ». Après la messe, on chante six fois le « Libéra me », une fois dans le sanctuaire, quatre dans le chœur, une dernière fois à la porte. Après on sort dehors, on fait le tour de l’église en chantant le « Dies irae ».

Décembre

– Pour la fête de sainte Barbe, procession dans le quar­tier de Gujan, lecture des quatre évangiles à la croix de la Mission.

– La nuit de Noël, au « Te Deum », encensement aux autels et dans l’église.

 

DROITS DE BANC DANS L’ÉGLISE

Le 24 juin 1783, l’archevêque Champion de Cicé visita la paroisse, accompagné de plusieurs vicaires généraux et autres seigneurs ou présidents du Parlement (E. Supp. 1458). Il assista à une assemblée générale publique de la Fabrique et reçut de deux paroissiens une demande tendant à obtenir un banc dans l’église.

Jean Daney faisait valoir que ses ancêtres avaient été les bienfaiteurs de l’église de Gujan et qu’ils y avaient obtenu le droit de sépulture. Ce droit venait d’être abrogé par l’édit du roi interdisant les inhumations dans les églises. Jean Daney demandait qu’on lui accorde un droit de banc en compensa­tion de son droit de sépulture, un banc pouvant être placé dans l’église « commodément et sans gêner le service divin ».

Du Teich où il s’était arrêté, le 25 juin, l’archevêque ordonna que la lettre de Jean Daney soit lue au prône de Gujan trois dimanches ou fêtes. Le 22 juillet, le curé Garros certifia que la publication avait été faite, sans soulever d’opposition.Le premier août, l’archevêque accorda le banc moyen­nant versement de 90 livres à la fabrique. Le 7 septembre, le curé certifia que les 90 livres ont été « aumônées ».

Faisant valoir les services qu’il avait rendus à l’église comme fabriqueur, Bertrand Dehillotte-Ramondin sollicita lui aussi un banc. Celui-ci serait placé dans le bas-côté de l’autel de Notre-Dame, le long du mur et ne gênerait en aucune manière le service divin.

Du Teich, l’archevêque ordonna la même procédure que pour Jean Daney. Il n’y eut pas non plus d’opposants, et Ber­trand Dehillotte-Ramondin eut son banc moyennant 90 livres que le curé certifia avoir été « aumônées » le 18 janvier 1784.

Au cours de la même assemblée, les fabriciens avaient proposé que « pour augmenter les revenus de la fabrique, il y ait dans l’église 50 chaises au moins pour chacune des­quelles il sera payé par ceux qui voudraient s’en servir, 6 deniers pour chaque office des dimanches et fêtes, qu’enfin le produit des échoppes qu’on se propose de faire construire dans l’emplacement qui est au devant du cimetière pour servir de boutiques aux marchands, soit perçu au profit de la fabrique ». (A.D. G.518)

Mgr Champion de Cicé donna son accord par ordonnance en date du 5 août 178313.

Dix ans après la visite de Mgr Champion de Cicé à Gujan, les grands bouleversements sociaux et religieux de 1793 feront disparaître des églises, non seulement le banc du seigneur, mais aussi les bancs que les bourgeois, singeant les aristo­crates, y avaient fait construire. La location des chaises à un prix tarifé durera beaucoup plus longtemps.

Jacques RAGOT

 

1. Il est probable que les deux lieux-dits dans la commune de Gujan-Mestras : « La Madeleine » et « La Grande Madeleine » ont pour origine le rattachement de la paroisse au Collège de la Made­leine de Bordeaux.

2. Impôt ecclésiastique sur les terres nouvellement défrichées.

3. A.D. H. Jésuites Collège 120.

4. C’est-à-dire paroissiens en âge de faire la communion pascale.

5. Probablement pour « capelan », participe présent de « capéja » : branler la tête.

6. Les uns et les autres appartenant à des familles les plus notables du captalat

7. « …le recrutement sacerdotal demeurait très au-dessous des besoins… Il était donc nécessaire de faire appel à des prêtres étran­gers au Diocèse… Les Irlandais constituaient, en 1772, 14,8 pour cent des extra-diocésains. » Bernard Guillemain (Le diocèse de Bordeaux).

8. Vendeurs de seconde main – Le terme, sous la plume du curé Vignes semble avoir un caractère péjoratif.

9. Les églises de La Teste et de Gujan n’ont pas changé d’emplacement. On mesure actuellement entre elles 6 km 400.

10. Une « veyrine » était une ouverture pratiquée dans le mur de chevet de certaines églises pour permettre de voir l’autel de l’extérieur. Cette ouverture donna lieu par la suite à des pratiques superstitieuses. On faisait passer par elle des petits enfants pensant par là les préserver ou les guérir de maladies.

11. A.D. H. Jésuites Collège 120.

12. B.M.A. Fonds Rebsomen.

13. Lors de la visite de l’archevêque, il avait été constaté des lacunes sur plusieurs années dans les registres de catholicité, prin­cipalement pour les années 1774, 1781, 1782. Le 6 août 1783, Mgr Champion de Cicé signa une commission pour le sieur Dubouilh, curé du Teich, le chargeant d’enquêter sur les baptêmes, mariages et sépultures dont les actes ne se trouvent pas dans les registres de la paroisse et de dresser procès verbal des dépositions.

 

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Extrait du Bulletin de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch n° 8-9 des 2e et 3e trimestres 1976.

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