Lacanau, terre de Buch ?

Lacanau, terre de Buch ?

 

Jusqu’où s’étendirent les limites du Buch, quand ce pays entra dans l’histoire, de développa et grandit durant le cours des siècles ?

Au sud, Salles le borne ; à l’ouest, l’Océan, au levant, le pays s’étendait jusqu’à Hins-Croix-d’Hins, Croix des fins, de la frontière, des limites, « ad fines ». Mais vers le nord, jusqu’où parvint l’emprise du Buch ? Le Porge demeura-t-il toujours « le Porche », l’Entrée, la Porte sous laquelle se reposait et devait passer le Voyageur, qui, du pays médocain dirigeait ses pas dans celui de Buch ? Ou bien, faut-il, dans cette partie, à une certaine époque, reculer les limites de Buch et poser cette question : « Lacanau fut-il terre de Buch ? »

Consultons et analysons les textes.

L’an 1077, Geoffroy, duc d’Aquitaine, donne au couvent de Meillezais certains droits qu’il possède dans diverses paroisses du Bordelais et… « C. solidos de Canals » ! – cent sous à Lacanau (Arch. Hist. T. 49, 321.)

L’an 1099, Epacte 6e, 5e jour, Fort, fils de Gosselin, seigneur de Lesparre, fait don à perpétuité au seigneir Foulques, abbé de Sainte-Croix de Bordeaux, et à ses successeurs, des églises de … et de « Saint-Vincent-de-Lacanau », avec toutes leurs dépendances, etc.

Touché du triste état dans lequel les guerres et les invasions avaient plongé cette Région, il résolut de confier le soin de relever églises et fidèles de leurs ruines morales et matérielles aux moines d’un couvent à qui, déjà Soulac avait été confié (Série H n° 610).

Mais cette réunion avec la Sirie de Lesparre fut éphémère. En effet, vers 1330, un différend surgit entre les tenanciers qui faisaient pacager les bestiaux dans cet espace de landes qui existait depuis le « Ruisseau » de Lacanau jusqu’au lieu appelé « au Poth », dans Carcans. Une transaction survient le 3 janvier 1332 – or, qui la signe ? Le Sgr de Carcans, propriétaire de Poth, et celui d’Audenge seigneur de Lacanau.

Donc, pour la troisième fois, nous constatons que Lacanau a changé de maître – et va changer de dénomination. Cette dernière séparation était déjà ancienne, puisque les vingt témoins qui déposent déclarent « qu’on était dans une possession immémoriale de conduire les troupeaux dans les landes, du consentement des deux Seigneurs » (Baurein 10. p. 96.)

Le seigneur de Lesparre avait nom Cénelbrun IV ; celui d’Audenge Gaillard d’Ornon, dont la descendance conserva à Audenge jusqu’à la fin du XIVe siècle.

Avant cette famille, c’était celle de Blanquefort qui le détenait. À la fin du XIIIe, ou au début du XIVe, Audenge et Lacanau avaient été séparés du tronc et donnés en apanage à un Damoiseau de la Maison de Blanquefort, nommé Bernard. Dès les premiers jours, celui-ci résolut de se créer une situation à part et de rendre indépendante sa nouvelle Seigneurie. Il se refuse à rendre hommage au seigneur de Blanquefort, un de Goth. Édouard II devra l’y contraindre. (actes de Rymer. To. 2). Il change de nom, renonce à celui de ses ancêtres et prend celui de Bernard d’Audenge. Il rompt avec le passé pour bien marquer que la séparation est définitive entre Blanquefort et Audenge, entre le Médoc et Buch.

Quelques années après cette rupture, l’Archevêché enlève l’église de Lacanau à l’Archiprêtré de Moulix-Médoc et l’attribue à celui de Buch (1375 ?

Or, parmi les motifs qu’avait l’Archevêque d’opérer ce changement, n’y avait-il pas « le fait » de la séparation de Lacanau, c’est-à-dire de sa translation antérieure du Médoc en Buch ?

Sans doute, longtemps encore, on trouve le mot « Médoc » ajouté à celui de Lacanau, principalement dans les actes établis au nom des Seigneurs de Blanquefort et Castelnau. Il n’y a là ni erreur ni contradiction. Quand le seigneur de Blanquefort fait donation à Bernard d’Audenge de Lacanau, il eut soin de ne point se dépouiller de la totalité des Cantons et fiefs qu’il possédait dans cette dernière Paroisse. Ainsi procédaient les grandes maisons. S’il donne de la main droite, il retient de la main gauche. Ses successeurs continuèrent le même système. Ils perçoivent des rentes dans Lacanau, y consentent des fiefs, intentent des procès, même aux curés : 1553… 1684… 1736… 1740. Mistres, Meugas, Narssot, partie de Méjos dépendent encore d’eux, seigneurs médocains, quand ils établissent les contrats relatifs à une paroisse assise à l’ombre de leur donjon, sur laquelle, de tout temps, ils ont conservé (quelque) juridiction, peuvent-ils ne pas stipuler qu’elle est médocaine ? (S.C. n 3359- le terrier not.)

Mais, dans Lacanau, il y a un centre, un canton à part, un chef-lieu, qui est le siège de la seigneurie ou baronnie. De fait, ce centre règne sur la majeure partie des quartiers. Lui seul a le droit de porter le titre de Paroisse, de seigneurie de Lacanau. De ce centre, il n’est jamais question, il n’y a aucune revendication, sauf celle de l’hommage, de la part des anciens Suzerains médocains. Or, c’est celui-là qui Fut détaché du tronc et entraîné dans le pays de Buch. En 1452, le baron de Montferrand, qui se dit seigneur de Lesparre, vent à Gaillard de la lande 21 francs de rente et pension annuelle et viagère sur la terre et seigneurie de Lacanau en Buch. (Série C.)

La famille de Bourbon est seigneur d’Audenge, « Lacanau », Andernos, Ynhac en Buch : 1571. Elle fait des dénombrements, crée des fiefs nouveaux et des exporles à Talaris en Buch, à Lacanau en Buch. Or le tabellion qui signe les actes, Escot, est notaire à Castelnau-Médoc. Il doit savoir, ce notaire, à quelle contré il faut attribuer la seigneurie sur laquelle il opère journellement. (E. Terrier. N° 388)

Enfin, la tradition locale, constante et unanime, confirme cette opinion. Les « Canauleys » de 1928 ont conservé, transmis par leurs ancêtres, le souvenir de leurs anciens barons, en particulier de la famille qui porta ce titre durant 150 ans. Ils en sont fiers, non pas seulement parce qu’ils furent « bons Maîtres et bons Seigneurs » mais plutôt parce qu’ils étaient de leur pays. Jean de Caupos, premier baron du nom, habitait La Teste de Buch (1658). Par son mariage avec Izabeau de Baleste, il entra dans la famille des Baleste, barons de Lacanau (1640), famille très ancienne du pays de Buch. (armorial de Muller to. 2. p.220)

Le dernier « seigneur » fut une femme, mais de la famille des Caupos ; (Marie) veuve de Martial François de Verthamon d’Ambloy, qui s’intitulait « baronne de Lacanau », 1789.

Résumons : Lacanau, détaché de Blanquefort, uni à Audenge est enclavé en terre de Buch, tandis que certains de ses quartiers demeurent attachés à la terre médocaine. Devenu baronnie, il appartient encore à Buch, puis à des familles de Buch. Or, comme (l’accessoire suit le Principal) nous disons : Lacanau, baronnie, devint un jour, et demeura Terre de Buch.

 Abbé Ferdinand BERTRUC

 

Extrait de la Revue Historique du Pays de Buch n° 2 d’octobre 1928

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