Les municipalités d’Arcachon de 1857 à 1880

Les municipalités d’Arcachon de 1857 à 1880

 

Conférence prononcée le 19 Novembre 1980 par le président de la Société Historique et Archéologique d’Arcachon devant la Municipalité d’Arcachon à l’occasion du centenaire de la mort de Lamarque de Plaisance).

 

Les premières années de la jeune commune d’Arcachon furent difficiles du point de vue municipal. De 1857, année de sa création, à 1880, année de la mort de Lamarque de Plaisance, son premier maire, soit pendant 23 ans, elle connut neuf municipalités. Il y eut douze élections municipales, tant générales que partielles, trois dissolutions du conseil municipal, deux suspensions, l’une de deux mois l’autre d’un an, enfin trois commissions municipales furent nommées pour gérer les affaires en l’absence d’un conseil municipal.

Nous allons passer en revue successivement les principaux acteurs et terminer par le déroulement des événements dans l’ordre chronologique.

 

LAMARQUE DE PLAISANCE

Entré assez tard dans la politique – il avait 33 ans – il se passionnera tel­lement pour elle qu’il n’abandonnera la lutte qu’arrivé à l’âge de 64 ans, quatre ans avant sa mort.

Le 30 Juillet 1848 il est élu conseiller municipal de Cocumont, petite localité du Lot et Garonne où se trouve la maison familiale des Lamarque, et le 27 août suivant devient conseiller général du Lot et Garonne. Il sera maire de Cocumont le 20 septembre 1850, mais démissionnera de tous ses mandats en Lot et Garonne pour ceindre l’écharpe de maire de La Teste de Buch, le 30 juillet 1852. Il rési­gnera ses fonctions de maire de La Teste pour celles de premier maire d’Arcachon, le 23 mai 1857.

La municipalité d’Arcachon n’a que trois ans d’existence quand en juillet 1860 a lieu le renouvellement quinquennal de toutes les municipalités de France. La liste présentée par la municipalité sortante est élue, mais Lamarque n’y a pas fait figurer son nom. Renommé maire le 28 juillet il sera donc un maire pris en dehors du conseil municipal.

C’est au cours de ce second mandat qu’il est violemment pris à parti
par Deganne. Le 10 juillet 1862 il demande au préfet de transmettre une plainte contre ce dernier au procureur impérial pour outrages et diffamation à l’occasion de ses fonctions. Le procureur impérial lui écrit :

« J’ai pris connaissance des brochures qu il a publiées contre vous. Je les déplore car elles sont aussi injustes qu inconvenantes. Mais M. Deganne est déjà vertement châtié par votre plume… ses diatribes, enfin, ne sauraient trouver aucun écho dans un pays rempli des marques de votre dévouement…. Si ces circonstances vous déterminaient à ne pas persister dans votre plainte, je la classerai provisoirement ».

Lamarque de Plaisance n’insista pas, mais, en août 1863, ce sont le docteur Laclaverie, Téléphe Laffite1, Mauriac, Deganne et d’autres qui portent plainte contre lui. Il s’agit à la fois du balayage des rues, de tessons de bouteilles trouvés sur la plage, d’ouvriers se baignant tout nus et d’autres griefs du même genre. Le maire d’Arcachon, une nouvelle fois, demanda que l’affaire soit portée devant le procureur impérial pour double délit de dénonciation calomnieuse et d’injures envers un magistrat revêtu de fonctions publiques et gratuites.

Le préfet répondit le 11 janvier 1864, a peu près comme le procureur impérial en Juillet 1862 :

« J’ai pris connaissance de la plainte formulée par quel­ques personnes et du mémoire dirigé contre votre administration par M. Deganne.

J’ai également lu, et avec intérêt, les observations que vous m’avez adres­sées en réponse… elles réfutent avec avantage les attaques injustes dont vous avez été l’ojet et que je n’hésite pas à regarder comme calomnieuses.

C’est à vous, c’est à vos efforts persévérants, à votre activité, à votre administration intègre et dévouée qu’Arcachon doit sa prospérité et le dévelop­pement considérable qu ‘il a pris si rapidement ; chacun le sait et vous rend justice.

De semblables attaques ne sauraient dès lors vous atteindre. Quant à moi je n ‘ai pas cru devoir m’y arrêter et je ne peux que vous inviter à continuer votre œuvre avec persévérance et avec calme, sans vous occuper de l’injure ni de la calomnie ».

Ces bonnes paroles n’empêchèrent pas Lamarque d’être sévèrement battu aux élections municipales de Juillet 1865.

Estimant sans doute, après cet échec, que le mandat de conseiller général du canton d’Audenge, qu’il avait obtenu en juin 1861, ne suffisait pas à son activité, il profite de ce qu’il y a un second tour à La Teste pour se présenter. 11 est élu conseiller municipal et interviendra, le 19 février 1866, dans le débat sur les prés salés, en faveur de la commune d’Arcachon. Au maire Dumora qui prétendait qu’il allait ainsi à rencontre des intérêts de ses mandants, il répliqua :

« En entrant dans le conseil municipal de La Teste il n’a pas renoncé a manifester sa pensée lorsqu ‘il le croirait nécessaire. Les véritables amis des popu­lations et des individus ne sont pas ceux qui leur cachent la vérité, mais au contrai­re ceux qui ont le courage de la leur dire. Quand il a eu l’honneur d’être nommé maire d’Arcachon, jamais il n’a sacrifié les intérêts légitimes de La Teste à ceux de la commune qu’il administrait.

Aujourd’hui que sa situation a doublement changé, sa manière d’agir restera la même. Il prendra toujours ce qu ‘il croira être la justice pour règle de conduite ».

En 1869, le conseil municipal d’Arcachon ayant été dissous, il donne sa démission de conseiller municipal de La Teste pour pouvoir se présenter à Arcachon. Le 11 avril 1869, il n’obtient que 262 voix, venant après le dernier des seize élus de la liste Rhoné-Pereire qui en a recueilli 271. Il se présente aux élections générales d’août 1870 ; il est de nouveau battu.

Le maire Lafont lui fait reprendre pied à la mairie en le faisant entrer dans la commission municipale installée le 15 mars 1874.

Aux élections générales de novembre 1874, avec 332 suffrages il arrive en quatrième position derrière Deganne 425, Gustave Hameau 372 et Mauriac 344 mais c’est lui qui est élu maire. À la tête d’une municipalité hétéroclite où figurent ses plus notoires ennemis, au cours de la séance du 18 mars 1875 il lance un appel à la conciliation à propos de l’affaire Mauriac et le 17 Juin 1865, il déclare : « Soyons toujours amis dans un sentiment commun. La prospérité de notre commune en dépend et faisons plus que nous estimer : aimons nous ».

Aux élections Législatives de mars 1876, les républicains l’emportent dans l’ensemble de la France et en particulier dans la quatrième circonscription de la Gironde dont dépend Arcachon. Lamarque, bonapartiste fidèle, a peu de chance de rester maire, d’autant qu’on lui reproche d’avoir fait suspendre son conseil municipal. Révoqué, il donne aussitôt, le 14 septembre 1876, sa démission de conseiller municipal. Sa carrière politique est terminée ; il décédera quatre ans plus tard.

Au lendemain de sa mort, le journal républicain «L’Avenir d’Arcachon» imprimera : « M. Lamarque de Plaisance était un esprit supérieur, doué de grandes qualités administratives, que nous avons regretté de ne pas compter parmi nos amis politiques ».

 

ADALBERT DEGANNE

Né le 20 octobre 1817, il a donc quarante ans au moment où Arcachon, section de La Teste, est érigée en commune. Arrivé à La Teste comme ingénieur de la voie du chemin de fer Bordeaux-La Teste mise en service en 1841, il épouse, en mai 1845, une Testerine, Nelly Robert, héritière d’importantes parcelles de forêt dans la Petite Montagne d’Arcachon. A partir de ce moment il est saisi d’une grande ambition : il créera une ville sur les terrains de sa femme, pour sa plus grande gloire et au mieux de ses intérêts.

Il a tout pour réussir : de l’audace, pas de scrupules ; il est déterminé à écraser ses adversaires.

Les terrains de sa femme sont grevés de droits d’usage multi-séculaires; leur caractère forestier doit être préservé; la résine peut être vendue mais pas le bois. Peu en chaut à Deganne. Il coupe, trace des allées, vend des bois abattus. Il perd les procès que lui intentent les syndics de la forêt, mais continue.

Il a quitté la Compagnie du chemin de fer Bordeaux-La Teste qui péri­clitait, mais lorsque cette compagnie est absorbée, le 21 décembre 1853, par la Compagnie du chemin de fer du Midi, créée par Emile Pereire, il va s’acharner à réaliser ce dont il rêvait depuis longtemps : amener jusqu’à Arcachon le train, qui depuis 1841 s’arrête à La Teste. Il obtient l’entreprise des travaux, mais comme le tracé des ingénieurs de l’État ne lui convient pas, c’est sur son tracé à lui que ses ouvriers se mettront en chantier. Il a soumis ses plans mais n’a pas eu de réponse. Il n’attend pas celle-ci et l’emplacement de la gare d’Arcachon est déjà déblayé quand le ministre fait connaître que le plan Deganne est refusé. Heureusement la Compagnie des chemins de fer du Midi obtient de l’Adminis­tration une seconde enquête. Celle-ci est favorable au plan Deganne. Sans atten­dre l’autorisation officielle qui doit suivre, celui-ci, avec la même audace insolente, perce les dunes de la Régue Blanque et poursuit son plan à la grande fureur des fonctionnaires de l’État qui pour se venger font tout pour retarder la sortie du décret approbatif. Il faudra qu’Émile Pereire intervienne personnellement auprès de l’Empereur pour que le décret sorte le 14 avril 1857. À cette date le plan Deganne était déjà à peu près réalisé puisque quelques mois après, le 26 juillet, la ligne était mise en service.

Ne doutant de rien, le 19 avril 1855, Deganne avait envoyé au préfet une pétition, signée de lui seul, demandant l’érection de la section d’Arcachon en Commune, n’hésitant pas à signaler qu’il n’était pas conseiller municipal.

Conseiller municipal, il ne le sera pas non plus dans la première munici­palité d’Arcachon, et mènera une lutte implacable contre le premier maire d’Ar­cachon, allant jusqu’à menacer les protecteurs de ce dernier. Le 15 Juin 1862, de son château d’Arcachon, il écrit au préfet, le comte de Bouville : «… J’apprends que M. le maire d’Arcachon se propose de répondre à la brochure que j’ai publiée dernièrement…. dans ma réplique…. je serai forcé de mettre en scène les plus hauts personnages, notamment son Excellence le comte de Morny et vous-même M. le Préfet…»

Un rapport de Lamarque de Plaisance au préfet, en date du 26 septembre 1863, nous apprend ce que le premier maire d’Arcachon pensait de Deganne :

«…. J’ai eu le malheur de rencontrer sur mon passage un homme, que sa conduite inqualifiable à mon égard, ne me permet de vous signaler que par ses actes, et qui, depuis mon entrée en fonctions, n a pas cessé un instant de me poursuivre de ses attaques injustes et passionnées…. qui essaie de puiser dans son audace, sa persévérance et sa fortune considérable, des forces toujours nouvelles dans l’espoir de me faire abandonner, ou enlever, une autorité dont je n ‘ai jamais fait sciemment usage que pour les plus grands développements des intérêts dont la défense m’a été confiée… »

 

L’ABBÉ MOULS

Âgé de 35 ans, en 1857, le premier curé d’Arcachon était alors l’ami du premier maire d’Arcachon. Puis il abandonna son ami pour passer dans le clan de ses ennemis : Deganne et Rhoné-Pereire, et il fut accusé lors des élections muni­cipales de juillet 1865 d’avoir été à l’origine de la défaite de Lamarque de Plaisance.

Il y a aux Archives départementales un document provenant des archives de la préfecture, intitulé « simple note », non signé, mais écrit certainement par l’abbé Mouls. Après les élections de 1865 Lamarque et ses amis avaient du se plaindre de Mouls à la préfecture. Le préfet s’était retourné vers l’archevêque qui avait demandé à Mouls de s’expliquer. La « simple note » constitue la défense de Mouls, envoyée à l’archevêque et transmise par celui-ci au préfet :

« On m’accuse, écrit l’abbé Mouls, d’avoir cabalé nuit et jour contre l’administration avant les élections, d avoir couru le pays, le jour même des élections, en calèche découverte pour racoler les électeurs.

On me représente comme le chef du parti qui a renversé et mis sur le carreau toute l’administration d’Arcachon… Voici ma réponse. Le parti du curé n’a jamais existé dans Arcachon autrement que dans la bouche des ennemis du curé… Je n’ai pas cabale nuit et jour contre l’administration. Les occupations de mon ministère, très nombreuses à cette époque, ne me donnaient pas cette facilité… Nous avons eu tous les soirs, à 8 heures, instruction et bénédiction du Saint Sacrement, et il est certain que je n’ai pas fait défaut à ces exercices… J’ai fait quelques visites à cette époque. J’ai même parlé des élections, mais de là à l’accusation formulée contre moi il y a tout un abîme.

Le jour des élections, un dimanche, je n’ai pas quitté l’église de toute la matinée. Vers une ou deux heures je suis allé voter en calèche découverte avec le père Delaplace, mon vicaire, mon sacristain et un jeune homme, qui m’avaient prié de leur donner place dans la voiture afin de gagner du temps. Je suis resté une demi-heure sur la place de la mairie avec mes amis après avoir voté. Puis je me suis retiré pour ne plus reparaître…

Ce n ‘est pas moi qui ai appelé à mon secours MM. le juge de paix de La Teste, l’inspecteur des Douanes, le commissaire de la Marine, les employés des Droits Réunis, les employés des Postes etc. etc, pour faire pendant plusieurs jours, avec un zèle digne d’une meilleure cause, par la persuasion et surtout par des menaces, les courtiers des élections.

… Tous ces efforts et tant d’autres ont été impuissants pour empêcher la chute exemplaire d’une administration et son système d’intimidation… Je n’ai jamais écrit contre elle, je ne l’ai pas dénoncée, je ne lui ai pas refusé la paix, mais elle a fait tout cela contre moi… pendant un an tout le monde le sait, j’ai été surveillé partout jusque dans l’Eglise…

Si j’avais un reproche à me faire, je me ferai celui que m’ont adressé souvent mes amis : d’être trop bienveillant pour ceux qui m’ont toujours refusé la paix et n ont voulu que la guerre ».

Tout cela serait très édifiant s’il n’y avait pas le compte rendu du commis­saire de police d’Arcachon au préfet du 21 juillet 1867 qui ne laisse aucun doute sur les activités de l’abbé Mouls.

Le maire de 1867 est Héricart de Thury pour qui Mouls a voté et qu’il était, dit on, allé chercher :

« M. le curé, écrit le commissaire de police, d’accord avec tout le Conseil Municipal devient de plus en plus hostile à M. le Maire. Le 19 de ce mois M. l’adjoint, en l’absence de M. le Maire, a renvoyé les deux prin­cipaux employés de la mairie pour mettre à leur place, Guimbellot, ex secrétaire chassé par l’ancienne administration et dont le fâcheux passé est connu de tout le monde. Il est hors de doute aux yeux de toute la population que c’est à la perni­cieuse influence du curé sur le Conseil Municipal et principalement sur l’adjoint que doit être attribuée cette mesure qui a causé un véritable scandale. Le but de ces manœuvres est incontestablement de… forcer à se retirer le maire actuel qui a la sympathie de tous les habitants tandis que le Conseil n’a depuis longtemps que leur réprobation ».

Les ingérences de l’abbé Mouls dans les affaires municipales sont indé­niables. Il combat Lamarque après avoir été son ami, il combat Héricart de Thury après avoir voté pour lui. À Héricart succéda Mauriac, il lui créera de tels ennuis que celui-ci demandera à l’archevêque, le déplacement du premier curé d’Arca­chon.

 

OSCAR DEJEAN

Le 30 juillet 1848, aux élections municipales qui suivirent les élections législatives du 23 avril, Oscar Dejean fut élu conseiller municipal de La Teste. Le 12 août, les maires ne devant plus être nommés mais élus, il est choisi par ses collègues pour diriger la municipalité. En avril 1852, nommé juge de paix de Pessac, il donne sa démission de maire de La Teste mais reste conseiller muni­cipal.

Oscar Dejean fait toujours partie du conseil municipal quand, en 1852, Lamarque de Plaisance est nommé maire de La Teste ; il y est toujours quand, le 8 mai 1856, le conseil municipal par 13 voix contre 11 vote la séparation de la section d’Arcachon d’avec celle de la Teste. Il suivra Lamarque de Plaisance à Arcachon et fera partie du premier conseil municipal de la nouvelle commune.

En 1858 il fait paraître « Arcachon et ses environs », ouvrage de 223 pages, écrites à la gloire des bains de mer d’Arcachon qui ne sont « ni Ostende, ni les Sables d’Olonne, ni Boulogne, ni Dieppe… prétendus lieux de plaisir. Arcachon est une sorte d’Océanie française. C’est Tahiti à quelques kilomètres de Bor­deaux, la vie sauvage à portée de fusil du foyer de la civilisation ».

Maire de La Teste, pendant le choléra, il fit preuve d’un tel courage et d’un tel dévouement que le conseil municipal lui vota un témoignage de recon­naissance.

L’abbé Mouls ne l’aimait pas et dit à son sujet dans sa « Simple Note » :

« On a voulu se rendre maître, même de mon église. On a voulu me ravir le mérite de la construction de l’église et du clocher d’Arcachon et me déshonorer dans cette œuvre capitale. Maîtresse au sein du conseil de fabrique et dans mon église, l’administration de la commune a placé à la tête de mon conseil d’administration, en qualité de président, M. Oscar Dejean, que tout le monde regarde comme mon ennemi juré et la cause des déplorables divisions d’Arcachon ».

Le vicomte Héricart de Thury est du même avis. Quand il a succédé à Lamarque de Plaisance, il a trouvé Oscar Dejean, directeur des services muni­cipaux, et préposé en chef de l’octroi :

« Cette magnifique position, écrit Héricart de Thury au préfet, le 25 septembre 1865, n ‘a pu modifier le caractère despotique de M. Dejean, l’empêcher de créer de nombreuses difficultés à M. Lamarque de Plaisance malgré tout le dévouement qu’il lui portait. Ainsi il l’a mis mal avec l’autorité ecclésiastique. Il l’a même amené à froisser les intérêts de la Compa­gnie du Midi. Il a rendu mauvaises les relations entre le maire et M. Péreire. Il a enlevé au maire sa popularité. Enfin il a si mal dirigé les choses qu ‘aux dernières élections municipales, par suite des funestes conseils qu’il donnait, M. Lamarque de Plaisance s’étant refusé à toute espèce de conciliation, son adjoint et tous les Conseillers municipaux dont il était la personnification, ont été, sans exception, laissés de côté par la population ».

Thury demandait la révocation d’Oscar Dejean comme préposé en chef de l’octroi d’Arcachon et son éloignement loin de cette ville.

En fait Oscar Dejean démissionnera de toutes ses fonctions, ainsi qu’il est rapporté dans le procès verbal de la séance du conseil municipal du 11 no­vembre 1865.

 

HÉRICART de THURY

Le vicomte Héricart de Thury fut un de ces nombreux aristocrates que la Compagnie des Landes, puis la Compagnie agricole et industrielle d’Arcachon amenèrent sur les bords du Bassin, il dirigea la forge-fonderie installée sur le canal des usines, parallèle au canal de navigation Cazaux-La Hume. Il s’intéressa à l’ostréiculture et n’en tira pas bénéfice : « Grâce aux savantes combinaisons de messieurs de la Marine, écrit-il au préfet le 20 février 1869, j’ai perdu 20 000 francs dans l’exploitation des huîtres, qui seule m’avait attiré à Arcachon ».

Il avait fait construire un immeuble à Arcachon, ce qui lui permit de fi­gurer sur la liste Rhoné-Pereire aux élections municipales de 1865 avec la mention: « propriétaire résidant ».

Après avoir été élu conseiller municipal par les Arcachonnais avec 296 suffrages, derrière Rhoné-Pereire (310) mais devant Deganne (286), il fut nommé maire par le gouvernement : « Ce n’est que par dévouement que j’ai accepté les fonctions de maire » écrira-t-il au préfet, le 12 septembre 1865.

Deux ans plus tard, le 26 juin 1867, il se plaint au préfet de l’esprit d’oppo­sition et de dénigrement qu’il rencontre au sein de l’assemblée municipale à cause du refus absolu qu’il a fait de s’associer « à toutes les haines et rivalités qui peu­vent diviser le pays » et de la volonté formelle qu’il a toujours exprimée « de n’en­trer dans aucune coterie ».

Toujours au préfet, le 18 septembre 1867, il déclare « être à bout de patience et de force et ne pouvoir continuer à administrer avec un conseil municipal pareil ; j’en réclame de nouveau la dissolution…; je n’agis nullement par ambition person­nelle, mais uniquement en vue du bien du pays. Je crois pouvoir vous faire connaî­tre l’intention où je suis de remettre ma démission de mes fonctions de maire, aussitôt que l’époque des élections aura été fixée par vous, afin que personne ne puisse m’accuser d’avoir profité de ma position pour influencer les élections ».

Au ministre de l’Intérieur qui, le 9 octobre 1867, s’est enquis de la situation à Arcachon, le préfet répond : « La situation dans cette commune est, en effet, tendue. Il y a désaccord complet entre le maire et le conseil municipal, par suite tous les services y sont en souffrance et il est aujourd’hui devenu indispensable d’y porter remède.

Je dois constater toutefois que les torts ne doivent pas être imputés au conseil municipal dont les éléments sont bons, mais bien à M. de Thury qui, par son ineptie2 jointe à une raideur de caractère très accentuée, a fait et fera toujours échouer tout projet de conciliation ».

Héricart de Thury ayant donné sa démission le 20 février 1869, le préfet écrit au ministre le 12 mars : «…Le maire a donné sa démission ; il aurait pu la donner plus tôt et quelque honorable que soit son caractère, il n’y a pas lieu de regretter qu’il ait résigné ses fonctions ».

Héricart de Thury resta en place pour veiller sur les opérations électorales, ne figurant sur aucune liste. La compétition eut lieu le 11 avril et le 20 avril il cédait la mairie à Mauriac. Comme, lorsqu’il avait donné sa démission, il avait déclaré qu’il quitterait Arcachon dont le climat était contraire à l’asthme dont il était atteint, le préfet lui écrivit le 2 mai 1869 : « Permettez-moi, M. le vicomte, avant de nous séparer, de vous remercier bien sincèrement du loyal concours que vous nous avez prêté dans des circonstances difficiles et de regretter la détermination que vous avez prise en vous abstenant, par un sentiment d’abnégation qui vous honore, de mêler votre nom à la lutte électorale ».

Mais plus que cette lettre, une autre lettre avait déjà dû mettre du baume sur le cœur d’Héricart de Thury, celle que lui avait adressée un nommé Mussotte, le lendemain des élections, le 12 mai :

«M. le maire

Au nom de tous les ouvriers présents, j’ai l’honneur de vous exprimer les regrets qu’ils ont éprouvés en apprenant par votre lettre datée du 27 Février votre intention formelle de quitter Arcachon.

Nous n’avons pas voulu pendant la période électorale, par une démarche partie uniquement du cœur, donner lieu aux moindres suppositions.

Mais après la manifestation éclatante d’hier nous sommes heureux, d’a­bord de vous remercier d’avoir appuyé par votre lettre du 5 Avril une liste de conseillers où l’élément ouvrier est si largement représenté, ensuite de l’énergie et de la dignité que vous avez montrée dans la solennelle journée d’hier.

On avait douté de l’esprit essentiellement patriotique de notre population ; des mesures militaires avaient été prises. Nous vous remercions d’avoir mieux apprécié vos concitoyens et d’avoir insisté pour qu’Arcachon reste pendant la journée des élections sans autre défense que la sagesse et le dévouement de ses habitants dont assurément vous emporterez dans votre retraite les sympathies les plus justement méritées».3

C’était signé : Mussotte, ouvrier zingueur

 

RHONÉ-PEREIRE

Émile Pereire, le chef de la famille, ne fut pas seulement un homme d’af­faires, le banquier, fondateur de la Société générale de crédit mobilier au capital de 60 millions, il fut aussi un sylviculteur averti à qui l’on doit le boisement de 11 000 hectares de landes qui constituèrent les domaines Pereire de Marcheprime, Caudos et Cestas.

Il était né à Bordeaux, le 12 frimaire an IX, d’Isaac Rodrigues Pereire, assureur, et de Rebecca Lopes Foncesa, tous deux issus de vieilles familles Israélites du Portugal.

Fondateur de la Compagnie du chemin de fer du Midi, il en fut succes­sivement administrateur-directeur, puis président du conseil d’administration, et l’on sait que la Société immobilière d’Arcachon qui créa la Ville d’Hiver était en quelque sorte une filiale de la Compagnie du Midi.

Émile Pereire savait l’importance des appuis politiques, quand on est homme d’affaires ; il savait aussi qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi même. C’est pourquoi, dévoué au régime impérial et à la dynastie, il obtint sans peine d’être le candidat officiel de l’administration aux élections législatives de 1863 et fut élu député de Bazas et de La Réole. A ces mêmes élections, son frère Isaac était élu député dans les Pyrénées-Orientales et son neveu Eugène dans le Tarn.

En 1864, le siège de conseiller général du canton de La Teste étant renou­velable, ce fut son gendre Rhoné-Pereire qui saisit l’occasion.

Bisserié, maire de La Teste, ne voulait pas de Rhoné-Pereire comme conseiller général parce que « lié par sa famille à la Cie du Midi qui depuis plu­sieurs années semble prendre à tâche de froisser systématiquement tous nos intérêts », alors que Gujan et Facture étaient favorisés. Bisserié estimait que Lamarque, qui était conseiller général d’Audenge depuis juin 1861, pouvait suffisamment, à l’occasion, défendre les intérêts d’Arcachon au conseil général. C’est ce qu’il écrivit au préfet, le 20 avril 1864, mais le préfet lui fit savoir que Rhoné-Pereire était son candidat. Bisserié, maire nommé et discipliné, s’inclina et le 16 juin 1864 invita la population de La Teste à voter pour Rhoné-Pereire. Celui-ci fut élu, le 18, par 1739 suffrages sur 1 747 votants et 2 481 inscrits.

L’élection de Rhoné-Pereire comme conseiller général du canton de La Teste affligea vivement un certain nombre de Testerins dont le conseiller muni­cipal Pontac qui découvrit un peu tardivement, en 1865, que lors de son élection, en juin 1864, Rhoné-Pereire n’était pas domicilié dans le canton de La Teste et n’y payait aucune contribution directe.

Ayant eu vent de ce qui se manigançait à La Teste, Émile Pereire, le 21 juillet 1865, vendit à son gendre « ingénieur civil, demeurant à Paris, 2 hectares 67 ares 10 centiares de terrain attenant à la propriété Deganne d’une part, aux dépendances de la gare d’Arcachon d’autre part et du troisième côté au surplus de la pièce ».

Voici dont Rhoné-Pereire, propriétaire dans le canton de La Teste. Mais Pontac et plusieurs autres avaient déjà déposé une réclamation devant le tribunal civil. Celui-ci, le 10 janvier 1866, annula l’élection de Rhoné-Pereire pour raison d’incapacité légale. Rhoné-Pereire fit appel devant la Cour impériale de Bordeaux, mais le préfet alors intervint et, revendiquant pour l’administration le droit à statuer, opposa une fin de non recevoir à Pontac et consorts, pour n’avoir pas présenté leur réclamation dans les délais légaux.

Le 25 mai 1866 le Conseil d’État approuva l’arrêté du préfet et Rhoné-Pereire demeura conseiller général du canton de La Teste.

En 1865, pour renverser Lamarque, ses adversaires s’étaient servis du conseiller général nouvellement élu.

En 1869, ils se servirent du conseiller général confirmé par le Conseil d’État pour empêcher Lamarque de réoccuper la mairie : « La liste de M. Rhoné-Pereire est passée toute entière, rend compte au préfet le commissaire de police d’Arca­chon, le 12 avril 1869.

« Malgré l’intervention dans la lutte de « La Petite Gironde du dimanche » et de « La Guienne » je puis vous assurer que l’élément politique y est resté complètement étranger. La question des personnes y était seule en jeu.

J’attribue le résultat de ces élections à l’influence de la Compagnie du Chemin de Fer du Midi, parce que, en outre des nombreux employés de la gare d’Arcachon qui ont pris part au vote, on a fait venir plusieurs ouvriers et employés de Morcenx qui, bien qu ‘ils ne résident plus à Arcachon, se trouvent néanmoins inscrits sur la liste électorale de cette commune.

Une très notable partie de la population d’Arcachon et celle de La Teste presque toute entière ont été très péniblement affectées par le résultat de ces élections. »

La famille Pereire éprouva de graves difficultés financières en 1867-68. Rhoné-Pereire ne fut pas candidat au renouvellement quinquennal d’août 1870. Émile Pereire mourut à Paris, le 6 janvier 1875 et le nom de Pereire ne fut plus mêlé à la politique locale.

 

JEAN MAURIAC

Banquier à Arcachon, il se range en 1863 du côté des adversaires de Lamarque de Plaisance. Il est élu sur la liste Rhoné-Pereire aux élections municipales de 1865, mais entre en désaccord avec le maire Héricart de Thury. Il donne sa démission en même temps que Deganne, puis la reprend par la suite.

Le 4 mars 1869, le commissaire de police écrit au préfet : « Il n’y a qu’un homme qui soit capable de représenter sérieusement tant les intérêts de cette ville que ceux du gouvernement et cet homme est Mauriac, membre du Conseil Municipal et banquier. Cette double position sociale le fait jouir d’une haute considération sur tout le littoral ».

De fait Mauriac sera élu membre du conseil municipal sept fois, en 1865, 1869, 1870, 1874,1875, 1878, 1881.

Aux élections du 11 avril 1869 qui suivent la dissolution du conseil muni­cipal, il est élu sur la liste Rhoné-Pereire et nommé maire le 20 avril.

Le 6 mai 1870 à l’occasion du complot avorté contre l’empereur, il soumet au conseil une adresse de félicitations au souverain, qui est accueillie au cri de « Vive l’empereur » par tous les conseillers présents.

Au renouvellement quinquennal du 7 août 1870 sa liste bat celle de Lamarque de Plaisance. Il est deuxième avec 386 voix, derrière Monpermey 390 voix.

Sans doute à cause de ses sentiments bonapartistes, récemment affichés, il est révoqué, le 9 septembre 1870, mais réintégré quatre jours après, le conseil­ler municipal de Rancé, désigné pour le remplacer, s’étant récusé.

Le 15 septembre il assure le préfet qu’il est prêt à « défendre la Républi­que ». Le 2 Novembre il écrit au préfet :

« Notre Arcachon est dans une situation déplorable grâce aux troubles que des esprits malfaisants sèment constamment. Cet état de choses bien regrettable fait quitter notre localité par toutes les person­nes qui ne sont pas du pays et qui vont porter à Pau, où l’existence leur paraît devoir être plus paisible, tout l’argent qu’elles auraient dépensé chez nous. A tout moment on annonce mon déplacement.

On a été jusqu ‘à répandre le bruit très mal fondé qu ‘un attroupement part de Bordeaux et se dirige sur Arcachon pour me chasser et mettre le feu à des habitations dont on suspecte les propriétaires ».

Est-ce pour cela que, le 30 septembre 1870, Jean Mauriac est révoqué pour la deuxième fois ? Aucun document ne permet de l’affirmer.

Le maire révoqué prendra sa revanche aux élections municipales du 30 avril 1871. La liste qu’il a présentée avec Monpermey est élue au complet. Cette fois il n’est pas nommé, mais élu maire par 14 voix sur 15 votants. Il termine la première allocution de ce nouveau mandat par le cri de « Vive la République ».

Pour la troisième fois il est brutalement révoqué le 9 février 1874, mais cette fois c’est sa gestion financière qui est mise en cause. Il demeure toutefois membre du conseil municipal. Celui-ci est dissous peu après et les affaires municipales remises à une commission municipale, présidée par Lafont qui, le 10 novembre 1874, douze jours avant de nouvelles élections municipales, attaque violemment l’administration passée de Mauriac, obtient de la commission l’en­voi de sa comptabilité devant la Cour des comptes et il fait diffuser son rap­port, imprimé aux frais de la commune. Le résultat cherché n’est pas atteint ; Mauriac est réélu conseiller municipal, le 22 novembre 1874, et se retrouve au sein d’une municipalité où Deganne voisine avec Lamarque de Plaisance et Gustave Hameau.

Pendant ce temps la Cour des comptes étudie le dossier qui lui a été envoyé. Elle rend son arrêt le 3 août 1875. Mauriac est déclaré « comptable occulte pour s’être indûment immiscé dans le maniement des deniers communaux » et la commission municipale, qui de nouveau a remplacé le conseil municipal élu le 22 novembre 1874 et suspendu le 10 décembre 1875, doit réexaminer les comptes et fournir un rapport.

Au vu de ce rapport la Cour des comptes rend un second arrêt le 23 juillet 1876. Aux termes de celui-ci Mauriac « est reliquataire » d’une somme de 127 francs 13 centimes qu’il devra verser avant deux mois dans la caisse de la com­mune. Mauriac s’exécute le 2 août 1876 et profitant de ce que la suspension du conseil municipal a été levée en septembre 1876, au cours de la séance du 12 novembre, il réclame la désignation d’une commission qui appréciera les actes de son administration passée. Sont nommés Fontaine, Gaussens et Rapp qui donnent leurs conclusions le 20 suivant : effectivement Mauriac était reliquataire d’une somme de 127 francs 13 centimes. Il l’a versée, mais maintenant c’est la commune qui lui est redevable d’une somme de 371 francs 57 centimes pour des travaux effectués par le sieur Chenaud, travaux qu’il n’avait pu faire approuver à l’époque en raison de sa révocation subite : « Il est clair, concluent les commis­saires, que ce qui a été fait par les deux commissions municipales présidées, l’une par M. Lafont, l’autre par M. Lamarque de Plaisance, a été inspiré par un sentiment que nous devons tous blâmer officiellement ».

Jean Mauriac fera partie du conseil municipal élu le 6 janvier 1878, avec Deganne comme maire, il siégera même à la commission des finances. Il fera partie du conseil municipal élu le 22 février 1880, avec Gustave Hameau comme maire. Réélu au renouvellement quinquennal, le 9 janvier 1881, il ne sera devancé que de trois voix par Méran lors de l’élection du maire : Méran 11, Mauriac 8.

Mauriac s’occupait de ventes de terrains et d’affaires diverses. Héricart de Thury semble avoir eu une grande confiance en lui puisque, lorsqu’il donna sa démission et prit la décision de quitter Arcachon, il lui confia la vente de son immeuble. Mauriac ne se décidant pas à accepter, malgré les excellentes conditions qui lui étaient faites, dans la crainte que l’on dise qu’il avait acheté son écharpe à de Thury, ce dernier dut écrire au préfet pour lui demander de lever les scrupules de son futur successeur.

Mauriac n’avait peut-être confiance qu’en lui-même ce qui expliquerait la démission de Monpermey, son premier adjoint, qu’il avait pourtant lui-même choisi. Le 8 octobre 1875 il écrit au préfet : « J’ai pris l’habitude de suffire seul à tout le travail et la présence d’un suppléant ne peut être nécessaire que pour donner quelques signatures ».

Sans vouloir en tirer des conclusions, il faut signaler que s’il fut révoqué trois fois par le gouvernement, Mauriac fut néanmoins réélu six fois conseiller municipal par des électeurs d’Arcachon, cependant de tous les maires de cette époque, il est le seul dont le nom n’ait pas été donné à une rue de la ville.

 

LOUIS-ALEXANDRE LAF0NT

II était le fils de cette Madame Lafont qui donna plusieurs terrains à la ville naissante, dont celui sur lequel est construite la mairie actuelle. Il est ban­quier mais s’occupe beaucoup de biologie marine et écrit des ouvrages scienti­fiques. Son nom n’apparaît dans les luttes municipales qu’en 1867. Le 29 juillet Héricart de Thury qui demande au préfet la dissolution de son conseil municipal, le propose pour assurer les fonctions de commissaire-délégué pendant la période électorale qui suivra, après l’avoir réclamé comme adjoint six jours plus tôt.

La préfecture retiendra son nom, car sept ans plus tard c’est lui qu’elle désigne pour remplacer Mauriac révoqué, sans que rien ne permette de supposer que Lafont ait intrigué dans cette affaire.

Il n’a jusqu’alors fait partie d’aucun conseil municipal, mais il n’appartient pas au clan Pereire-Deganne et quand il aura fait dissoudre le conseil municipal et nommer une commission municipale, il y fera entrer Lamarque de Plaisance.

Vraisemblablement il était anti-Mauriac. Tous les deux étant banquiers, existait-il une rivalité professionnelle entre eux ? C’est possible, mais aucun document ne le laisse entendre. A la veille des élections du 22 novembre 1874, certainement dans le but de lui nuire, Lafont attaqua vigoureusement Mauriac, ce qui n’empêcha pas celui-ci d’être élu. Lui, Lafont, ne s’était pas présenté. Malade, il décédera quatre mois plus tard, le 21 mars 1875.

 

MONPERMEY

Aux élections de juillet 1865 on relève le nom de Monpermey sur la liste Rhoné-Pereire avec la mention : entrepreneur, propriétaire résidant.

Élu avec toute la liste il devient le premier adjoint d’Héricart de Thury. Leurs relations deviennent mauvaises. « Loin de trouver, écrit le 26 juin Héricart au préfet, dans M. Monpermey le concours que j’aurais dû trouver, j’ai rencontré dans cet individu une opposition d’autant plus dangereuse qu’elle était latente et se cachait sous des paroles mielleuses et trompeuses ».

Le 21 juillet 1867, il demande la destitution de son premier adjoint qui pendant son absence a renvoyé le secrétaire général de la mairie et le préposé en chef de l’octroi.

Pour Rhoné-Pereire, Monpermey est « un homme intelligent, au fait des affaires, aimé et considéré, mais avec lequel il (de Thury) a eu des froissements d’amour propre ». (Lettre au préfet du 9 novembre 1867).

Monpermey n’est pas destitué, mais c’est Thury qui démissionne. Le conseil municipal est dissous. Aux élections qui suivent, le 11 avril 1869, Mon­permey est élu sur la liste Rhoné-Pereire et, le 7 août 1869, au renouvellement général des municipalités il est réélu sur la liste Mauriac, totalisant le plus grand nombre de voix, 390 contre 286 à Mauriac.

Aux élections du 30 avril 1871 il devance encore Mauriac, 404 voix contre 382 à Mauriac. Premier adjoint de Mauriac, il démissionnera de ce poste en octobre 1873.

Après les élections du 22 novembre 1874, conseiller municipal sous Lafont et Lamarque de Plaisance, il soutient Mauriac lors de l’affaire de la Cour des comptes. Lors de la séance du 17 juin 1875, Lamarque l’assure ainsi que tous ses amis « de toute l’estime qu’il a pour eux ».

Il suit Gustave Hameau dans le combat que celui-ci mène contre Deganne. Aux élections complémentaires du 3 août 1879 il est parmi les onze élus de la liste conduite par le général Bisson. Avec ses dix collègues il démissionne le 28 novembre 1879, mais, aux élections complémentaires qui suivirent, il sera rem­placé par Dubos sur la liste du général Bisson pour des raisons qui n’apparaissent pas sur les documents d’archives.

 

GUSTAVE HAMEAU

Il est le fils du docteur Jean Hameau et médecin également. Il remplace à la mairie de La Teste Lamarque de Plaisance quand celui-ci est nommé maire d’Arcachon, en 1857.

Il donna sa démission de maire de La Teste en 1862 et expliqua pourquoi au préfet le 23 octobre : « Depuis longtemps les exigences de ma profession et de mes fonctions médicales à Arcachon me rendaient difficiles les soins que je devais à la mairie de La Teste… j’attendais d’avoir un candidat digne de votre bienveillance ».

Ce candidat c’est Bisserié, inspecteur des contributions directes à Libourne, qui vient de prendre sa retraite à La Teste, et Hameau poursuit : « L’extension d’Arcachon est telle que je me fais un devoir comme médecin-inspecteur d’y fixer ma résidence permanente. Dans ces conditions je ne saurais conserver avec dignité les fonctions de maire de La Teste ».

L’amitié qui s’était nouée entre Lamarque de Plaisance et Gustave Hameau à La Teste continua à Arcachon. Ils firent équipe contre Deganne. Celui-ci dans une lettre au préfet, datée du 9 novembre 1867, traite Gustave Hameau de «drôle» parce que, médecin payé par la Compagnie du Midi, il mène campagne contre Rhoné-Pereire, gendre de Pereire, président du conseil d’administration de cette même compagnie. Douze ans plus tard c’est contre Deganne en personne que Gustave Hameau mène une campagne sans pitié. Décrivant son adversaire au préfet, Deganne écrit, le 7 août 1879 : « Il court après les honneurs… Sous l’Em­pire et depuis longtemps il a demandé la décoration. Il vient me supplier de parler en sa faveur à Monsieur Décrois (le préfet)… Il est président de la Société scien­tifique qui périclite depuis longtemps et n’existe plus que de nom. Cette société tombée coûte 500 francs par an au budget de la Ville et 500 francs au Département. Il est fondateur et président du Cercle International qui, a deux reprises, a été fermé par Arrêté Préfectoral. Dans ces tentatives réitérées pour arriver au Conseil Général, l’ambitieux docteur est toujours resté sur le carreau… le sieur Hameau n’est qu’un despote ».

Mais bientôt, à son tour, Deganne restera sur « le carreau » et le 4 mai 1880 Gustave Hameau sera élu maire d’Arcachon.

 

LES ÉVÉNEMENTS DANS L’ORDRE CHRONOLOGIQUE

L’échec de Lamarque aux élections de juillet 1865 et la naissance de la discorde dans la municipalité Héricart de Thury sont expliqués parfaitement dans une lettre du préfet au ministre de l’Intérieur datée du 24 novembre 1867 :

«…l’ad­ministration municipale dirigée par M. Lamarque de Plaisance était en instance pour obtenir l’approbation de divers projets dont la réalisation devait absorber pour longtemps toutes les ressources de la commune et conduire à un emprunt de 1 200 000 francs. Il s’agissait de dérivation des eaux de l’Etang de Cazaux pour les diriger sur Arcachon au moyen de tranchées et d’aqueducs dispendieux, de construction d’un abattoir, d’usine à gaz, de placement de tuyaux de conduite, etc. etc. La population s’émut en présence de la dépense à faire et de la gêne qu’elle devait dans l’avenir faire peser sur les finances communales ; on s’était passionné de part et d’autre et c’est au milieu de la lutte et sous l’empire des préoccupations que faisaient naître les projets dont il s’agit qu’eurent lieu les élections municipales. Le conseil d’alors fut renversé. Par suite, le maire et l’adjoint crurent devoir se retirer ; ils furent remplacés par M. de Thury et Monpermey.

Le bon accord et une entente à peu près complète régnèrent pendant quelque temps entre la nouvelle administration et le Conseil Municipal, mais tout cela cessa lorsque, reprenant quelques-uns des projets que les élections venaient de condamner, le maire crut devoir les soumettre au Conseil Municipal, et lui en demander l’adoption, de même que la création de voies et moyens d’exé­cution.

C’est à partir de ce moment que se sont réveillées les anciennes discordes, et depuis lors, le maire se refusant d’exécuter les délibérations prises en dehors de son programme, le Conseil affirmant son droit, la scission est devenue complè­te. Le maire accuse le Conseil d’être systématiquement hostile à ses vues et le Conseil reproche au maire défaire partie de la Société Immobilière d Arcachon et d’être plus soucieux des intérêts de cette association que de ceux de la Commune.

… Des expressions peu réfléchies employées par M. de Thury dans les réunions, son attitude hautaine, des refus inconvenants opposés par le secrétaire de la mairie à des demandes fondées de quelques conseillers municipaux sont venus successivement s’ajouter à ces griefs et augmenter la méfiance.

…Au mois de Juillet dernier, le maire m’écrivit pour me demander la dis­solution du Conseil Municipal et son remplacement par une commission, puis la révocation de l’adjoint qui, en son absence, venait de renvoyer le secrétaire de la mairie. Je dus répondre que rien à mes yeux ne justifiait de semblables mesu­res. ..

Depuis cette époque, il s’est retiré dans les environs de Paris, affirmant son intention d’administrer de loin comme de près. Il a laissé à son secrétaire des feuilles de lettres, des mandats… etc, signés en blanc et que celui-ci emploie à son gré ; il dit et écrit, enfin, qu ‘il ne rentrera que quand le Conseil Municipal sera dissous.

J’ai écrit à plusieurs reprises à M. de Thury pour lui faire sentir les in­convénients de son absence… Si, comme je le crois il persiste à ne pas reprendre la direction personnelle des affaires municipales, j’aurai l’honneur de vous prier de vouloir bien provoquer s’a révocation ».

Une certaine accalmie régna durant l’année 1868 à Arcachon où le maire était revenu, mais en septembre Deganne, Bouscaut et Mauriac donnèrent leur démission, suivis le 7 février 1869 par Dubos et Legallais, ce qui entraîna le 20 février la démission d’Héricart de Thury.

Allait-on faire des élections partielles ou procéder à un renouvellement com­plet du conseil municipal après dissolution de celui-ci ? Le préfet se décida pour cette dernière solution. En avril 1869, une liste dirigée par Rhoné-Pereire l’empor­ta et Mauriac fut nommé. Le renouvellement quinquennal se fit dans toute la France, le 7 août 1870, et Mauriac resta maire.

 

LA GUERRE

Le 19 Juillet 1870, la France avait déclaré la guerre à la Prusse. Le 4 septem­bre 1870 la République fut proclamée à Paris. Le 9 septembre Mauriac fut révoqué et M. de Rancé, conseiller municipal, désigné pour le remplacer. Il se récusa et, le 13, Mauriac fut renommé maire « par continuation ».

Ce même 13 novembre 1870, la fabrique de N.D. d’Arcachon faisait don au Comité de la défense de 28 des 32 cloches qui étaient dans le clocher. Ce don n’était généreux qu’en apparence, car ces 28 cloches achetées par l’abbé Mouls, s’étaient toujours refusées à émettre le moindre son, depuis le premier jour de leur installation dans le clocher.4

Dans le même temps on mettait sur pied la Compagnie de mobiles du canton dont le capitaine Pillas, commandant la compagnie sédentaire d’Arcachon, assurait l’instruction.

Le 30 novembre, pour des raisons restées obscures, Mauriac fut révoqué une seconde fois, le conseil municipal dissous, une Commission municipale nommée, et Deganne désigné comme maire.

Les élections municipales ont lieu six mois plus tard. Le 30 avril, la liste Mauriac-Monpermey est élue au premier tour, le dernier de la liste avec 298 voix. Deganne n’en a obtenu que 259 et se retire dans son château.

Le 7 juin 1871, Mauriac est élu maire. Le traité de Francfort avait été signé le 10 mai et la réduction de la Commune de Paris terminée le 28 mai.

Mauriac restera maire deux ans et sept mois. Le 9 février 1874, il apprend brusquement qu’il est révoqué. A l’origine de cette révocation, des irrégularités administratives, entre autres l’emploi non justifié de sommes recueillies pour la Défense nationale, utilisées avec l’autorisation des souscripteurs pour des travaux communaux, mais ayant pris de ce fait caractères de deniers publics.

Le 14 février 1874, le banquier Lafont, pris en dehors du conseil muni­cipal, est nommé maire. Il provoque la dissolution du conseil municipal et la désignation d’une commission municipale où il fait entrer Lamarque de Plaisance. Le 22 novembre un nouveau conseil municipal est élu.

 

LAMARQUE, MAIRE POUR LA SECONDE FOIS

Les électeurs ont envoyé au conseil municipal à la fois Deganne, Hameau, Mauriac et Lamarque. C’est ce dernier qui est nommé maire le 30 novembre 1874.

Lamarque se trouve à la tête d’un conseil municipal très divisé avec deux affaires sur les bras : l’affaire Mauriac et l’affaire Cassan. L’autorisation que ce dernier avait de tenir une table de jeu au casino, venait de lui être retirée par le préfet, mais il avait des défenseurs au sein du conseil municipal.

Lors de la séance du 10 août 1875, Lamarque menaça de donner sa démis­sion puis se ravisa et obtint du préfet l’arrêté du 10 décembre 1875 qui suspendait le conseil pour deux mois et prescrivait la nomination d’une commission muni­cipale. Le 12 janvier 1876, la suspension du conseil était portée à un an.

Malheureusement pour Lamarque, aux élections législatives de mai 1876 les Républicains remportent la victoire et Jules Simon remplace le duc de Broglie. La répercussion à l’échelon local de ces événements sera l’annulation des deux suspensions de conseil municipal et la révocation de Lamarque qui aussitôt, le 14 septembre 1876, donnera sa démission de conseiller municipal.

Deganne lui succédera comme maire le 8 octobre 1876 et tout ira sans incident notable jusqu’aux nouvelles élections municipales de 1878. Deganne est bien élu maire, mais Gustave Hameau l’a devancé aux élections d’une centaine de voix. Assuré d’un solide appui dans l’opinion publique, l’ami de Lamarque va s’employer à régler son compte à leur ennemi commun.

En 1865, Lamarque avait perdu les élections à cause de son projet d’ad­duction d’eau du Lac de Cazaux. Ce qui perdra Deganne sera l’achat du casino mauresque par sa municipalité.

Dans une lettre au préfet, le 7 août 1879. Deganne résumait ainsi l’opinion des adversaires de l’achat du casino :

« La ville d’Arcachon n’était pas en état d’acheter le casino. Elle l’a fait, c’est une bêtise. La position topographique de ce monument est d’un accès difficile. Il faut trop monter pour y parvenir. Une fois dans le jardin on gravit un perron dont les marches sont en marbre du pays. L’intérieur désillusionne. Il est insuffisant et mal distribué ; les décors fanés et mesquins ont besoin d’être remplacés. L ‘entretien du jardin est trop dispendieux pour la commune, il faudrait immédiatement le rétrécir et vendre le superflu ».

Deganne ajoutait que le conseiller municipal Hennon guignait ce superflu et n’avait brigué un mandat municipal que pour arriver à ses fins de lotisseur.

Du 4 décembre 1878 au 22 février 1880, pour arriver à la mise à mort de Deganne, l’opposition va utiliser les démissions en guise de banderilles :

– 4 décembre 1878 : démission de Gustave Hameau et de 5 autres conseillers.

– 29 décembre 1878 : réélection triomphale de G. Hameau et des cinq conseillers.

– 14 juillet 1879 : démission de G. Hameau et de 10 autres conseillers

– 3 août 1879 : élection d’une liste de 11 conseillers, présentée par le général Bisson, dont le programme est : dissolution du conseil municipal et renou­vellement intégral. Deganne avait opposé une soit disant liste Indépendante qui fut écrasée.

– 8 août 1879 : les nouveaux élus refusent de siéger et demandent au Ministre de l’Intérieur la dissolution du Conseil Municipal.

– 23 septembre 1879 : les onze démissionnent.

– 8 janvier 1880 : le préfet refuse la démission des onze, mais les déclare démis­sionnaires d’office pour n’avoir assisté à aucune séance depuis leur élection.

– 18 janvier 1880 : nouvelles élections. Le général Bisson représente la même liste, à un nom près. Elle est élue.

– 4 février 1880 : les onze refusent de nouveau d’assister à la séance du conseil. Alors Deganne et 12 conseillers de la majorité démissionnent à leur tour.

22 février : élection pour remplacer ces nouveaux démissionnaires. La liste présentée par les anti-Deganne l’emporte et Gustave Hameau est élu maire le 4 mars 1880 par 19 voix contre une. Il était maire d’Arcachon depuis environ dix mois quand survint le décès de son ami Lamarque.

On peut se demander ce qu’auraient été les obsèques de Lamarque de Plai­sance si Deganne était resté maire ! Avec Gustave Hameau, le premier maire d’Arcachon reçut les honneurs funèbres qu’il méritait. À 8 h 30, cérémonie religieuse, puis sous une pluie de décembre, derrière la musique municipale et les sapeurs-pompiers, un long cortège conduisit au cimetière la dépouille mortelle d’Alphonse Lamarque de Plaisance.

S’adressant au défunt devant la tombe, le maire lui dit :

« Pauvre Lamarque quels ne furent pas les déchirements de ton cœur quand brusquement, tu fus arraché à l’œuvre capitale de ta vie, au moment même où tu avais conçu et proposé un vaste projet d’emprunt qui dotait la commune de tous les travaux/ de toutes les institutions qui auraient décuplé, dès 1865, la vitalité expansive de notre station balnéaire. Quelque jour, je l’espère, la ville reconnaissante inscrira sur le marbre de ton tombeau :

Vir Probus – Pater Civilatis».

Après les élections municipales de 1881, redevenu simple conseiller municipal, M. Méran étant maire, à la séance du 13 février 1881, Gustave Hameau rap­pela la promesse qu’il avait faite au nom de la Ville devant le cercueil de Lamarque. Le Conseil décida que la plaque serait apposée aux frais de la commune et que le cours Sainte Anne prendrait désormais le nom de Lamarque de Plaisance. Le maire proposa ensuite, et obtint, que le discours prononcé au cimetière, le 17 décembre 1880, par Gustave Hameau soit reproduit à la suite du procès-verbal de la présente séance.

Le Père de la cité ne fut pas qu’un homme probe, il fut aussi cet homme au jugement sûr, qui, le 25 novembre 1862, écrivait au préfet à propos des prés salés de La Teste :

« La Teste et Arcachon ne formaient, il y a quelques années à peine, qu’une seule commune. J’ai longtemps administré les deux sections lorsqu’elles étaient réunies. J’ai pu me convaincre que leurs intérêts, même après leur séparation, étaient solidaires et que de la durée de l’accord dé­pendrait une grande partie de la prospérité commune ».

L’Histoire n’a pas démenti ce qui aujourd’hui est devenu l’évidence même.

Jacques RAGOT

 

1. «Ancien notaire à Bordeaux, ex-rédacteur du journal supprimé : le Phare d’Arcachon, défenseur officieux près de la Justice de Paix de La Teste où il a quelquefois l’avantage de soutenir les intérêts de M. Deganne, son chef», d’après Lamarque de Plaisance.

2. Dans le sens d’inhabileté, sans doute.

3. Mussotte demanda que cette lettre soit lue sur sa tombe, le jour de ses obsèques qui eurent lieu 39 ans plus tard, le 5 septembre 1908.

4. Ragot (jacques), « Arcachon au temps des étrangers de distinction », pages 128 et 129.

 

N.B : Les documents cités se trouvent aux archives départementales dans la série 3 M sous les cotes 311, 619, 623, 634 et 655.

 

Extrait du n° 27 du Bulletin de la Société Historique et Archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch.

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