Pour obtenir le poste de juge de paix

POUR LE MAÎTRE DE FORGE DE PONNEAU, À BIGANOS, LE POSTE DE JUGE DE PAIX DU CANTON D’AUDENGE VALAIT BIEN UN MARIAGE A L’ÉGLISE.

 

Biganos, le 22 mars 1854.

Le curé de Biganos à son Éminence Le Cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux.

Éminence

Monsieur Dumora ainé, ancien membre du Conseil Général de la Gironde pour le canton d’Audenge et propriétaire des forges de Ponneau, à Biganos, où il réside, est venu me trouver ce matin pour me faire une ouverture dont je ne puis que vous transmettre le texte et vous laisser le soin d’apprécier les conséquences.

« Monsieur le curé, dit M.Dumora en s’asseyant sur un fauteuil, je vous demande bien pardon de venir à cette heure (7 heures) vous déranger de vos moments précieux. Mais vous êtes doué de tant d’indulgence que je suis assuré d’avance que vous excuserez mon importunité en ayant égard à l’intérêt particulier que votre sagacité saura découvrir dans la démarche que je fais auprès de vous aujourd’hui.

À mon retour du Périgord j’ai eu l’honneur de rencontrer à Bordeaux un haut personnage de la cour qui m a dit qu’il était fortement question de rempla­cer le juge de paix du canton d’Audenge et qui m’a engagé à me mettre sur les rangs, comme étant un des hommes les plus considérables de la localité.

Me sentant la volonté et la force de remplir les fonctions de Juge avec autant de zèle que d’intégrité, je viens vous priez. Monsieur le Curé, de vouloir sonder les dispositions de son Éminence le Cardinal Archevêque de Bordeaux, et vous informer si je pourrais compter sur son appui et sa protection auprès de M. le Ministre de la Justice, dans le cas où je serais porté sur la liste de présen­tation. Pour dissiper les scrupules que vous pourriez éprouver en ce moment, je vous promets, M .le Curé, et vous autorise à en donner l’assurance à Monseigneur l’Archevêque, que je suis décidé a régulariser sous tous les rapports la situa­tion personnelle où vous me savez et dont il ne faut rien moins que la protection de son Éminence pour me faire sortir. »

Monseigneur, M. Dumora, vivant en concubinage, au vu et au su de tout le monde, avec une demoiselle de La Teste qu’il garde chez lui et dont il a deux demoiselles de 7 et 9 ans, ferait dépendre son mariage avec cette personne de l’appui que votre Éminence pourrait lui promettre auprès du ministre compétent. Mais il n’attendrait pas pour le contracter quelque preuve de l’efficacité de cette protection, il se mettrait à l’œuvre dès qu’il pourrait y compter et il comprend très bien qu’il n’y aurait quelque droit que du moment qu’il vous serait par­faitement constant qu’il a satisfait à tous les devoirs que sa religion lui impose.

Dans ce malheureux pays où l’on a que trop d’exemples d’habitudes et de situations analogues à celle de M. Dumora, on ne saurait trop désirer la ces­sation d’un scandale, qui ne parait pas sur le point de disparaître, surtout quand il est donné par des personnes qui sont aux premiers rangs de la société. Je me fais donc un plaisir, autant qu’un devoir, de donner ces renseignements à Votre Éminence, et de la mettre à même de juger si elle a trouvé une nouvelle occasion à fomenter les intérêts de l’église en mettant à profit le crédit qui s’attache à votre haute position.

La souscription ouverte à Biganos pour l’achat d’une forte cloche, touche à sa fin et ne s’élèvera pas au delà de douze cents francs. Ce serait le moment, Monseigneur, de nous faire connaître la quotité du concours que vous avez bien voulu nous faire espérer, car nous attendons plus que votre souscription pour signer le marché pour la refonte d’une cloche de 12 à 1500 1/2 kilog, selon les res­sources que nous aurons à notre disposition. M.Dumora a déjà souscrit pour 100 frs et je sais qu’il ambitionne l’honneur d’être le parrain de la nouvelle cloche, honneur qu’il ne croirait pas payer trop cher au prix de deux autres cents francs. Quel nouveau motif de lui promettre votre protection toute puissante ! !

J’ai l’honneur d’être avec les sentiments du plus profond respect, Mon­seigneur, de Votre Éminence, le très humble et obéissant serviteur,

P. Catalogne, curé

(A.D.G-II.V.123)

Extrait bu Bulletin n° 29 de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch

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