Les conseillers généraux du Bassin au XIXe siècle

Les conseillers généraux des communes riveraines du Bassin d’Arcachon sous le Roi, l’Empereur et la 3e République

 

(Notes prises au cours de la conférence donnée par M. Jean Valette, conservateur en chef des Archives d’Aqui, à Arcachon, le 16 novembre 1980, à l’occasion de l’assemblée générale de la Société).

 

EN 1790

La région du Bassin d’Arcachon compte deux cantons, celui de Belin (Le Barp, Beliet, Lugos, St-Magne, Salles et Belin) et celui de La Teste (Gujan, le Teich, Biganos, Mios, Audenge, Lanton, Andernos, Lège et La Teste).

 

 

EN 1800

On passe à trois cantons, celui de Belin, celui de La Teste et celui d’Audenge, né de la division du canton de La Teste, par trop étendu, et comprenant les localités d’Audenge, Andernos, Arès, qui sera érigé en commune en 1851, Biganos, Lanton, Lège et Marcheprime1, qui sera érigé en commune en 1863 avec des territoires provenant des communes de Biganos, Mios, Andernos et Cestas.

Il n’y aura pas de changement jusqu’au 17 avril 1906, date à laquelle sera créé un quatrième canton, celui d’Arcachon, par détachement du canton de La Teste.

Dans cette étude, le canton de Belin a été compris parmi les communes riveraines du Bassin parce que jusqu’en 1848, compte tenu de la faible popula­tion et du petit nombre (30) de membres du Conseil Général, les cantons de Belin, La Teste et Audenge formaient une seule circonscription électorale avec un seul conseiller général.

 

LA LOI DU 22 JUIN 1833

Les conseillers généraux ne sont plus nommés mais élus. Le candidat doit jouir de ses droits civils et politiques, être âgé de 25 ans et payer depuis au moins un an 200 francs de contributions directes, toutefois « si dans un arrondissement de sous-préfecture le nombre des éligibles n’est pas sextuple du nombre des conseillers généraux du département qui doivent être élus par les cantons des circonscriptions électorales du département, le complément est formé par les plus imposés ».

Aucune condition de domicile n’était exigée ; un Bordelais ou un Pauillacais pouvait être aussi bien élu à Bordeaux ou Pauillac qu’à La Teste ou Belin.

Les cantons des bords du Bassin n’étaient pas des cantons riches et les contribuables payant 200 francs de contributions directes étaient peu nombreux. En 1833 ils étaient 16 dans le canton de La Teste, 12 dans celui de Belin, 5 dans celui d’Audenge. Dans chacun des trois cantons, le corps électoral dut être comp­lété par des citoyens pris parmi les plus imposés.

Les conseillers généraux, élus pour 9 ans, étaient renouvelables par tiers tous les trois ans. Les cantons de La Teste, Belin et Audenge ayant été compris dans la première série à renouveler, les secondes élections cantonales y eurent lieu en 1836.

L’effectif des conseillers généraux était demeuré le même : 30, et un seul conseiller représentait les cantons de La Teste, Belin et Audenge.

 

PREMIERE ELECTION DANS LA CIRCONSCRIPTION ELECTORALE

(LA TESTE, BELIN, AUDENGE)

Le collège électoral de 1833 comptait 150 électeurs. Il n’y eut que 110 votants. Au deuxième tour, les deux candidats : M. de Sauvage, maire d’Andernos et M. Jean-Alexis Fleury, propriétaire à La Teste, obtinrent le même nombre de voix (53). M. de Sauvage fut déclaré élu au bénéfice de l’âge. Il disposait de 10 000 francs de revenu. En 1834, il donna sa démission et les électeurs furent convoqués, le 8 Mai 1834, pour élire son remplaçant.

Le collège électoral fut convoqué à Mios et M. Pierre-Jean Baleste-Marichon, maire de Mios fut élu par 56 voix contre 24 à M. Dupuch-Lapointe cadet, médecin à Salles.

Baleste-Marichon représenta la circonscription électorale (La Teste, Gujan, Belin) jusqu’en 1847. Il démissionna dans le courant de cette année et n’était pas encore remplacé quand survint la révolution de 1848.

Selon la Constitution de la Seconde République, les élections au Conseil Général après 1848 se firent au suffrage universel, et chaque canton fut repré­senté obligatoirement par un conseiller. C’est donc à partir de 1848 que l’on peut faire l’historique des conseillers généraux des cantons riverains du Bassin, canton par canton2.

 

CANTON DE BELIN

Le premier conseiller général élu au suffrage universel fut Jean-Baptiste Cazauvielh. Il y a peu de choses à dire sur lui ; il y en a davantage sur François Samazeuilh.

Il était originaire de Belin, mais vivait toute l’année à Bordeaux où il était banquier. Il a un revenu de 60 000 francs par an. Après la révolution de 1848, il fit partie de la Commission provisoire de Bordeaux. Adjoint au maire de Bordeaux, il propose que la ville fasse un emprunt de 500 000 francs pour créer des ateliers nationaux. Il fit campagne pour Louis Napoléon Bonaparte, mais ne s’entendant pas avec le maire de Bordeaux, d’un bonapartisme beaucoup plus tiède, il donna sa démission d’adjoint, ce qui entraîna la démission du maire.

Il était concessionnaire de la voie ferrée de Bordeaux à Bayonne.

Aux élections de 1870 Lucien Laroza, médecin à Salles fut élu au second tour par 1119 voix contre 1027 à Austin. Le préfet avait noté M. Laroza comme « un homme très intelligent et très dévoué à la dynastie impériale », mais en raison des événements il ne siégera pas au conseil général. Après lui on arrive à la « dynastie » des Cazauvielh. On était très fidèle aux familles en Gironde du Sud et de nombreux Cazauvielh obtinrent des mandats politiques. Eugène Cazauvielh fut conseiller général de 1893 à 1938 et a très profondément marqué sa région, en matière forestière et d’industrie du bois, n fut remplacé entre 1938 et 1940 par Cazenave.

 

CANTON D’AUDENGE

Il y a davantage de noms à retenir dans le canton d’Audenge. Les premiers conseillers généraux élus appartenaient à la famille Dumora, mais entre les Dumora aîné, Dumora jeune, Dumora fils aîné, la filiation n’est pas toujours facile à établir.

En 1852, Léopold Javal (banquier ; 50 000 francs de revenus) est élu au second tour par 636 voix sur 1210 votants. Javal n’est autre que Léopold Jacob, né à Mulhouse en 1804, d’une famille juive qui, au moment du décret Napo­léonien exigeant que les Israélites prennent un patronyme, prit le nom de Javal. C’est un personnage important. Il a fait une partie de sa fortune en Algérie, a été député de Lyon. Il était depuis peu propriétaire du domaine d’Arès.

En 1861, Alphonse Lamarque de Plaisance, maire d’Arcachon enlève le siège de conseiller général d’Audenge au second tour contre Dumora, pour lequel Javal, candidat au premier tour, s’était désisté. Lamarque était le candidat officiel du gouvernement, proposé par le préfet, « bonne position de fortune, dévoué à l’Empereur et aux institutions républicaines »

En 1870, Douillard de la Mahaudière, l’ayant emporté sur un Dumora, succède à Lamarque de Plaisance, mais il ne siégea pas non plus au conseil général du fait de la guerre et du renouvellement général de 1871.

Duvignau sera conseiller général de 1871 à 1902, année de sa mort. Il aura pour successeurs, Louis David, avocat, de 1902 à 1925, et Edgar Daron, pharmacien et chirurgien dentiste, de 1925 à 1931. E. Daron se déclarait radical-socialiste3.

Le dernier conseiller général de la Troisième république sera M. Daniel Digneaux (1931 -1940).

 

CANTON DE LA TESTE

Dumora jeune, notaire à La Teste, élu conseiller général en 1849, le reste jusqu’en 1855.

Ange Duchesne, étranger au pays mais administrateur des Affaires Mari­times à La Teste, le remplace. Au bout de neuf ans il se retira sur ses terres en Gâtinais.

Rhoné-Pereire, gendre d’Émile Pereire (« fortune considérable » écrit le préfet) est élu le 18 juin 1864 par 1739 suffrages sur 1747, élection contestée par la suite, mais confirmée par le Conseil d’Etat.

Le Docteur Lalesque4 succède à Rhoné-Pereire en 1871, mais ne se représente pas en 1874, lorsque son nom est tiré au sort pour le renouvellement triennal.

Le siège sera occupé ensuite par Léon Lesca5 jusqu’à ce qu’il démissionne en 1898. Veyrier-Montagnères, maire d’Arcachon, vient après, de 1899 à 1904, puis Pierre Dignac, personnage intéressant, un des rares hommes politi­ques de la Gironde à avoir exercé des fonctions ministérielles entre 1920 et 1940. Il fut élu en 1919 et en 1928 sans concurrent, et élu de nouveau en 1934 avec 2337 voix contre Claveneau, candidat du Front Populaire, que pour l’usage local, il présenta simplement comme un « Front Commun ».

 

LE CANTON D’ARCACHON

Créé seulement en 1906 il n’a eu que quatre conseillers sous la 3e République.

Le premier a été Veyrier-Montagnères, maire d’Arcachon, qui en 1904 était aussi conseiller général du canton de La Teste, mais fut dépossédé de ce siège par Pierre Dignac. Quand deux ans plus tard, fut créé le canton d’Arcachon, il en devint tout naturellement le conseiller général. Il le restera jusqu’en 1925.

Veyrier-Montagnères exerçait la profession d’agent de change à Bordeaux et fut syndic de la Compagnie des agents de change de cette ville. En raison de son âge, il ne fut pas mobilisé pendant la guerre 1914-18, mais après la guerre, il fut décoré de la Légion d’honneur sur proposition du préfet avec les motifs suivants : « A fait solidariser au début de la guerre tous les agents de change de Bordeaux pour un emprunt… Pendant la guerre a dirigé le ravitaillement de la ville d’Arcachon dans des conditions difficiles » (sic).

Ramon Bon, agent de location à Arcachon, maire depuis le 17 juillet 1922, succéda à Veyrier-Montagnères au conseil général, en 1925. Il donnera sa démission en 1931 ; il avait précédemment, en octobre 1929, donné celle de maire.

Jean Marcel Gounouilhou qui avait remplacé Bon à la mairie en 1929, le remplaça au conseil général en 1931. Après une brillante guerre 1914-18, il avait été élu en 1919, député du Gers. Pour satisfaire ses ambitions politiques, il avait jeté ensuite son dévolu sur Arcachon. Il était le beau-frère du propriétaire de « La Petite Gironde », le grand journal prédécesseur de « Sud-Ouest ». Ces liens de famille n’empêchèrent pas un procès retentissant. Veyrier-Montagnères fut condamné et dut rembourser vingt millions à « La Petite Gironde ». Il choisit de disparaître tragiquement.

Le Comte André de Fels arriva à la mairie d’Arcachon le 16 avril 1938 et au conseil général en Mars 1939, quelques mois avant la déclaration de guerre. Celle-ci lui fit rejoindre le régiment de cavalerie auquel il était affecté comme officier de réserve. Le peu de temps qu’il passa au conseil général ne permet pas d’émettre une opinion sur la place qu’il y a tenue.

N.B : M. de Fels devait décéder à Paris, le 18 novembre 1980, deux jours après que M. Valette eut rap­pelé, lors de cette conférence, qu’il était le dernier conseiller général du canton d’Arcachon, sous la Troisième République, encore vivant.

 

1. Le conférencier rappelle au passage que l’étymologie du toponyme « Marcheprime » n’est pas celle donnée par M. Epron dans son livre sur les noms de lieux de la Gironde.

2. Les dossiers des premières élections cantonales après la révolution de 1848 ne se trouvent ni aux archives départementales, ni aux archives nationales; c’est pourquoi les premiers conseillers généraux élus sont très mal connus

3. À propos d’Edgard Daron, M. Valette fait remarquer qu’il fut un des premiers à afficher une éti­quette politique très nette. Jusqu’alors, elles étaient assez floues. On était favorable à la famille impériale ou républicain quand on osait l’avouer. Quatre candidats pouvaient se présenter qu’il était souvent diffi­cile de différencier quant à leurs opinions politiques.

N.B. : En Juillet 1923, E. Daron avait battu aux élections municipales de Mios, R. Caillet, le maire sortant, maire depuis 1919, en faisant valoir « qu’originaire des Charentes, Il était donc un étranger ».

4. À signaler l’apparition de la profession médicale au Conseil Général où, jusqu’alors, on ne rencontrait guère que banquiers, négociants, notaires, premier président au Tribunal ou procureur général.

5. Léon Lesca donna au conférencier l’occasion de citer le livre de Jacques Ragot « Le Cap-Ferret de Lège à la Pointe » et de s’élever contre certains forestiers, à son avis plutôt des Polytechniciens que des Agros, qui prêchent actuellement pour l’introduction de l’eucalyptus dans la forêt landaise. On sait que Léon Lesca fit, sans succès, à la Villa Algérienne des essais de culture de ces arbres que, pour sa part, M. Valette, qui a vécu outre-mer, juge capables de dessécher des sources d’assez gros débit.

 

Extrait du Bulletin de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch n° 27 du 1er trimestre 1981

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